23.9 C
Alger
mercredi, juin 12, 2024

La prison ou la harga : le triste destin des activistes du Hirak algérien

Quel triste destin ! Ce mardi 28 juin, Brahim Laalami, l’une des figures emblématiques du Hirak en Algérie et l’un des activistes les plus suivis sur les réseaux sociaux, a pu rallier les plages espagnoles depuis les côtes algériennes à bord d’une embarcation de fortune qui lui a permis de quitter clandestinement son pays où il était durement persécuté par les services de sécurité et la justice, a pu confirmer Algérie Part auprès de plusieurs sources concordantes proches de son entourage. 

L’enfant de Bordj Bou Arreridj est devenu effectivement un Harraga et il a pu rejoindre avec succès l’Espagne alors que plusieurs rumeurs insistantes diffusées massivement sur les réseaux sociaux annonçaient mardi son arrestation par les garde-côtes algériens. Une information totalement fausse finalement puisque l’activiste qui a été emprisonné à maintes reprises pour ses opinions est arrivé bel et bien sain et sauf en Espagne et il a été repêché par les garde-côtes espagnols qui ont décidé de le placer dans un centre aménagé spécialement pour l’accueil des migrants illégaux.

Selon son entourage familial, Brahim Laalami envisage de se réfugier en Europe et de refaire sa vie dans un pays respectueux des Droits de l’Homme et de la Liberté d’Expression afin d’échapper à la répression impitoyable qui s’abat sur les hirakistes en Algérie.

Placé une première fois en détention provisoire le 9 septembre 2020, Brahim Laalami, 30 ans, avait répondu de six chefs d’accusation. Il avait été acquitté pour trois d’entre eux mais condamné pour « offense au président de la République », « outrage à corps constitué » et « publication de fausses informations ». Début février 2021, il avait été condamné par le tribunal de Bordj Bou Arreridj, près d’Alger, à deux ans de prison ferme, ainsi qu’à une amende de 200 000 Da dans une autre affaire. Fort heureusement, il avait bénéficié de la grâce présidentielle, annoncée par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, en faveur de dizaines de détenus du Hirak, à la veille de la commémoration du deuxième anniversaire du Hirak.

Brahim Laalami, un tailleur, était sorti seul à Bordj Bou Arreridj en février 2019 avec une grande pancarte contre la candidature à un cinquième mandat de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Il était devenu l’une de ses figures les plus emblématiques de ce mouvement de protestation contre le 5e mandat de Bouteflika. Mais après la grande répression enclenchée depuis fin mars 2021 et les arrestations successives ainsi que l’allongement dangereux de la liste des détenus politiques enfermés régulièrement dans les prisons du pays, Brahim Laalami s’est retrouvé une nouvelle fois dans le collimateur des autorités algériennes. Le jeune activiste a préféré ainsi tenter la harga pour ne pas retourner une nouvelle fois en prison.

Ce cruel destin a soulevé de nombreuses interrogations en Algérie à propos de l’avenir des luttes pour la démocratie et les libertés publiques dans le pays. Brahim Laalami n’est pas le premier militant qui a chois cette voie radicale de fuir le pays. Au mois de janvier dernier, Ibrahim Daouadji, 38 ans, syndicaliste et militant pour les droits humains, enseignant dans un lycée, s’est retrouvé sans emploi après son incarcération durant le Hirak et avait décidé de fuir le pays en empruntant une embarcation de fortune comme tous les autres Harragas.

Après avoir fait l’objet d’exactions et tortures qu’il dit avoir subies durant ses détentions en 2019 et 2020, de la part d’agents des services de sécurité, ce militant a fini par se résoudre à s’exiler en Europe.

« L’idée de quitter le pays a commencé à s’imposer à moi après que ma famille m’eut supplié de partir. J’étais alors très malade et je ne pouvais pas aller me faire soigner à l’hôpital de peur d’être arrêté. Je ne pouvais évidemment pas sortir pour participer aux manifestations. Finalement, après de longues réflexions, j’ai compris que mon emprisonnement serait inutile, d’autant plus que je deviendrais un fardeau pour ma famille immédiate et ma famille du Hirak. J’ai pensé qu’il valait mieux que je demeure libre de mes mouvements pour, au moins, relayer et faire parvenir le message du peuple, faire connaître la lutte des Algériennes et des Algériens sur le plan international. Ne serait-ce que par mes écrits ou par mes interventions via les réseaux sociaux. Ayant connu les conditions d’incarcération en Algérie, l’exil m’est apparu comme une bien meilleure option que celle de donner la possibilité au régime de me faire taire pendant une longue période », avait-il témoigné dans une interview récemment accordée à Algérie-Watch.

Ces mots résument parfaitement la désillusion profonde de ces militants du Hirak qui ont été contraints à l’exil pour fuir une répression des plus impitoyables. Est-ce la fin de l’espoir d’une Algérie meilleure et libre ?

 

 

 

dernières nouvelles
Actualités

12 تعليقات

  1. C’est un héros de la révolution du Peuple pacifique face à la junte militaire dictatoriale. Sa « harga » est un acte imminemment politique qui montre clairement à l’Europe et notamment la France que si le régime « écrase » le Hirak appuyé par plus plus 95% des Algériens (cf. le rejet massif de l’election du 12/6), il y aurait des centaines de milliers d’Algériens qui vont arriver sur les cotes espagnoles en direction de la France pour fuir la dictature à l’image de Brahim Laalami. Par contre, si la France arrête de soutenir le régime dictatorial d’Algérie, celui-ci tombera comme un chateau de cartes, le phénomène de harga va s’arrêter et meme ceux qui sont des hargas comme Si Brahim vont rentrer en Algérie pour reconstruire leur pays! Les choses n’ont jamais aussi claires qu’aujourd’hui !

  2. Moi, je demande au pouvoir qui pratique le « deux poids, deux mesures » de nous justifier la différence de traitement entre les enfants Gaïd Salah (jouissant d’une impunité totale) et le fils du colonel Amirouche, Nordine Aït Hamouda, qui, comme son père a été un vrai patriote pendant la période du terrorisme, en témoigne l’article suivant :
    https://www.liberte-algerie.com/editorial/le-fils-de-la-toussaint-5901

  3. @Lo ji
    C’est aussi la faute à Napoléon III et son idée de royaume arabe d’Algérie qui a semé les germes de la discorde en favorisant les amis de la France et surtout l’intérêt géostratégique qu’il entrevoyait pour atteindre tout l’espace économique arabe du moyen orient avec l’apport non négligeable de l’émir ABDEL KADER installé en Syrie !
    https://www.lematindalgerie.com/la-rehabilitation-de-lhistoire-mene-la-prison-del-harrach

  4. @Lo ji
    ils se sentent pousser des ailles en constatant que la France, via la progéniture de ses amis d’hier, assurent le relais pour que le royaume arabe de Napoléon III perdure encore pour la prospérité de tous ! Ils peuvent se permettre même d’alller faire le baise main et ce n’est pas cher payé !