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dimanche, juin 16, 2024

Inédit. Au moins 6 journalistes sont accusés par les autorités algériennes d’appartenance à une mouvance terroriste

C’est tout bonnement inédit. Jamais, au grand jamais, dans l’histoire de l’Algérie, la presse libre n’a été aussi malmenée et persécutée. Jusqu’à ce 21 mars 2022, les autorités algériennes accusent pas moins de 6 journalistes d’appartenir à une mouvance terroriste en raison de leurs articles ou opinions politiques diffusées dans des productions journalistiques publiées sur des médias nationaux. C’est une première dans l’histoire de l’Algérie : un journaliste est considéré comme potentiellement « terroriste » parce qu’il a écrit un article ou partagé dans ses articles des opinions jugées hostiles par le régime algérien.

El Kadi Ihsane, Saïd Boudour, Jamila Loukil, Hassan Bouras, Abdelkrim Zeghilèche et Mohamed Mouloudj, tous ces 6 journalistes algériens sont inculpés par les tribunaux algériens pour leur soi-disant appartenance ou accointance avec des mouvances classées comme « terroristes » par le régime algérien. Il s’agit notamment du mouvement Rachad considéré comme islamo-conservateur ou le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), un mouvement indépendantiste favorable à l’Indépendance de la Kabylie.

Or, les 6 journalistes poursuivis par la Justice algérienne n’ont strictement aucune relation avec ces deux mouvements. Ils ont uniquement écrit des articles ou diffusé des contenus qui traitent directement ou indirectement des membres de ces deux mouvements.

A titre d’exemple, le journaliste et directeur de Radio M et Maghreb Emergent, El Kadi Ihsane, a été entendu ce lundi 21 mars par le juge d’instruction près le tribunal de Labaa Nath Irathen, dans la wilaya de Tizi Ouzou, qui lui a adressé l’accusation d’ « appartenance à un groupe terroriste » pour son implication présumée dans l’affaire de l’activiste Tahar Khouas.

Ce dernier est un militant du RPK (Rassemblement pour la Kabylie), un mouvement qui prône l’autonomie et se distingue du mouvement séparatiste le MAK, et il avait été arrêté le 28 février dernier par des éléments de la BRI à Arrous, son village, dans la région d’At-Umalu, dans la wilaya de Tizi-Ouzou. L’arrestation a été suivie d’une perquisition au domicile de cet activiste pacifique.

Il s’avère que  Tahar Khaouas était également le porte-parole du collectif de défense des détenus de la wilaya de TiziOuzou. Il avait été invité à ce titre sur le plateau d’une émission diffusée par la web-radio Radio M en décembre 2021. A cause de cette émission, le directeur de Radio M a été convoqué par la gendarmerie de Tizi-Ouzou le 17 mars dernier pour être auditionné à propos de sa « complicité » avec le membre d’une « mouvance terroriste ».

Cette situation surréaliste témoigne d’une profonde régression de la liberté d’expression en Algérie. L’exercice du journalisme indépendant et libre est devenu impossible, voire interdit par les autorités algériennes qui interpellent et incarcèrent tout journaliste téméraire ayant osé exercer son métier en toute liberté.

Signalons enfin que les journalistes Mohamed Mouloudj, Hassan Bouras et Abdelkrim Zeghilèche sont toujours maintenus en détention depuis plusieurs mois et la Justice algérienne les accuse officiellement d’appartenance à une organisation terroriste. Le journaliste Said Boudour fait également l’objet d’une répression inouïe. Depuis la naissance du Hirak en 2019, Said Boudour a été arrêté à trois reprises et notamment poursuivi en justice pour « outrage envers des institutions publiques » et « diffamation », en vertu des articles 146 et 298 du Code pénal.

Le 29 avril 2021, le procureur général d’Oran a inculpé Said Boudour et sa consoeur Djamila Loukil ainsi que le défenseur des droits humains Kaddour Chouicha dans une nouvelle affaire pénale pour « enrôlement dans une organisation terroriste ou subversive active à l’étranger ou en Algérie ». L’affaire comprend également douze autres militants impliqués dans le mouvement de protestation « Hirak ». Et jusqu’à aujourd’hui, ces accusations gravissimes sont maintenues par la Justice algérienne. Soulignons enfin que Said Boudour a été placé sous contrôle judiciaire et doit toujours se présenter au poste de police tous les 15 jours.

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