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vendredi, juin 21, 2024

Abdelaziz Bouteflika est mort, mais les frustrations, les déceptions et la colère des Algériens sont toujours là

Abdelaziz Bouteflika est décédé le vendredi 17 septembre 2021. Il sera enterré officiellement ce dimanche 19 septembre à Alger. L’ancien Chef de l’Etat qui a dirigé l’Algérie pendant près de 20 ans n’aura pas droit à des funérailles nationales ni à des obsèques en grande pompe comme ce fut le cas avec Ahmed Gaid Salah décédé le 23 décembre 2019. Et pourtant, Abdelaziz Bouteflika a marqué l’histoire contemporaine de l’Algérie avec ses diverses vies : plus jeune ministre du pays dés l’Indépendance, charismatique chef de la diplomatie algérienne de 1963 jusqu’à 1979, Président virevoltant d’un pays sorti exsangue de la guerre civile des années 90, autocrate proclamé avec sa modification de la Constitution en 2008 pour briguer un 3e mandat et un fou du pouvoir qui est resté accroché aux commandes du pays malgré sa terrible maladie à partir de 2014. 

Toutes ces vies auraient pu faire d’Abdelaziz Bouteflika le personnage romanesque d’un film. Un film que le régime algérien embarrassé ne veut pas diffuser car il veut, décidément, tourner la page Bouteflika pour oublier rapidement son long règne controversé. Mais si aujourd’hui Abdelaziz Bouteflika disparaît officiellement de la vie des Algériennes et Algériens, il n’en demeure pas moins que ces derniers sont restés encore et toujours frustrés, déçus et en colère contre la mauvaise posture dans laquelle se retrouve leur pays.

Oui, il faut le dire, l’Algérie Post-Bouteflika est finalement bien pire que l’Algérie de Bouteflika. Et les résultats des sondages internationaux menées auprès de larges échantillons représentatifs de la population algérienne confirment aisément ce constat. Depuis 2019, rien, absolument rien n’a changé, bien au contraire, tout a empiré et l’Algérie ne cesse de régresser.

En août 2020, soit plus d’une année après la chute d’Abdelaziz Bouteflika, une enquête d’opinion internationale est venue révéler l’ampleur de la colère des Algériennes et des Algériens contre leurs nouveaux dirigeants et leurs nouvelles autorités. Preuve en est, à peine 12 % des jeunes algériens étaient optimistes et avaient une vision positive de la situation économique de leur pays. Seulement 13 % des algériens âgés de plus de 30 ans affirmaient avoir de l’espoir pour des perspectives économiques favorables pour leur pays. Ces chiffres très bas, parmi les plus bas du Monde Arabe, traduisent l’ampleur alarmante du désespoir au sein de la population algérienne confrontée depuis le début de la pandémie de la COVID-19 en mars 2020, et depuis le début de la crise politique dans leur pays en février 2019, à une crise financière des plus terrifiantes.

Cette enquête internationale a été réalisée par Arab Barometer, un organisme indépendant partenaire de l’Université de Princeton aux États-Unis, qui a interrogé plus de 75 000 habitants dans 15 pays parmi lesquels le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, le Liban, la Jordanie et l’Irak – de mars à avril 2021. Cet organisme mène des enquêtes d’opinion publique au Moyen-Orient et en Afrique du Nord depuis 2006. Il est réputé pour être un réseau de recherche non partisan qui donne un aperçu des attitudes et des valeurs sociales, politiques et économiques des citoyens ordinaires à travers le monde arabe.

Arab Barometer est piloté essentiellement par des chercheurs affiliés au Centre d’études stratégiques de l’Université de Jordanie à Amman, le Centre palestinien de recherche sur les politiques et les enquêtes à Ramallah, le Social and Economic Survey Research Institute de l’Université du Qatar à Doha et One to One for Research and Polling à Tunis. De plus, deux des chercheurs principaux du projet, Amaney Jamal de l’Université de Princeton et Mark Tessler de l’Université du Michigan, sont membres du comité directeur. Les opérations quotidiennes sont gérées par le directeur de projet Michael Robbins et une équipe de spécialistes basée aux États-Unis.

Cette même enquête nous apprend que seulement 22 % des Algériens pensent que la situation économique de leur pays va s’améliorer durant les années à venir. C’est dire que la population algérienne n’entrevoit aucune perspective positive à long-terme au regard de l’instabilité chronique de son pays et de l’entêtement de ses dirigeants à poursuivre le même mode gouvernance basé sur l’absolutisme et le refus de l’alternance au pouvoir.

La même source réputée pour la crédibilité et la fiabilité de ses travaux universitaires et recherches sur le Monde Arabe, nous apprend aussi que 9 % uniquement des jeunes algériens âgés de 18 jusqu’à 29 ans pensent que le gouvernement fournit les efforts nécessaires pour créer des nouveaux emplois.

Une année après le départ d’Abdelaziz Bouteflika du plus haut sommet de l’Etat algérien, force a été également de constater que le divorce entre les jeunes algériens et la politique était définitivement consommé. Preuve en est, seulement 15 % des jeunes algériens âgés de moins de 30 ans affirmaient s’intéresser encore aux évènements politiques de leur pays. Et à peine 20 % des algériens âgés de plus de 30 ans affichaient leur intérêt pour l’évolution politique de leur pays.

C’est dire qu’en août 2020, l’engagement politique a énormément faibli, pour ne pas dire disparu, au sein de la jeunesse algérienne. Ce qui peut être interprété comme un marqueur de désespoir et de détresse à cause de l’échec du mouvement populaire, le Hirak, à concrétiser l’énorme espoir de changement démocratique dans le pays.

En mars et avril 2021, soit deux ans après la chute d’Abdelaziz Bouteflika, les frustrations des Algériens ont pris une nouvelle dimension dramatique. Pour preuve,  une autre enquête menée par un panel d’experts de l’organisme Arab Barometer, a dévoilé que seulement 29 % des Algériens déclarent que leur gouvernement fait du bon travail pour maintenir les prix bas et limiter les dégâts de la cherté de la vie ayant porté un énorme préjudice au pouvoir d’achat des consommateurs. Cela signifie que 71 % des Algériens ont dénoncé un échec patent de leur gouvernement en matière de lutte contre l’inflation et la cherté de la vie. Des fléaux qui ont conduit à l’effondrement de leur pouvoir d’achat et à l’appauvrissement progressif de plusieurs pans de la société algérienne.

Au mois de juin 2021, une nouvelle enquête d’opinion menée par Arab Barometer a dévoilé encore d’autres données sur le désespoir accru de la population algérienne. Et pour cause, pas moins de 61 % des Algériens craignent de perdre leur principale source de revenus au cours des 12 prochains mois. C’est dire que les Algériens appréhendent énormément le futur proche dans leur pays qui est paralysé économiquement en l’absence d’un gouvernement capable de relancer la machine économique. Une machine totalement grippée : depuis la crise politique de 2019, l’Algérie n’a lancé aucun grand projet, n’a accueilli aucun investissement majeur et ne cesse de régresser sur le plan de la création des emplois et des richesses au point où le chômage aggravé par la dévaluation du dinar algérien et la cherté excessive de la vie a plongé des millions d’algériens dans la paupérisation.

La même enquête faite par Arab Barometer a indiqué, par ailleurs, qu’au moins 27 % des Algériens se sont retrouvés contraints de se nourrir avec des aliments beaucoup moins chers et de moindre qualité au cours des 7 derniers jours. La même enquête d’opinion a dévoilé également qu’au moins 20 % des Algériens craignent que leur stock en nourriture soit épuisé avant d’avoir de l’argent pour le renouveler.

Et pas moins de 12 % des Algériens ont éprouvé le besoin d’un soutien financier pour obtenir de la nourriture au cours des 7 derniers jours. Ces chiffres sont alarmants pour un pays qui naguère se targuait d’être riche, prospère et fier de sa politique sociale empêchant la pauvreté extrême. Une politique financée largement par les revenus pétroliers et gaziers.

Toutes ces données illustrent parfaitement la régression continue de l’Algérie que ressentent au quotidien des pans entiers de la société algérienne. Un indicateur qui ne laisse présager rien de bon pour l’avenir proche d’un pays qui a voulu ardemment tourner la page de 20 ans de règne d’Abdelaziz Bouteflika pour se retrouver ensuite dans… une nouvelle impasse autoritaire.

 

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3 تعليقات

  1. Il y’a le peuple qui souffre en silence depuis 1962, sans aucun espoir de voir un jour le bout du tunnel !
    Et, il y’a la junte et sa cour abreuvées au bon lait de la rente qui veulent à la fois le sublimer pour leur
    avoir démocratisé la corruption pour tous ; mais en même temps s’en servir pour le charger et lui jeter
    l’opprobre dans son cercueil pour solde de tout comptes. Ainsi, ils se préservent l’avenir radieux qu’il
    leurs a tous procuré ! Voilà ce qu’on appelle les vraies mauvaises graines capables de pousser partout
    sans engrais ! Ils prennent le beurre et l’argent du beurre ! Et ils te diront « Inal li ma Ihaabnach » !

  2. Les frustrations et la colère des algériens ont été amplifiés pendant le règne de l’ex fakhamatouhoum qui n’a rien fait pour élever l’Algérie au niveau où elle aurait du être en matière de développement, d’éducation, de recherches et tous ces domaines qui font qu’un pays compte en ce monde.

    Il a été LE responsable de la décrépitude de l’Algérie et des algériens.