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samedi, juin 22, 2024

30 ans de prison ferme contre les commerçants spéculateurs : l’Algérie croit savoir que la prison va résoudre des problèmes purement économiques

Inédit et rarissime. L’Algérie est devenu depuis hier dimanche 3 octobre l’un des rares pays au monde qui va recourir à la prison pour lutter contre la spéculation commerciale dans l’espoir de stabiliser les prix des produits de large consommation. Oui, la prison ferme pour affronter et gérer des problématiques purement économiques qui n’ont strictement rien de « pénal ». La nouvelle recette du régime algérien témoigne, en réalité, de sa profonde méconnaissance des réalités économiques et de leurs enjeux. Aucun pays au monde ne peut régler un problème économique en procédant à l’incarcération pure et simple de commerçants accusés de « jongler » avec les prix. 

C’est, pourtant, ce que pensent les dirigeants algériens. Le Conseil des Ministres présidé hier dimanche par Abdelmadjid Tebboune, le Président algérien, a chargé officiellement le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, « d’élaborer le projet de loi relatif à la lutte contre la spéculation au plus tard à la date de la prochaine réunion du Conseil des ministres, avec des peines allant jusqu’à 30 ans pour ceux qui jouent avec le gagne-pain des Algériens, car il s’agit d’un crime à part entière », explique le communiqué final ponctuant les travaux de ce Conseil des Ministres.

Oui, 30 ans de prison de ferme contre des commerçants coupables de spéculation que le régime considère comme un crime à part entière. Mieux encore, le même Conseil des Ministres a appelé au renforcement du contrôle sur le terrain des commerces pour interdire toute hausse injustifiée des prix des produits alimentaires, « avec le retrait définitif des registres de commerce pour les commerçants impliqués ». Le langage policier et justicier du pouvoir algérien est étonnant pour la simple raison qu’il n’obéit à aucune logique économique. Au nom de quoi l’Etat peut, ou doit, interdire toute « hausse » des prix alors que le marché, comme toute l’économie, est régie par le principe de l’offre et de la demande ? De quel droit Etat peut-il se prévaloir pour contraindre un commerçant à vendre à un prix précis ? Et quelle la définition précise de la « hausse injustifiée » des prix ? Qui peut décréter que tel prix ou tel prix n’est pas justifié ?

Le régime algérien s’empare de thématiques purement économiques pour les soumettre à un traitement judiciaire qui n’a absolument aucun sens. Pourquoi ? D’abord, les hausses des prix entrent dans le cadre d’un phénomène très complexe que les économistes appellent l’Inflation.

L’Algérie souffre de plusieurs problèmes économiques et financiers qui ne cessent d’aggraver l’inflation dans le pays. D’abord, avec une production nationale faible à cause d’une économie rentière dépendante uniquement des exportations des hydrocarbures, l’Algérie est régulièrement confronté  à un excès de la demande par rapport à l’offre. Afin de rétablir l’équilibre, les commerçants ou opérateurs économiques procèdent à des augmentations des prix.

Par ailleurs, en Algérie, le prix des produits de large consommation augmentent parce que leur coût de fabrication augmentent ou parce que les produits qui le composent augmentent. Il s’agit d’une véritable spirale inflationniste qui nuit gravement au pouvoir d’achat. Et cette spirale s’explique par la politique monétaire chaotique de l’Algérie. Un dinar algérien dévalué régulièrement et en perte de valeur excessive face aux principales devises internationales. Ce qui produit un impact négatif sur les prix des produits commercialisés qui sont amenés à augmenter à cause de l’instabilité chronique du dinar algérien. Une instabilité qui provoque l’augmentation des coûts de production et le coût de la matière première et donc un renforcement de l’inflation.

En plus, force est de constater que l’augmentation en Algérie des prix provient d’une création de monnaie excessive, à savoir les mécanismes monétaires destinés à financer les déficits budgétaires avec la création de nouvelles quantités de liquidités. Il est créé plus de monnaie que de richesse réelle dans le pays, ce qui déprécie la valeur de cette monnaie, donc fait augmenter les prix pour compenser cette dépréciation.

C’est à cause de toutes ces conditions que l’inflation fait baisser le pouvoir d’achat des Algériens. Face à cette équation, les autorités algériennes sont totalement dépassées et pensent que la prison fera reculer l’inflation dans le pays. Ce qui est une erreur fondamentale. Les autorités algériennes veulent nous faire croire que la cherté excessive de la vie est provoquée par la spéculation.

Or, la spéculation est l’opération qui porte sur des valeurs, des immeubles, de la marchandise et qui est faite en vue de réaliser un gain en profitant des fluctuations du marché. Si ces fluctuations n’existent pas, la spéculation ne pourrait pas se produire. Ce n’est donc pas la spéculation qui provoque l’instabilité des prix. C’est un phénomène qui est lui-même né de l’instabilité des prix.

Le but est réaliser des bénéfices en spéculant sur la transformation ou l’échange des produits. Il en est ainsi des actes de fabrication et de transformation des produits manufacturés ou de l’achat, la vente ou le location des biens. Peu importe d’ailleurs si le bénéfice est effectivement réalisé ou non. Ce qui compte c’est la prise de risque dans l’espoir d’un gain ultérieur. Voila le  fonctionnement du mécanisme de la spéculation.

En clair, emprisonner tous les spéculateurs du pays n’a aucun impact sur la cherté de la vie et l’augmentation de l’inflation. Au contraire, cette mesure pourrait aggraver la cherté de la vie en terrifiant des commerçants qui vont renoncer à leurs activités provoquant ainsi une aggravation de la pénurie des produits de première nécessité et une déstabilisation globale du marché national. Une attitude dangereuse.

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4 تعليقات

  1. L’Algérie est un pays à part !
    Déjà, on aimerait connaître ce nouveau « Rab El Makla » qui ordonne par téléphone à la justice de faire une chose ou son contraire ?
    Pourquoi ce gourou n’ordonne t-il pas d’abord à sa nomenklotura de justifier les patrimoines mal acquits ou non conformes à leurs statuts réels dans la société ?
    Et tous ceux qui brassent des milliards des marchés parallèles et de l’informel, ils sont intouchables ceux-là ?
    Et la planche à billets qui organise officiellement la pénurie et la dévaluation de la monnaie, donc, par ricochet l’augmentation des prix, comment faut-il la sanctionner ?
    Pourquoi ce gourou qui joue occasionnellement au « Monsieur Propre » ne songe pas tout simplement à changer de monnaie en créant de nouveaux billets de banque pour viser la transparence et rétablir du coup le déséquilibre des liquidités et par la même débusquer tous les loups planqués dans les bois ?
    On le voit bien, ce système n’a jamais tort, c’est toujours le petits peuple qui paye les pots cassés !

  2. Oui Boussad tu as raison…Il ne faut pas s’en prendre aux spéculateurs…. D’ailleurs si le régime ne le faisait pas tu serais le premier à le dénoncer et à le réclamer… Ce qui est bien chez les paumés aigris comme toi c’est la constance…
    Reste le plus loin possible de l’Algérie….

  3. Non, faut pas prendre les gens pour des veaux !
    Les commerçants (appelés spéculateurs pour les diaboliser) courent tout simplement derrière l’inflation crée par la planche à billets, les dévaluations, l’argent sale, l’informel et autres marchés parallèles …Parce qu’ils peuvent le faire encore ! Mais, pas au point de prendre 30 ans. Ils iront sûrement grossir le marché-harragas offert aux cachiristes pour
    leurs faire arrondir leurs fins de mois difficiles, mais hélas ! Pas pour longtemps ! Car de la sorte, on aura tout simplement
    achevé la poule aux oeufs d’or « Algérie » !
    Et le peuple payé avec un lance-pierres, il va contempler le spectacle le ventre creux ?
    Calculs à courte vue !