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dimanche, juin 16, 2024

Le géant italien ENI menace Algérie Part à la suite de ses révélations sur les dessous de son business douteux avec Sonatrach

Les révélations exclusives d’Algérie Part sur les dessous du secteur des hydrocarbures en Algérie ont visiblement dérangé, encore une fois, des intérêts opaques et puissants. Preuve en est, le géant italien ENI vient d’adresser une mise en demeure à notre rédaction pour nous demander sur un ton très menaçant de retirer un article que nous avons publié le 26 octobre 2022 au sujet des pourparlers secrets menés avec le PDG de Sonatrach, Toufik Hakkar, dans le but de s’emparer dans des conditions troublantes et très douteuses d’un important projet pétrochimique à Arzew, à l’ouest du pays. 

Cet article titré « Exclusif. Le PDG de Sonatrach manœuvre pour écarter Total afin de le remplacer par ENI dans un important projet pétrochimique à Arzew » avait indiqué que l’un des plus importants projets pétrochimiques lancés récemment en Algérie, à savoir le  fameux projet « STEP » pour la Réalisation et l’Exploitation du complexe de déshydrogénation du propane et production du polypropylène (PDH – PP) prévu dans la Zone Industrielle d’Arzew, fait l’objet de tractations secrètes menées par la Sonatrach avec le groupe italien ENI.

« Selon nos investigations, depuis plusieurs semaines, le PDG de Sonatrach, Toufik Hakkar, est en pourparlers avec le groupe italien ENI afin de lui permettre de prendre la place du groupe français TOTAL dans ce projet pétrochimique consistant à doter l’Algérie d’une capacité de production de 550 000 tonnes par an de polypropylène devant permettre ainsi l’Algérie de devenir un exportateur de cette matière première pour la plasturgie », avait révélé notre article. Cette révélation a été détaillée et appuyée par plusieurs faits vérifiables dans notre article qui soulève, par ailleurs, des soupçons de corruption à propos de la forte percée du groupe italien ENI dans le secteur des hydrocarbures en Algérie et ce depuis 2020, année à laquelle Toufik Hakkar est arrivé aux commandes de la Sonatrach.

Il est à rappeler que cet article n’est pas le premier du genre à apporter des révélations précises sur les relations très douteuses et troublantes entretenues par le PDG de Sonatrach avec le groupe italien qui figure parmi les très rares groupes étrangers qui ont accumulé les privilèges et les avantages commerciaux illicites en Algérie depuis l’accession de Toufik Hakkar aux commandes de la Sonatrach en février 2020 comme il a été démontré récemment dans les investigations d’Algérie Part. 

« Il est à signaler enfin que le groupe italien ENI est réputé pour sa facilité déconcertante à offrir des pots-de-vin pour obtenir des marchés gaziers ou pétroliers en Afrique comme ce fut le cas dans l’affaire de l’acquisition d’un gisement offshore au Nigeria en 2011, cette affaire constitue le plus gros scandale de corruption du secteur pétrolier au Nigeria », nous avions précisé encore dans notre article. Une affirmation qui a heurté la sensibilité des dirigeants du groupe ENI alors que ces informations ont été rapportées par de nombreux autres médias internationaux ou italiens.

Dans mise en demeure, le groupe ENI nous reproche de porter un grave préjudice à sa réputation et à son image à travers notre article qui comporterait selon la mise en demeure parvenue à notre rédaction des propos infondés et des déclarations très fausses.

Il est vrai qu’en mars 2021, les géants pétroliers Eni et Shell, mis en cause dans cette vaste affaire de corruption au Nigeria, ont été relaxés en première instance par un tribunal de Milan. Mais ce verdict avait provoqué la déception des ONG à l’origine de l’enquête judiciaire.

« Ce jugement n’est pas le dernier mot dans ce scandale », avait réagi Barnaby Pace, de l’ONG britannique Global Witness, une des associations à l’origine des révélations qui en 2013 ont abouti à l’ouverture d’une enquête judiciaire. Il avait demandé au parquet de Milan « d’envisager toutes les options pour un appel ».

Les soupçons de corruption pesant à l’encontre de la compagnie ENI n’ont pas donc définitivement enterrés comme le prétend la mise en demeure adressé par le géant italien à notre Rédaction. Par ailleurs, le groupe ENI a été cité dans plusieurs autres scandales de corruption qui n’ont jamais été élucidés. En mars 2021 toujours, Eni avait accepté de payer 11,8 millions d’euros d’amende pour mettre fin à une enquête sur des soupçons de corruption au Congo-Brazzaville. Et pourtant, le ministère public italien avait réussi à établir la culpabilité de la société et de plusieurs de ses responsables, dont le PDG Claudio Descalzi, dans ces affaires, rapporte le journal italien La Repubblica.

D’après les juges du parquet de Milan, la société ENI avait, dans un premier temps, usé de manœuvres illégales pour le renouvellement de ses droits d’exploitation sur les concessions Marine VI et VII situées au large du Congo. Par la suite, il avait été établi que Magdalena Ingoba, nièce du président congolais Denis Sassou Nguesso, et femme de l’actuel PDG de la société, Claudi Descalzi, est la propriétaire de la société de services pétroliers Petroservice. Cette entreprise a notamment remporté des contrats pour fournir des services de location de navires de forage et autres services en amont.

Ces pratiques immorales justifient totalement les soupçons formulés par les articles d’Algérie Part concernant les acquis et privilèges obtenus par ENI auprès de la Sonatrach en Algérie. Nous signalons, en outre, que le groupe italien n’a jamais voulu adresser un droit de réponse à notre Rédaction pour répondre au contenu de notre article.

ENI a préféré recourir aux services d’un grand cabinet d’avocats international pour nous menacer et nous intimider afin de nous contraindre de retirer notre article incriminant son business avec la Sonatrach. ENI a effectivement fait appel à Dentons qui est le plus grand cabinet d’avocats multinational, fondé en mars 2013 par la fusion du cabinet anglo-américain SNR Denton (en), du cabinet canadien Fraser Milner Casgrain et du cabinet français Salans LLP (en). Par sa fusion en 2015 avec le cabinet chinois Dahheng (大成), Dentons devient le plus important cabinet au monde en nombre d’avocats. En dépit de la modestie extrême de nos moyens financiers, notre Rédaction refuse de céder au diktat du géant italien ENI.

Il est à signaler que ces menaces et pressions interviennent à peine 10 jours après la condamnation à la peine capitale de notre Rédacteur en Chef, Abdou Semmar, par le tribunal criminel de première instance de Dar El Beida (Alger) à la suite de ses révélations fracassantes et détaillées sur les pratiques financières occultes et illégales des hauts responsables de la compagnie nationale des hydrocarbures Sonatrach. Cet acharnement dont nous sommes victimes de la part des autorités algériennes et, maintenant, de la part des partenaires étrangers de Sonatrach démontrent plus que jamais la justesse de notre travail, l’impact grandissant de nos enquêtes et l’importance vitale de notre combat pour la défense de l’intérêt général dans le secteur des hydrocarbures.

 

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