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dimanche, juin 16, 2024

Gaz naturel. L’Egypte, le Qatar ou Israël : ces concurrents qui menacent les intérêts de l’Algérie en Europe

L’Algérie sera confrontée à une très rude concurrence dans les mois et années à venir sur le marché européen du gaz naturel. Ses intérêts sont fortement menacés par de nouveaux fournisseurs qui ambitionnent de s’emparer de ses parts de marchés et s’imposer comme les nouveaux robinets de gaz naturel de l’Europe.

Ce mercredi 15 juin, le marché européen du gaz naturel a connu un tournant majeur avec la conclusion d’un accord stratégique entre l’Union Européenne, Israël et l’Egypte. Un accord qui permet à ses deux pays de s’imposer comme de nouveaux importants fournisseurs de gaz naturel du continent européen. En effet, la commissaire européenne à l’Energie, Kadri Simson, le ministre du Pétrole et des Ressources minérales égyptien, Tarek al-Moulla, et la ministre israélienne de l’Energie, Karine Elharar, ont signé ce mercredi un accord de principe qui officialise leur volonté de collaborer dans le domaine du gaz naturel liquéfié (GNL).

« Nous nous sommes mis d’accord pour travailler ensemble au transport du gaz naturel depuis Israël via l’Egypte puis vers l’Union européenne », a déclaré Ursula von der Leyen en marge de cette septième réunion ministérielle du Forum du gaz de la Méditerranée orientale (EMGF) organisée au Caire. « Cet accord intervient à un moment particulièrement difficile pour l’Union européenne », a-t-elle rappelé en référence aux conséquences du conflit en Ukraine.

De nombreux experts et dirigeants européens tablent sur le tandem Egypte-Israël pour offrir à l’Europe une alternative à la dépendance vis-à-vis du gaz russe.  « L’essentiel de la production égyptienne s’élevant à environ 70 milliards de mètres cubes est destiné au marché local. Mais le pays a l’avantage de disposer des deux seules usines de liquéfaction de gaz de la Méditerranée orientale », a expliqué à ce sujet dans les colonnes du quotidien économique français Les Echos, Mona Sukkarieh, cofondatrice de Middle East Strategic Perspectives. Selon cette source, les pays de l’Union Européenne (UE)  ont représenté depuis le début de l’année plus de 40 % des exportations de GNL égyptien, contre 15 % en 2021, selon les données du cabinet Rystad Energy.

La même source a expliqué également que le gaz israélien présente des perspectives heureuses pour les années à venir. Israël affirme officiellement jouir  d’importantes réserves estimées à environ 900 milliards de mètres cubes, selon le ministère israélien de l’Energie, et souhaite exporter davantage vers l’Europe. Ses exportations vers l’Egypte, via deux gazoducs, sont aujourd’hui principalement destinées au marché local.

L’accord tripartite signé ce mercredi vise selon ses promoteurs à encourager le développement de ces infrastructures pour faire de l’Egypte un « hub gazier régional ». « Cet accord-cadre crée un environnement propice à la signature de futurs contrats commerciaux ; un engagement de long terme de l’Union européenne pour l’achat de gaz est bien sûr de nature à encourager les investisseurs », a indiqué à ce sujet Christian Berger, ambassadeur de l’Union européenne en Egypte. « Il s’agit d’un point de départ, même si le changement ne va pas se produire du jour au lendemain ».

Cet accord inédit et historique entre dans le cadre d’une stratégie européenne très active visant par tous les moyens à diversifier les sources d’approvisionnement en gaz consommé par les pays de l’Union Européenne (UE) en se tournant vers des nouveaux « fournisseurs fiables », dans l’objectif d’ici à quelques années de se passer entièrement des combustibles fossiles russes.  Il faut savoir que près de la moitié des importations de gaz naturel de l’UE provenait de Russie en 2021, soit 155 milliards de mètres cubes.

Force est de constater que dans cette stratégie de diversification, l’Algérie n’est guère avantagée car ses parts de marchés en Europe sont menacés plus que jamais par ces nouveaux fournisseurs comme l’Egypte, Israël ou encore, et surtout, le Qatar.

Pour rappel,  au mois de mars dernier, moins d’un mois après l’invasion de l’Ukraine, le ministre de l’Economie allemand Robert Habeck s’est rendu à Doha pour y sceller un accord énergétique de long-terme. Ce rapprochement porte notamment sur l’acheminement de gaz naturel liquéfié du Qatar dans les ports allemands afin de remplacer le gaz russe. En mai, l’émir qatari a entamé une tournée diplomatique à fort enjeu économique et surtout énergétique, étant reçu à Madrid avec tous les égards diplomatiques, à Londres, à Berlin et à Paris.

La France s’accroche plus que jamais au gaz du Qatar. Preuve en est, TotalEnergies a signé  dimanche dernier un contrat pharaonique avec le Qatar portant sur l’exploitation du plus grand champ gazier du monde. D’ici à 2027, le Qatar compte augmenter sa production de gaz de 60% et renforcer ainsi grandement sa présence sur le marché européen au détriment de l’Algérie qui ne suscite guère la confiance des pays européens en raison de nombreux différends géopolitiques.

Si pour le moment, l’Europe reste le « marché naturel de prédilection » du gaz algérien qui pèse 11% des importations européennes grâce à un réseau déjà établi de gazoducs entre les deux rives de la Méditerranée, une volonté manifeste est exprimée par l’Union Européenne pour réduire les approvisionnements depuis l’Algérie en privilégiant de nouveaux fournisseurs.

« À court-terme, les Algériens n’ont pas de marges permettant de doper significativement les volumes des exportations. La flambée des cours leur permet en revanche d’augmenter leurs recettes. Leur consommation nationale de gaz, qui sert notamment à fabriquer de l’électricité, absorbe déjà une grande partie de leur production. En revanche, ils se servent du gaz pour pousser leurs intérêts géopolitiques », a décrypté l’expert français Thomas Pellerin-Carlin de l’institut Jacques Delors, un spécialiste de la politique européenne de l’énergie, dans les colonnes du quotidien français spécialisé dans l’actualité économique La Tribune.

Les  récents différends ou conflits politiques opposant l’Algérie à certains pays européens comme l’Espagne font craindre une menace pour la sécurité énergétique de l’Europe. De nombreux dirigeants européens reprochent, par ailleurs, à l’Algérie son alignement systématique sur les positions de la Russie de Poutine ce qui place notre pays sur la liste des potentiels « adversaires » de l’Europe occidentale obligeant ainsi cette dernière à reconsidérer ses relations avec le régime algérien.

C’est dans ce contexte que l’Europe accélère ses négociations avec nouveaux fournisseurs de gaz naturel. A ce rythme, les nouveaux concurrents de l’Algérie risque de l’éjecter du marché européen provoquant un important préjudice financier pour notre pays.

Il est à signaler enfin que les exportations du gaz naturel algérien ont rapporté à l’Algérie en 2019 plus de 6,7 milliards de dollars USD. Les exportations du GNL ont rapporté, quant à elles, 3,7 milliards de dollars USD.

Au cours de la période janvier-novembre 2020, les pays de l’Europe sont restés les principaux partenaires commerciaux de l’Algérie, avec respectivement 48,2% de ses importations et 56,3% de ses exportations. Les Échanges commerciaux de l’Algérie avec l’Europe ont atteint une valeur de 27,27 milliards de dollars (environ 22 milliards d’euros), représentant 51,5% de la valeur totale des échanges de l’Algérie. Les exportations globales de l’Algérie ont atteint un montant de 21,55 milliards $ US, dont 2 milliards $ US d’exportations hors hydrocarbures, qui sont restées marginales avec seulement 9,4%. C’est dire que les intérêts financiers algériens en Europe sont stratégiques et considérables. L’Algérie ne peut pas se permettre de brader ses intérêts financiers au profit de ses nouveaux concurrents.

 

 

 

 

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