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dimanche, juin 23, 2024

Exclusif. La réhabilitation du Hamas par Tebboune a provoqué l’hostilité de l’Arabie Saoudite et des Emirats

Les raisons de la défection du prince héritier de l’Arabie Saoudite, Mohamed Ben Salmane (MBS), à quelques jours de la tenue des travaux du sommet des Chefs d’Etat des pays membres de la Ligue Arabe, le 1er et 2 novembre prochain, à Alger sont liées au désaccord exprimé par les autorités saoudiennes au sujet du processus de réhabilitation du parti islamiste palestinien le Hamas lancé depuis plusieurs mois par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, a pu confirmer Algérie Part au cours de ses investigations. 

La forte participation du Hamas à l’accord  de réconciliation signé à Alger le 13 octobre dernier entre les différentes factions palestiniennes sous l’égide de l’Algérie a fortement déplu à Riyad et aux dirigeants de plusieurs monarchies du Golfe qui n’apprécient pas du tout le rôle prépondérant des autorités algériennes dans ces efforts de réhabilitation du parti islamiste dirigé par Ismaël Haniyeh considéré comme étant un allié de l’Iran, l’ennemi juré de l’Arabie Saoudite et de plusieurs pays du Moyen-Orient comme les Emirats Arabes-Unis.

Selon nos sources, l’absence au prochain sommet de la Ligue Arabe à Alger du président des Emirats, Cheikh Mohammed bin Zayed Al Nahyan, qui sera représenté par le vice-président des Émirats arabes unis, le cheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum, s’explique également par le même motif lié au soutien affiché ouvertement par le président algérien Abdelmadjid Tebboune au dirigeants du Hamas palestinien.

Une position qui a suscité l’hostilité de Riyad et d’Abu Dhabi qui entretiennent des relations envenimées avec le parti d’Ismaël Haniyeh lequel flirte régulièrement avec l’Iran pour assurer l’armement de ses factions mobilisées dans les affrontements militaires réguliers qui les opposent aux forces de sécurité israéliennes.

Il est à rappeler qu’entre 2019 et 2021, plusieurs dizaines, certaines sources médiatiques saoudiennes avancent le chiffre de 68 Palestiniens et Jordaniens, ont été arrêtés en Arabie Saoudite et  accusés par Riyad d’être liés au Hamas. Certains de ces activistes pro-Hamas ont été ensuite détenus et d’autres continuent d’être harcelés par les services de sécurité.

Ces dernières années,  MBS a procédé à la suspension des activités pro-Hamas dans le royaume, choisissant de rendre illégal tout effort en ce sens et d’arrêter des dizaines de Palestiniens et de Jordaniens liés au Hamas.

Pour Riyad ou Abu Dhabi, le Hamas est un dangereux satellite iranien dans la région. Les relations entre l’Iran et le Hamas consistent effectivement en une aide militaire, financière et politique au Hamas. Le chef du Hamas Ismaïl Haniyé avait salué fin mai 2021 le soutien de l’Iran dans les combats militaires déclenchés contre Israël : « Je remercie la République islamique d’Iran qui nous a aidés avec de l’argent et des armes », avait-t-il déclaré à l’époque.

La force de frappe du Hamas avait surpris Israël lors des derniers affrontements militaires qui se sont déroulés  au cours du mois de Ramadan 2021, à savoir entre avril et mai 2021.  Plus de 4 500 roquettes ont été lancées sur le territoire israélien entraînant la mort d’une dizaine de personnes. Cette prouesse technique avait montré que non seulement le mouvement islamiste a réussi à reconstituer son arsenal depuis la dernière guerre en 2014, mais qu’il a aussi amélioré ses capacités militaires, grâce notamment à l’aide de l’Iran.

La nouvelle force militaire du Hamas inquiète ainsi les pays arabes qui ont normalisé leurs relations avec Israël dans l’objectif de contrecarrer l’influence chiite de l’Iran voisine. C’est pour cette raison que les efforts politiques et diplomatiques de l’Algérie pour placer le Hamas sur l’échiquier politique régional ont fortement agacé les saoudiens et les émiratis qui ont décidé de manifester leur désaccord et leur exaspération en « réduisant symboliquement leur niveau de représentativité » au prochain sommet de la Ligue Arabe à Alger.

Pour rappel, le Hamas avait pris part à l’accord baptisé « la Déclaration d’Alger ». Cet accord prévoit notamment la tenue d’élections législatives et présidentielle en Palestine d’ici un an. Si ce n’est pas la première fois qu’un tel accord est conclu, les précédentes tentatives palestiniennes n’ont jamais été concrétisées.

Au total, 14 factions palestiniennes ont participé à cette rencontre qui était intervenue peu avant le sommet de la Ligue arabe prévu à Alger les 1er et 2 novembre.  Le président Abdelmadjid Tebboune avait rendu une visite de «courtoisie» aux participants afin de les «encourager» à sceller leur réconciliation, après plus de 15 ans de divisions.

L’Autorité palestinienne, dirigée par Mahmoud Abbas et contrôlée par le Fatah, siège en Cisjordanie, territoire occupé par Israël où vivent 2,8 millions de Palestiniens.

L’enclave palestinienne de Gaza, mince bande de terre de deux millions d’habitants sous blocus israélien, est dirigée par le Hamas. Les premières élections – législatives et présidentielle – en quinze ans, ensuite programmées pour les 22 mai et 31 juillet 2021, avaient été reportées sine die.

Le président Tebboune a lancé fin 2021 une initiative pour réconcilier le Fatah et le Hamas et est parvenu début juillet à réunir à Alger le président palestinien Mahmoud Abbas et Ismaïl Haniyeh, une rencontre «historique». «Nous apprécions les efforts de l’Algérie pour l’unité palestinienne et faire face à l’occupation sioniste», avait commenté auprès de l’AFP Anwar Abou Taha, membre du bureau politique du Jihad Islamique, également présent à Alger pour signer cet accord de réconciliation qui suscite, désormais, l’hostilité de plusieurs pays arabes importants comme l’Arabie Saoudite.

 

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