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mercredi, juin 19, 2024

Enquête. La famille Tahkout et sa fortune à l’étranger que l’Etat algérien n’a pas pu récupérer

La famille Tahkout n’est plus à présenter. Tous les algériens connaissent la saga des frères Tahkout dans le transport des étudiants par bus à Alger, Blida, Constantine, Boumerdes. Durant l’ère Bouteflika, Mahieddine Tahkout, le patriarche de la famille, a pu fonder un véritable empire qui comprenait plusieurs entreprises prospères dans la distribution et commercialisation des véhicules neufs, l’assemblage et montage de véhicules, l’agroalimentaire, les médias et la communication, l’hôtellerie ou l’immobilier et même l’agriculture. 

‘’En vingt ans, Mahieddine Tahkout (qui est né en Avril 1963.ndlr) est devenu l’un des hommes d’affaires les plus puissants du pays. Ancien marchand de légumes au début des années 1990, importateur de café, il se recycle dans le transport en achetant un bus’’ avait titrait à juste le titre sur ce sujet le magazine jeune Afrique en Mars 2016. A titre d’exemple, CIMA MOTORS, l’une des entreprises phares de la famille Tahkout, elle était devenue de 2009 jusqu’à 2015  le représentant et distributeur officiel de plusieurs marques automobiles de renommée mondiale dont : Hyundai, Opel, Chevrolet, Suzuki, Fiat, Fiat Professional, Jeep et Alfa Romeo.

Mais au commencement en 2009, CIMA MOTORS, filiale actuelle du groupe TAHKOUT, a été créée par Mahieddine Tahkout afin de s’assurer de contrats d’affichage supplémentaires sur sa flotte de bus. ‘’Ce repositionnement n’avait pas plu à l’associé de JCDécaux, Sid Ahmed Benblidia, lié par un contrat à Tahkout qui à travers son beau-père général major aurait décidé de lui faire subir de nombreux déboires’’ nous apprend une source ayant requis l’anonymat.

Rappelons que TAHKOUT Mahieddine était le déjà détenteur exclusif du transport universitaire dans plusieurs régions du pays, avant d’obtenir un permis d’exploitation de 1000 lignes pour le transport urbain dans la capitale algérienne en 2015. Selon plusieurs indiscrétions le montant du contrat s’élevait à plus de 3 Milliards de Dinars soit l’équivalent de 25 Millions d’Euros…

Une insolente aisance qui lui permet en Décembre 2018, d’obtenir un marché de 6,3 milliards de dinars de la part de l’Entreprise publique de transport urbain et suburbain d’Alger (ETUSA) pour la location de 300 bus de 30 à 100 places. Mieux encore, le 13 du mois de Novembre 2018, suite à un accord-cadre signé par le ministre de l’intérieur Noureddine Bedoui avec le même concessionnaire, une correspondance émanant du Secrétaire Général du Ministère de l’intérieur obligerait les 1 541 communes du pays à s’équiper en véhicules de la marque Hyundai assemblés dans les usines de Mahieddine Tahkout…

Ce que nos lectrices et lecteurs connaissent peut-être un peu moins est le retentissant procès de Mahieddine Tahkout opposé à Mr Khelifati d’Alliance Assurance dans une affaire de faux et qui a contribué en première instance à la condamnation de ce dernier à 18 mois de prison ferme. Explications.

Un litige commercial avait opposé l’entreprise de Tahkout Mahieddine à son assureur et concernerait l’équivalent de 5 millions d’euros d’impayés, sur la base d’un contrat existant en deux versions … Chacune des deux parties proclamant le sien authentique.

Une expertise privée avait alors été effectuée par l’expert en Ecriture et documents près de la Cour d’Appel de Grenoble Jean Michel Bourgeois, à l’initiative de Mr KHELIFATI aux fins d’examiner les signatures de Mr TAHKOUT et de la comparer à d’autres signatures de Mr TAHKOUT et enfin analyser les paraphes de Mr KHELIFATI sur le contrat d’assurance pour l’année 2011 concernant la flotte automobile.

Le rapport technique de cet expert a été rendu au tout début de Janvier 2013 avec comme conclusions que la signature est bien celle de Mr TAHKOUT, alors que les paraphes ne seraient vraisemblablement pas celles de Mr KHELIFATI.

Il y a lieu de signaler que l’expert n’ayant pas reçu les contrats originaux mais des copies par mail, cela ‘’ne permet pas une observation minutieuse de l’écriture’’…et… ‘’d’observer les levées de plumes, la coulée d’encre, la pression…et les examens sous ultraviolets et infrarouges sont impossibles’’

Les conclusions de l’expert, sous toutes réserves, suggèreraient que l’un des contrats, signé par Mr TAHKOUT, ne serait pas paraphé par la main de Mr KHELIFATI, ce qui supposerait qu’il ne serait pas authentique !

Ce conflit, nous dit notre source, ferait suite à bien d’autres contrats d’assurance non honorés que la GAM assurance et la CNMA auraient conclu avec Mahieddine Tahkout…

Mais ce milliardaire déchu emprisonné depuis le 10 juin 2019 et condamné à 16 ans de prison ferme en juillet 2020, une peine de prison qui a été ramenée à 14 ans en décembre 2020 par la Cour d’Alger, avait ne se limitait pas qu’à l’Algérie pour fructifier ses affaires.

En France, l’oligarque algérien s’associe, dans la société Air Méditerranée International créée le 07/08/2009 avec un capital de 90.000 euros, à côté de l’homme d’affaires lillois Belkacem Belghaouar et Antoine Feretti. La société a depuis fait faillite puis a été radiée le 18/04/2013.

Mahieddine Tahkout avait alors déposé 30.000 euros en numéraire à la banque Crédit du Nord à Lille en date du 25/06/2009 ! Il faut rappeler que l’associé de Mahieddine Tahkout, Mr Belghaouar, avait été associé dans l’agence de voyage Atlas Tours au recteur de la mosquée de Lille : Amar Lasfar, président de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), qui serait selon des sources sures liée aux Frères musulmans.

Le business profite à toute la famille TAHKOUT qui a pu ainsi, dans le sillage de Mahieddine, créer bien d’autres entreprises à l’étranger comme les sociétés Languedoc Immobilier Construction au capital de 7622 Euros basée au 126 Impasse Juvénal à Nîmes, la Société Civile Immobilière TMF créée le 07/12/2005 au capital de 30.000 euros basée à la même adresse au 126 Impasse Juvénal à Nîmes, mise en liquidation le 07/04/2017, Universal Invest créée le 31/05/2010 ayant pour objet le commerce de gros et dotée d’un capital de 10.000 euros basée au 136 rue Guy Arnaud à Nîmes radiée le 18/05/2015, Euromed Rent créée le 18/08/2010 ayant pour objet la location de véhicules en France dotée d’un capital de 10.000 Euros basée également basée au 136 rue Guy Arnaud à Nîmes radiée le 18/05/2015.

De même, la société Palatium créée le 11/01/1999 avec un capital de 7622.45 euros ayant pour objet la traduction et l’interprétariat et qui a eu pour gérants : Nasser, Mahieddine, Aicha puis Rachid Tahkout.

Ou encore, Euro Service du Delta dotée d’un capital de 180.000 euros créée le 01/10/2005 et ayant pour siège le 126 Impasse Juvénal à Nîmes, l’activité de l’entreprise étant la gestion de sièges sociaux et dont le gérant liquidateur est Hamid le fils de Mahieddine Tahkout.

Et même la société Le Coraly créée le 21/06/2010 au capital de 762.245 Euros domiciliée également au 126 Impasse Juvénal à Nîmes avec pour objet social la location de terrains et autres biens immobiliers dont les gérants ont été Mahieddine, Aicha et enfin Nasser Tahkout.

A la lumière de ce qui précède, les Tahkout à l’instar de la plupart des oligarques algériens déchus, entretenaient des affaires à l’étranger et se constituaient de nombreux biens. Ils investissaient ainsi des sommes importantes en infraction de la loi, puisque celle-ci ne permet pas aux résidents algériens de détenir des devises à l’étranger. Aujourd’hui, ce patrimoine financier et immobilier est recherché par les autorités algériennes qui veulent récupérer cet argent amassé à l’étranger. Mais, pour l’heure, aucune démarche entreprise par l’Etat algérien n’a pu aboutir pour restituer au Trésor Public ces fortunes cachées à l’étranger.

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