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jeudi, juin 13, 2024

Enquête. Coronavirus COVID-19 : voici comment la pandémie du COVID-19 s’est rapidement propagée en Algérie

La pandémie du coronavirus COVID-19 s’est fortement propagée en Algérie à la suite d’un processus épidémiologique qui a duré pendant 3 étapes. C’est un rapport scientifique officiel et très approfondi de l’Institut National de la Santé Publique (INSP) obtenu par Algérie Part qui le confirme à la suite d’une minutieuse enquête épidémiologique menée par les chercheurs de cet organisme étatique. 

L’INSP est, en effet, l’un des rares organismes publics en Algérie qui publie des données scientifiques très fiables sur la situation épidémiologique qui prévaut dans notre pays. Et pour cause, l’Institut National de la Santé Publique a pour objet de réaliser des travaux d’étude et de recherche en santé publique permettant de fournir au ministère de la santé les instruments scientifiques et techniques nécessaires au développement des programmes d’action sanitaire et de promotion de la santé publique et à leur coordination intra et intersectoriel.

Algérie Part a obtenu au cours des investigations un rapport de l’INSP qui dévoile les dessous de l’évolution rapide et inquiétante de l’épidémie du COVID-19 en Algérie.  L’analyse des spécialistes de l’INSP a identifié trois périodes de l’épidémie actuelle de Covid-19 en Algérie. La première s’étale du 1er au 28 avril, la deuxième du 29 avril au 26 mai et la troisième du 27 mai au 24 juin. Il s’agit de périodes d’une durée de 28 jours pour les périodes 1 et 2, et de 29 jours pour la dernière.

Au 28 avril, qui correspond au dernier jour de la période 1, le taux d’incidence national était de 8,57 cas pour 100 000 habitants. Les cinq wilayas avec les plus fort taux d’incidence étaient Blida (56,47), Tipaza (17,60), Aïn Defla (14,52), Alger (13,36) et Tissemsilt (13,22). Jusqu’au 28 avril 2020, seule la wilaya de Blida avait un taux supérieur à 40 cas pour 100 000 habitants. Mais la pandémie va, malheureusement, se développer très rapidement à la fin du mois de Ramadhan. Le relâchement général de la population algérienne et les ratages du confinement partiel totalement bâclé par les autorités algériennes vont provoquer une augmentation sensible des cas contaminés et même des décès. Preuve en est, au 26 mai,  dernier jour de la deuxième période, le taux de morbidité est de 20,42 pour 100 mille habitants.  Les cinq premières wilayas, en termes d’incidence, étaient Blida (80,97), Béchar (47,42), Tipaza (43,93), Aïn Defla (41,23) et Constantine (37,12). Quatre wilayas ont dépassé le seuil des 40 cas pour 100 000 habitants.

Au cours du mois de juin, la pandémie s’est répandue sur l’ensemble du territoire national après avoir bien profité de l’insouciance générale observée en Algérie durant tout le mois de mai. Et c’est ainsi qu’au 24 juin, le taux d’incidence va ainsi augmenter jusqu’à 28,7 alors que le 28 avril 2020 il était de 8,57 cas pour 100 000 habitants.

On le voit bien, l’Algérie n’a rien fait de sérieux pour arrêter la propagation de la pandémie.  Les cinq plus forts taux sont observés à Blida (110,6), Sétif (53,35), Tipaza (52,52), Béchar (51,20) et Ouargla (49,22).  Huit wilayas sont au-dessus de 40
cas pour 100 000 habitants alors qu’au 20 mai, le nombre de ces wilayas ne dépassait pas les 4 !

Et pendant ce temps-là, l’Algérie n’a absolument rien développé en matière de dépistage et d’identification des cas contaminés. Les capacités du dépistage du pays n’ont pas été adaptées aux réels besoins sanitaires et à la vitesse de propagation de la pandémie.

Pour rappel, l’imagerie médicale a été autorisée dès le 6 avril pour renforcer le diagnostic de l’infection Covid-19 comme l’a annoncé la Note additive N°06 émanant de la Direction Générale de la Prévention et de la Promotion de la Santé (DGPPS) du ministère de la Santé.  En complément, le 5 mai, la définition des cas est élargie avec la notion de cas probable (Note N°20 du 05.05.2020/DGPPS) qui se fonde sur la tomodensitométrie
thoracique, à savoir le scanner thoracique. Concernant les cas dépistés par la tomodensitométrie, l’information est disponible à partir du 24 avril.

Le 28 avril, fin de la première période, 3 649 cas confirmés PCR+ ont été notifiés à l’échelle nationale soit une incidence de 8,57 cas pour 100 000 habitants versus 1,99 le 1er
avril. Ce qui signifie que les autorités algériennes savaient depuis le mois d’avril que la pandémie a commencé son expansion sur le territoire national.

Mais l’Algérie au lieu de développer l’utilisation des tests de dépistage PCR, elle va décider de miser beaucoup plus sur le dépistage par le scanner thoracique ou la méthode TDM+ comme on l’appelle dans le jargon médical. D’ailleurs, pour la période allant du 29 Avril au 26 mai, le rapport de l’INSP obtenu par nos soins note que les courbes d’incidence des cas PCR+ et TDM+ évoluent en parallèle avec des taux d’incidences du même ordre de grandeur, avec respectivement 20,42 et 22,49 cas pour 100 000 habitants.

L’écart entre les deux courbes reste relativement constant du début à la fin de la période étudiée. Au 26 mai, ce différentiel est de 2,07 versus 1,71 le 29 Avril. Mais à la 3ème
période, les calculs de l’INSP mettent en évidence la séparation des courbes d’incidence PCR+ et TDM+, et l’accentuation de l’écart. Ainsi au 24 juin, ce différentiel est de 19,22 points, il était de 2,31 au 27 mai. Il a été multiplié par un facteur de 8,32. Les taux sont de 28,75 et 47,97 respectivement pour les cas PCR+ et TDM+.

 

Le taux d’incidence des cas TDM+ est multiplié par un facteur de 1,67 par rapport à celui des cas PCR+. Pourquoi ? Parce que l’Algérie souffrait d’une pénurie chronique des kits de dépistage et les autorités sanitaires ont préféré ainsi généralisé les tests de dépistage par le scanner thoracique au lieu de renforcer les capacités de dépistage avec des tests PCR+ comme le préconise la communauté scientifique mondiale. Une erreur fatale qui va coûter cher, très cher à l’Algérie puisque de nombreux cas légers, mais positifs ne seront pas repérés par le scanner thoracique et relâchés par les hôpitaux leur permettant ainsi de continuer à contaminer tout leur entourage familial et professionnel. Une véritable bombe sanitaire qui va exploser à partir du 26 juin 2020.

Concernant la mortalité, 393 décès PCR+ ont été notifiés entre le 1er et le 28 avril, soit une moyenne de 14,0 nouveaux décès par jour. Le taux de mortalité au 28 avril était de 1,03 décès pour 100 000 habitants versus 0,14 au 1 er avril.

Le taux de létalité a, quant à lui, connu deux phases : une phase ascendante, du 1er au 13 avril (6,84 % 15,78 %), puis une phase descendante. Au 28 avril, ce taux est de 11,97 %.  Au cours de la deuxième période, le nombre de décès notifiés a diminué de plus de la moitié avec 180 cas, soit une moyenne de 6,4 décès par jour. Les taux de mortalité et de létalité à la fin de cette période sont respectivement de 1,45 et 7,09 %.

Entre le 27 mai et le 24 juin, le nombre de décès déclarés est à la hausse avec 252 cas notifiés, soit en moyenne 8,69 décès par jour ; ce qui correspond à une augmentation de 40 % entre les deux dernières périodes. Le nombre de décès a été multiplié par un facteur de 1,4. Le taux de mortalité est de 2,04 au 24 juin. Il a pratiquement doublé
entre le 28 avril et le 24 juin. La létalité a connu deux phases : une phase descendante où le taux diminue régulièrement pour atteindre 6,91 % au 03 juin, puis une légère remontée jusqu’au 21 (7,19 %). Au 24 juin, le taux est de 7,09 %. Ces chiffres démontrent enfin que la pandémie a transformé l’Algérie en un foyer dangereux depuis le 24 juin. Profitant des erreurs et maladresses des autorités sanitaires concernant le confinement partiel totalement bâclé et l’absence d’une politique de dépistage par les tests PCR+, la pandémie a vaincu le dispositif sanitaire et médical déployé par le ministère de la Santé en Algérie. Aujourd’hui, à la deuxième moitié du mois de juillet, le COVID-19 collectionne les records et les pics de contaminations. L’Algérie doit se préparer au pire des scénarios.

 

 

 

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