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dimanche, mars 3, 2024

De Télemly au bureau d’Abdelaziz Bouteflika : le mystérieux parcours de la prétendue « fille cachée » de Bouteflika

Le tribunal de Cheraga à Alger a programmé officiellement le procès de la prétendue fille cachée de Abdelaziz Bouteflika pour le 5 août prochain. ll s’agit de l’un des dossiers les plus ténébreux de tous les scandales qui ont ébranlé récemment le pouvoir algérien.

Algérie Part a consacré de nombreux articles sur la mystérieuse Maya B. ou celle qu’on appelait la “blonde de Moretti” qui séduisait les hauts responsables du régime algérien et ouvrait toutes les portes du pouvoir en se présentant comme la “fille cachée” de l’ex-Président Abdelaziz Bouteflika. Algérie Part a révélé récemment l’identité réelle de cette dame, accompagnée toujours de ses deux filles lors de ses sorties mondaines, qui a provoqué énormément de ravages au sein du sérail algérien.

Il faut savoir que Maya B. est emprisonnée depuis le mois début du mois de juillet 2019. Dans la discrétion la mieux préservée, la justice algérienne a décidé de l’incarcérer pour limiter l’onde de choc que pourrait provoquer les scandales dans lesquels elle est impliquée. Son véritable nom est Nechnach Zoulikha. Elle est née en 1957. Elle se trouve à la prison de Koléa depuis le mois de juillet 2019. Ses deux filles s’appellent Laichi Imène, née en 1984, et Laichi Sarah née en 1987. Nechnach Zoulikha est née d’une maman suisse. Ses filles possèdent officiellement la nationalité américaine et espagnole. Mais à Alger, Zoulikha se fait appeler Maya. B. On reviendra sur ce détail au cours de notre enquête.

Ses deux filles, Sara et Imène, ont été incarcérées à la prison de Koléa avec leur mère en juillet 2019. Elles ont été remises en liberté, un mois plus tard, lorsqu’elles ont fait appel à la chambre d’accusation de la Cour de Tipaza. C’est le tribunal de Chéraga qui avait décidé de les placer en détention provisoire.

Mais Sara et Imène retrouvent la prison en octobre 2019 car elles ont été condamnées à 18 mois de prison ferme dans une précédente affaire de faux et usage de faux. Elles retrouveront, une nouvelle fois, la liberté en avril dernier profitant des dispositions d’un décret présidentiel signé par Abdelmadjid Tebboune le 1er avril 2020 et “portant des mesures de grâce au profit de 5037 détenues”.

Sara et Imène retrouvent leur domicile à Moretti au sein de la Résidence d’Etat de Club-des-Pins alors que leur mère est toujours incarcérée à Koléa. Officiellement, Zoulikha Nechnach et ses deux filles faisaient l’objet d’une enquête déclenchée par la Direction générale de la Sécurité Intérieure (DGSI) de l’ex-DRS depuis le mois de janvier 2017. Comme il avait été révélé par Algérie Part, leur domicile à Moretti a été perquisitionné le 17 février 2017 par une équipe des agents de la caserne Antar dépendant de la DGSI.

Ce jour-là, ces agents saisissent plus de 200 mille euros, plus de 30 mille dollars et plus de 12 milliards de centimes et 17 kilos de bijoux en or. Une immense fortune que Madame Zoulikha, alias Maya B. a pu amasser en fructifiant de juteuses affaires auprès de plusieurs opérateurs économiques et hommes d’affaires au profit desquels elle intervenait au plus haut sommet du pouvoir algérien afin de leur procurer des terrains, assiettes foncières, crédits bancaires ou autorisations débloquant des projets d’investissements un peu partout en Algérie.

En février 2017, Maya B. et ses filles ont été placées en garde-à-vue pendant 4 jours à la caserne Antar. Elles ont été ensuite libérées, mais leurs passeports ont été saisis pour les empêcher de quitter le territoire national. Mais comme l’affaire n’a jamais été transmise à la justice, Maya et ses deux filles font une déclaration de perte et font de nouveaux passeports algériens ! C’est l’affaire de faux et usage de faux pour laquelle elles ont été condamnées plus tard à 18 mois de prison ferme. Mais passons, le plus croustillant est ailleurs.

L’enquête déclenchée par la DGSI en janvier 2017 tombe mystérieusement à l’eau. Maya B. reprend son train de vie “princier” à Moretti et sa vie mondaine comme si rien ne s’était passé.

En juillet 2019, le scandale éclate dans le sillage des évènements politiques bouleversant l’Algérie depuis l’enclenchement du le Hirak du 22 février 2019. Comme les autres piliers du clan présidentiel des Bouteflika, la mystérieuse “Maya” est ébranlée et les services de la gendarmerie nationale ayant repris les investigations de la DGSI ont procédé à son arrestation.

Algérie Part a poursuivi ses investigations sur ce dossier très énigmatique. Et nous avons découvert toute l’histoire familiale de la fameuse Zoulikha Nechnach. Nos investigations démontrent que cette femme n’a aucune relation avec la famille Bouteflika. Ni de près ni de loin. Et pour cause, Zoulikha Nechnach est née à Alger-centre et plus exactement à Télemly. Elle a grandi dans ce quartier jusqu’à son mariage avec son premier et seul mari. Le père de Zoulikha s’appelle Nechnach Ali. Sa mère s’appelle El Alia Ziane-Beroudja. La famille de sa mère est originaire de Chlef. Zoulikha, celle qui deviendra la fameuse Maya. B, a un frère et une soeur. Son frère est chauffeur de Taxi et s’appelle Nazih Nechnach. Sa soeur est une femme au foyer et marié depuis de nombreuses années.

Zoulikha n’a jamais exercé une activité professionnelle. Elle n’a jamais fait d’études supérieures. Et elle s’était marié dés son jeune âge avec un certain Boualem Laichi. Ce dernier était un simple fonctionnaire dans une banque étatique située à Alger-centre. C’est lui le père des deux fameuses filles de Zoulikha Nechnach, alias Maya B.

Nous avons aussi confirmé au cours de nos investigations que Zoulikha n’a jamais vécu à l’étranger ni obtenu une nationalité étrangère comme elle le prétendait dans les salons huppés du sérail algérien. La bonne dame a toujours vécu en Algérie et n’a disposé que d’une seule nationalité, à savoir la nationalité algérienne. Ses deux filles ont également une seule nationalité : l’algérienne. Et leur père est un citoyen algérien des plus ordinaires.

Dés son mariage, Zoulikha a vécu dans un appartement qui lui a été concédé par son défunt père à Télemly. Ce bien immobilier est toujours existant est loué à de tierces personnes. Zoulikha est resté dans cet appartement jusqu’à la mort de ses deux parents. Mais la vie de Zoulikha a totalement basculé dans une dimension irréelle à la suite de son divorce. Et une fois divorcée, Zoulikha change radicalement de mode de vie. Dés 2008, des membres de sa famille remarquent son nouveau train de vie. Zoulikha s’est teinte en “blonde”. Elle porte des tenues très luxueuses. Ses deux filles circulent, de surcroît, à bord de deux 4×4 BMW dernier cri.

L’ascension de Zoulikha commence. Elle s’implante à Moretti et devient Maya B., à savoir celle qui fait des ravages dans les rangs des ministres et hauts responsables algériens en raison de son “charme irrésistible” et ses tenues très provocantes et affriolantes. Maya B. est devenue la fameuse “blonde de Moretti” qui fait tellement jaser.

L’ex-patron de la DGSN, Abdelghani Hamel, mettait à sa disposition toute une escorte policière pour la protéger et veiller sur sa sécurité. Et Mohamed El Ghazi, l’ex-ministre du Travail de 2014 à 2017, ancien Wali d’Annaba entre 2008 et 2013 et ancien Wali de Chlef de 2001 jusqu’à 2008, chargeait régulièrement son fils de l’introduire dans les bureaux de tous les walis du pays lorsqu’elle avait besoin de résoudre des problèmes bureaucratiques pour ses affaires. Elle était toujours recommandée par l’ex-secrétaire particulier d’Abdelaziz Bouteflika, à savoir Mohamed Rougab, l’un des dirigeants les plus influents ces dernières années au sein du sérail des Bouteflika.

C’est Mohamed Rougab qui téléphonait aux hauts responsables de l’Etat pour leur demander de recevoir officiellement « Maya », la fille discrète du Président Bouteflika ! L’insistance et le lobbying du secrétaire particulier du Président ont ouvert toutes les portes du pouvoir à la fameuse « Maya » dont le nom de famille est gardé très soigneusement par les services de sécurité. Plusieurs sources concordantes ont confié à Algérie Part que madame Maya appelait directement ses interlocuteurs, les hauts responsables du pays, depuis le standard de la… Présidence ! C’est dire enfin que cette femme jouissait vraiment d’énormes « privilèges » qui lui ont permis d’amasser une fortune considérable dont les montants restent toujours indéfinissables. Gardes du corps, chauffeurs personnels, argents, bijoux en or, résidence d’Etat de Club-des-Pins et des hauts responsables à son bon vouloir, la fameuse « Maya » avait tout pour elle dans cette Algérie des Bouteflika.

Mais en juillet 2019, lorsqu’elle est présentée au tribunal de Chéraga, personne n’a osé citer son nom ou produire un témoignage à son encontre alors que la maison de Moretti perquisitionné en février 2017 par la DGSI lui appartient. Pourquoi ? Pourquoi ne pas avoir convoqué Mohamed Rougad pour élucider cette énigme ? Personne n’a voulu répondre officiellement à nos questions.

En réalité, des lobbys ont tenté d’étouffer ce scandale en sacrifiant uniquement certaines personnalités au détriment du personnage principal qui détient tous les secrets de ce feuilleton rocambolesque, à savoir Mohamed Rougab.

En effet, le tribunal de Chéraga a uniquement inculpé les deux anciens ministres, à savoir Mohamed El Ghazi, l’ex-Wali d’Annaba et ministre de l’emploi et sécurité sociale, ainsi que Abdelghani Zaalane, ex-wali d’Oran et ex-ministre des Transports et des Travaux Publics. Ensuite, le parquet du tribunal de Chéraga décide d’inculper l’ex-patron de la DGSN, Abdelghani Hamel et 12 autres personnes dont le fils de l’ex-ministre Mohamed El Ghazi, Chafi El Ghazi.

Malheureusement, force est de constater que la justice a totalement bâclé cette affaire pour ne pas attirer les projecteurs sur la figure de Maya B., l’énigmatique fille cachée du Président Abdelaziz Bouteflika.

Lorsqu’il avait été auditionné par des magistrats de la Cour Suprême en juillet 2019, Mohamed Rougab a reconnu qu’il connaissait parfaitement la fameuse Maya B. Il avait révélé dans sa déposition que cette femme venait régulièrement à la Présidence de la République pour rencontrer Abdelaziz Bouteflika. Mohamed Rougab révèle même aux juges qu’elle s’habillait de façon très provocante et aguichante. L’ex-secrétaire particulier à la Présidence a raconté qu’il avait suggéré à Abdelaziz Bouteflika de ne plus tolérer la présence de cette femme au Palais Présidentiel en raison de ses tenues jugées trop “incorrectes”.

Comme par hasard, Mohamed Rougab ne s’est jamais expliqué sur ce qu’il racontait à Hamel, l’ex-patron de la DGSN, ou les autres ministres du gouvernement lorsqu’il leur disait que cette Maya était la fille cachée du Président Bouteflika ! Rougab a raconté aux juges une version des faits totalement tronquée qui l’innocente totalement et lui confie le “bon rôle”. Les juges n’ont pas fait leur travail en confrontant le récit de Rougab aux faits dévoilés par ce dossier délicat. Le 5 août prochain, les juges risquent d’épargner encore une fois Mohamed Rougab. Et pourtant, c’est lui qui connaît tous les secrets de cette troublante d’affaire digne d’un film de Bollywood. Il n’y a que Mohamed Rougab qui peut effectivement expliquer aux juges comment une simple femme manipulatrice est devenue la reine des intrigues au sein du Palais Présidentiel d’El-Mouradia…

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