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samedi, juillet 20, 2024

Comment Tliba s’est fait piéger par les services algériens en Tunisie

Après une cavale qui aura duré  à peine deux semaines, Baha Eddine Tliba s’est fait arrêter et a été présenté officiellement ce jeudi devant le Procureur de la République près du tribunal de Sidi M’hamed à Alger. Ce dernier l’a transféré immédiatement vers un juge d’instruction qui vient de le placer sous mandat de dépôt pour rejoindre la prison d’El-Harrach. 

Mais comment Tliba a pu être appréhendé alors qu’il était en fuite à l’étranger ? C’est la question qui revient sur toutes les lèvres en Algérie. Une question qui suscite de nombreuses interrogations surtout que plusieurs médias « aux ordres » et affiliés au régime algérien tentent de faire croire à l’opinion publique que le député milliardaire a été arrêté à El-Oued, au sud-est du pays. Tliba était-il en fuite dans sa propre région natale ? Non, loin s’en faut.

En réalité, l’arrestation de Tliba a été une véritable opération de renseignement qui avait été mise en place dans le plus grand secret par les services du renseignement algérien. D’abord, il faut savoir que Baha Eddine Tliba s’est bel et bien enfui à l’étranger en franchissant la frontière algéro-tunisienne à la fin du mois de septembre. Le député et homme d’affaires qui a bâti un véritable empire à Annaba, s’est ensuite dirigé vers la côte tunisienne où il avait négocié avec un riche passeur propriétaire d’un yacht pour que ce dernier le transporte très discrètement jusqu’à Malte. Selon nos investigations, Tliba a séjourné plusieurs jours sur cette île de la Méditerranée réputée pour ses accointances suspectes avec les lobbys de l’argent.

Jusque-là, Baha Eddine Tliba n’avait pas encore décidé dans quel pays il devait séjourner ou se réfugier. En réalité, jusqu’au 11 et 12 octobre derniers, l’homme recherché par la justice algérienne n’avait élaboré aucun plan précis pour se mettre à l’abri. Tliba prend contact avec plusieurs interlocuteurs installés à l’étranger et demande conseil aux uns et aux autres pour établir un plan de secours.

Doit-il se rendre en Espagne comme les généraux Nezzar et Chentouf ? Ou doit-il voyager jusqu’à Londres pour se réfugier en Angleterre ? Tliba n’avait aucune option précise car sa fuite a été décidée dans la précipitation et l’homme ne pensait pas que la machine judiciaire menacer de le broyer aussi rapidement alors qu’il fut l’associé pendant de nombreuses années des enfants de l’actuel Chef d’Etat-Major de l’ANP, Ahmed Gaid Salah. Dans cette confusion générale, de très mauvaises nouvelles lui parviennent de l’Algérie. Sa mère, âgée et malade, le réclame et des membres de sa famille lui font part de l’arrestation de son frère Dhia-Eddine Tliba, un exploitant agricole établi à El-Oued. Tliba reçoit des appels de certains intermédiaires dépêchés par le clan Gaid Salah et lui proposent des négociations dans l’optique de lui offrir « une protection » s’il se résout à accepter de se rendre aux autorités algériennes. Seule solution qui pouvait lui permettre de revoir sa mère « séquestrée » en Algérie.

C’est alors que Tliba décide de retourner très discrètement en Tunisie où il s’installe dans une maison à Nabeul. Seule une femme de ménages et un chauffeur ont connaissance de sa présence sur le  sol tunisien. Mais durant trois jours,  Tliba multiplie les appels avec ces soi-disant négociateurs et intermédiaires. Le mardi 15 octobre, l’un de ses cousins lui proposent de rencontrer des hommes qui viendront lui parler de vive-voix pour sceller un accord qui instaurera la paix entre lui et le clan Gaid Salah. Un accord censé lui permettre de revenir en sécurité au pays.

Mais Tliba, naïf, tombe dans le piège et sa cachette à Nabeul est finalement débusquée. Les hommes qui viendront à sa rencontre sont finalement un « commando » algérien qui va opérer son arrestation avec la bénédiction, le soutien et l’appui des services de sécurité tunisiens. Interpellé le mardi matin, Tliba franchira une dernière fois la frontière algéro-tunisienne et sera transféré dans la journée dans deux centres des services secrets à Annaba et Constantine. Plus tard, le mercredi, le député milliardaire retrouve la capitale Alger, mais en sa qualité de captif. Le jeudi 17 octobre, il sera présenté devant le tribunal d’Abane Ramdane à Sidi M’hamed (Alger) qui décidera de l’envoyer tout droit à la prison d’El-Harrach…

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