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lundi, octobre 2, 2023

Ahmet Demirel, le lobbyiste secret des hommes d’affaires turcs à Alger

Presque personne ne le connait. Et pourtant, aujourd’hui, il est parmi les personnes les plus introduites au sein du sérail algérien. En effet, Ahmet Demirel est l’un des lobbyistes les plus puissants à Alger. Ce consultant turc est devenu incontournable pour les cercles d’affaires étrangers depuis l’accession d’Abdelmadjid Tebboune au pouvoir le 12 décembre 2019. Et pour cause, Ahmet Demirel est une vieille connaissance à Tebboune. 

 

Ahmet Demirel, appelé affectueusement à Alger Ahmed Dermali, a entamé son aventure en Algérie depuis 2007. Mais, au départ, il était l’un des amis étrangers les plus fidèles à un certain… Ali Haddad. L’ex-deuxième homme le plus riche en Algérie et prince des oligarques algériens a voyagé à Istanbul avec son frère Rebbouh. En 2007, Ali Haddad cherchait des partenaires turcs avec lesquels il pouvait sous-traiter des marchés publics importants dans le BTP en Algérie. Des marchés qu’il ne pouvait pas réaliser tout seul en raison du manque créant de savoir-faire dont souffre son groupe familial, l’ETRHB. Or, Ali Haddad était en train de s’imposer comme le roi du BTP algérien avec de nombreux marchés publics qu’il remportait les uns après les autres. Ali Haddad lorgnait l’équivalent de 2 milliards de dollars de marchés publics en Algérie depuis l’année 2002. Ali Haddad voulait à tout prix prendre des marchés publics financés par le programme complémentaire de soutien à la croissance économique (2005-2009)

Au final, Ali Haddad et l’ETRHB obtient l’équivalent de 7 milliards de dollars de marchés de 2002 jusqu’à 2018 ! Pour réaliser ces marchés, il lui faut des partenaires étrangers. Les turcs étaient très courtisés parce qu’il est très facile de faire avec des affaires « louches », à savoir procéder à des montages financiers complexes et opaques pour transférer illicitement des devises depuis l’Algérie vers l’étranger.

Rappelons que les documents et courriels obtenus par le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung et le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) sur lesquels ont travaillé plus de 100 rédactions (dont Le Monde), Ali Haddad apparaît comme le bénéficiaire économique d’une compagnie enregistrée par Mossack Fonseca en novembre 2004 aux îles Vierges britanniques. Kingston Overseas Group Corporation (KOGC) est administrée par son fondé de pouvoir, Guy Feite, un Français établi au Luxembourg, qui gère par ailleurs une société offshore au Panama pour le compte d’Abdeslam Bouchouareb, le ministre algérien de l’industrie et des mines.

Ali Haddad a rencontré Ahmet Demirel à Istanbul lorsqu’il avait diné dans son restaurant. Les deux hommes sympathisent et Ahmet Dermali lui propose de le mettre en relation avec de nombreuses entreprises importantes dans le BTP en Turquie. C’est grâce à cet ami truc, que le patron de l’ETRHB a commencé à connaître l’entreprise turque Erciyas Celik Boru ou l’entreprise « Mappa insaat » sans oublier le groupe Kayi.

Mais les relations entre Ahmet Demirel et Ali Haddad vont se détériorer après 2014 car l’oligarque algérien voulait à tout prix imposer ses lubies à ses partenaires. Le patron de l’ETRHB se dispute finalement avec Ahmet Demirel lorsque ce dernier lui apprend à partir de 2015 que des sociétés turques veulent voler de leurs propres ailes sans dépendre du puissant oligarque en Algérie. En réalité, Ahmet Demirel a pu développer son réseau à Alger au sein du sérail algérien et il ne voulait plus rester dans l’ombre d’Ali Haddad. A partir de 2016, il fait la connaissance avec l’homme qui était le secrétaire général du ministère de l’Habitat de 2016 à 2019, à savoir Kamel Beldjoud, l’actuel ministre de l’Intérieur du gouvernement d’Abdelaziz Djerad.

C’est grâce à Ahmed Madani, responsable de la communication de Tebboune au ministère de l’Habitat, que le consultant Turc Ahmet Demirel a pu faire la connaissance de Kamel Beldjoud. Petit à petit, ce dernier l’introduit dans le bureau de Tebboune, le puissant ministre de l’Habitat. Tebboune se disait prêt à aider les entreprises turques, mais à condition de rompre cette alliance stratégique avec Ali Haddad.

Avec la bénédiction et la protection de Tebboune, Ahmet Demirel rompt avec Ali Haddad et permet à plusieurs entreprises turques du BTP de s’émanciper du joug de cet oligarque possessif avec les investisseurs étrangers. Tebboune devient Premier-ministre au cours de l’été 2017. Pour Ahmet Demirel et les sociétés turques, c’est l’affaire du siècle ! De 2016 jusqu’à 2017, Ahmet Demirel a pu soigner ses relations avec Tebboune et son entourage. Il est devenu très ami avec l’homme qui allait devenir provisoirement Premier ministre de mai jusqu’à août 2017. Ahmet Demirel est, d’ailleurs, présent dans ce fameux avion qui va emmener Tebboune d’Istanbul jusqu’à la Moldavie lors de ses vacances estivales. Ahmet Demirel ambitionnait de présenter Tebboune à tous les grands hommes d’affaires turcs et parmi lesquels le puissant et richissime Selim Bora dont Algérie Part a parlé récemment dans une précédente révélation.   

Le rêve se brise en deux lorsque Tebboune est limogé dés la fin de ses vacances estivales en 2017. Ali Haddad en profite pour se venger contre Ahmet Demirel qui l’avait trahi pour pactiser avec Tebboune. Ahmet Demirel est même placé sous enquête et les services de sécurité algériens l’auditionnent au même titre que l’ex député RND de Béjaia Omar Alilat et Khiar Karim dit Houta, qui accompagnaient Tebboune dans son voyage à Istanbul (Turquie) et en Moldavie.

Il aura fallu que l’ambassade de Turquie intervienne avec véhémence pour sauver la tête d’Ahmet Demirel. Ce dernier a pu quitter l’Algérie pour rejoindre Istanbul dés l’hiver 2017. A ses proches, il confiera qu’il a failli se retrouver en prison. L’homme tente de revenir en Algérie, mais à chaque fois il rencontre des difficultés. Lorsque le fils de Tebboune, Khaled Tebboune, est emprisonné au début de l’été 2018 pour son implication dans le réseau de Kamel Chikhi alias le Boucher, le principal suspect du scandale de la cocaine du port d’Oran, Ahmet Demirel prend peur car Khaled Tebboune était l’un de ses amis.

Le lobbyiste turc subira les affres de l’instabilité en Algérie jusqu’au retour au pouvoir de son ami Abdelmadjid Tebboune. Il revient définitivement en Algérie et se frotte les mains. Aujourd’hui, plusieurs sociétés turques le sollicitent pour qu’il plaide leur cause à Alger auprès du nouveau pouvoir. Le lobby turc veut faire des affaires en Algérie, de grosses affaires pour profiter de la naissance d’un nouveau politique en Algérie qui lui est très favorable en raison du parcours de Tebboune et de ses bonnes relations avec les représentants des entreprises ou intérêts turcs en Algérie…

 

 

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