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mercredi, juin 12, 2024

L’affaire des Harragas algériens disparus mystérieusement en Tunisie devient un véritable imbroglio judiciaire

Le dossier des Harragas algériens mystérieusement disparus depuis 2008 après leur interception par les autorités tunisiennes ne finit pas de connaître des rebondissements intrigants.

Le jeudi 14 avril, des familles de plusieurs de ces Harragas portés disparus depuis 2008 ont pris « un vol spécial Air Algérie vers la Tunisie, via l’aéroport international Rabah Bitat de Annaba, pour assister au procès de leurs proches », avait révélé à ce sujet le quotidien francophone El Watan. Ces familles des disparus se battaient depuis de longues années pour démontrer que leurs proches étaient détenus dans les prisons tunisiennes.

Une nouvelle information vient de relancer le suspense dans de ce dossier en soulevant de nouvelles interrogations sur le sort de ces harragas algériens. Dans une déclaration au média tunisien, Nawaat, un blog collectif indépendant,  Mohamed Faouzi Dhaouadi, porte-parole du tribunal de première instance du Kef, a démenti  la présence des ressortissants algériens ainsi que l’ouverture de leur procès.  Dhaouadi a fait savoir qu’il « y a eu un malentendu ». « Le tribunal de première instance du Kef a certes adressé une convocation aux familles algériennes ayant perdu leurs proches depuis 2008, lors d’une tentative de migration irrégulière, depuis les côtes d’Annaba. Mais ces familles ont été convoquées en tant que parties lésées. Le dossier de l’enquête a été transmis à la justice par l’Instance Vérité et Dignité, pour déterminer les responsabilités pénales », a expliqué encore ce magistrat tunisien d’après lequel  « l’Instance Vérité et Dignité a déposé des plaintes concernant l’affaire des ressortissants algériens portés disparus il y a 14 ans, lors d’une tentative de migration irrégulière ».

Ces nouvelles données démontrent que l’affaire des Harragas tunisiens est devenue un véritable imbroglio. Une sorte de scandale d’Etat que les autorités tunisiennes veulent à tout prix étouffer et passer sous silence pour ne pas avoir à assumer les lourdes conséquences de ces disparitions forcées qui peuvent être assimilées à des violations caractérisées des Droits de l’Homme.

Mohamed Faouzi Dhaouadi a indiqué également que l’enquête se poursuit pour déterminer l’identité des accusés, principalement des agents qui travaillaient pendant cette période au poste de police de Tabarka, ainsi que d’autres policiers. En outre, le porte-parole du tribunal de première instance du Kef a relevé que plusieurs audiences ont eu lieu au cours des derniers mois sur cette affaire. « Il a toutefois noté l’absence de policiers dont les noms ont été mentionnés dans la plainte de l’Instance Vérité et Dignité », précise encore à ce sujet.

Cela signifie clairement que l’enquête de la justice tunisienne tourne au ralenti depuis de nombreuses années et qu’elle peine à progresser en raison de plusieurs blocages visant à empêcher l’avènement de la vérité sur ce dossier.

De son côté, le journal «El Watan», a rapporté, dans son édition du 17 avril, que les familles algériennes convoquées en Tunisie ont été choquées d’apprendre sur place qu’il n’y avait « aucune affaire de harragas disparus programmée pour vendredi ». Un membre de ces familles cité par le quotidien algérien a déclaré : « un homme (…) s’est présenté en tant que vice-consul au consulat d’Algérie à El Kef. Il était venu pour nous dire que nos enfants ne seront pas ramenés au tribunal. Il n’y aura pas de procès». Interpelé par les familles, le responsable a répondu, selon la même source : « Le consulat d’Algérie à El Kef n’a fait que transmettre les convocations aux autorités algériennes telles qu’il les a reçues de ses homologues tunisiennes ».

Aujourd’hui, le dossier des harragas algériens disparus ou placés en détention en Tunisie depuis 2008 est visiblement sur le bureau de l’Instance Vérité et Dignité. En 2013, la Tunisie s’est dotée d’une Loi sur la justice transitionnelle afin de se pencher sur les violations des droits humains et la corruption entre 1955 et 2013. Cette loi a instauré l’Instance de la vérité et de la dignité, avec un mandat de quatre ans renouvelable pour un an, afin d’enquêter, exposer la vérité et proposer des mesures de sanction des responsables, de réparation et de réhabilitation.

La loi a également chargé l’Instance de renvoyer les affaires de torture, de disparition forcée et d’autres abus graves devant 13 chambres spécialisées, qui ont été créées au sein des tribunaux ordinaires pour juger les responsables des graves violations des droits humains commises depuis 1955, et qui perdureront au-delà du mandat de l’Instance. La loi permet à l’Instance d’arbitrer des affaires liées à la corruption et aux crimes économiques à la demande d’une personne accusée, d’une victime de la corruption ou du gouvernement.

La Tunisie est le seul pays à avoir mis en place une commission nationale de vérité dans le sillage des révoltes arabes, et seulement le deuxième à l’avoir fait dans toute la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Le premier était le Maroc, où le roi Mohammed VI avait instauré la Commission équité et réconciliation en 2004 afin d’enquêter sur les abus commis sous le règne autoritaire de son père Hassan II.

De leur côté les familles algériennes, sans nouvelle depuis 14 ans de leurs enfants présumés détenus en Tunisie, elles ont décidé de lancer un appel au chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, pour faire la lumière sur cette affaire à rebondissements.

Les familles des 39 harraga disparus depuis 2008 ont lancé officiellement un appel au président de la République Abdelmadjid Tebboune pour faire la lumière sur ce drame qui dure depuis 14 ans. Ces familles infortunées des harraga qui avaient reçu des convocations officielles afin qu’elles se présentent au tribunal de première instance d’El Kef en Tunisie, pour assister au procès de leurs enfants, disparus depuis près de 14 ans, prévu le 15 avril dernier, ont été choquées d’apprendre, une fois sur place, que c’était «une erreur». Avec comme excuses que les convocations concernaient des audiences uniquement avec les familles des disparus pour s’enquérir des raisons qui les amènent à croire que leurs enfants sont détenus en Tunisie.

Suite à cela, les 39 familles des harraga algériens ont décidé, dès leur retour en Algérie, de saisir les avocats et les autorités concernées ainsi que le premier magistrat du pays, Abdelmadjid Tebboune, afin de lui demander d’intervenir pour élucider le sort de leurs enfants disparus depuis 2008 sur les côtes tunisiennes. Cet appel intervient suite à la déception douloureuse des familles qui pensaient voir le bout du tunnel et revoir leurs enfants après 14 ans de bataille pour faire la lumière sur leur disparition.

 

 

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