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mercredi, juin 12, 2024

Emmanuel Macron vivement critiqué pour avoir privilégié l’Algérie au détriment du Maroc

Depuis plusieurs jours, le président français Emmanuel Macron se retrouve au coeur d’une violente campagne médiatique qui lui reproche ouvertement son rapprochement avec l’Algérie… au détriment du Maroc. Hier vendredi 16 septembre, le quotidien français Le Figaro a publié une tribune dans laquelle Macron est accusé d’avoir sacrifié le Maroc pour plaire à l’Algérie. 

Cette tribune est signée par Laurent Gayard, enseignant et chroniqueur à la Revue des Deux Mondes, à la Revue Phébé, au Magazine Causeur et à la Revue Conflits, et elle affirme que la relance du dialogue franco-algérien ne doit pas se faire au détriment des pays voisins, le Maroc en tête.

« Depuis le début de son premier mandat, Emmanuel Macron a fait de la réconciliation franco-algérienne une affaire personnelle. Mais ce faisant et pour beaucoup d’observateurs, le président français s’est laissé enfermer dans le piège mémoriel et dans la rhétorique du ressentiment, devenu l’axe essentiel de la politique étrangère algérienne quand elle touche à la France. Au point de dangereusement négliger d’autres possibles, et plus fructueuses, alliances dans la région », relève ainsi cette tribune d’après laquelle la France devrait, d’abord, se concentrer sur son alliance avec le Maroc au lieu de plancher sur une réconciliation hypothétique avec l’Algérie.

« Dans un contexte de crise énergétique, causé par les déficiences du parc nucléaire français et par la guerre en Ukraine, l’exécutif français s’imagine, avec beaucoup de naïveté, pouvoir entrer à nouveau dans le jeu du chantage mémoriel, dans l’espoir que le gaz naturel en provenance d’Alger puisse en partie remplacer celui de Moscou. Et avec plus de naïveté encore, la France s’évertue à promouvoir un très illusoire partenariat stratégique et sécuritaire avec l’Algérie, qui partage respectivement 1329 et 951 kilomètres de frontières avec le Mali et le Niger, où la France possède des intérêts vitaux dans le domaine de l’extraction de l’uranium et où Paris entend aussi continuer à lutter contre la propagation du djihadisme, en dépit de la brouille récente avec le Mali », explique la même analyse qui reproche à Emmanuel Macron d’avoir négligé dangereusement les autres pays de la région notamment le Maroc.

« Si les nécessités énergétiques et sécuritaires condamnent la France à ne pas négliger Alger, rien ne la force pour autant à dédaigner, au nom de sa politique algérienne, les autres alliances possibles dans la région, et en particulier celle avec le Maroc », affirme encore cette tribune publiée par le quotidien Le Figaro, l’un des plus célèbres et influents quotidiens de France.

« Avec 3500 kilomètres de côtes, le Maroc est le seul pays d’Afrique à disposer à la fois d’une façade atlantique et méditerranéenne, et la politique de Mohamed VI est résolument tournée vers la consolidation de l’influence marocaine en Afrique », estime l’auteur de cette tribune. « Contrairement à l’Algérie, extrêmement ambivalente, le Maroc est un allié historique de l’Occident, et l’expression n’est pas vaine si l’on considère que le royaume chérifien, dont la création remonte à 789 ap. J.C., avec la fondation de la ville de Fès, qui devient capitale du nouveau royaume en 791, a été le premier état à reconnaître l’indépendance des États-Unis d’Amérique en 1777 », insiste toujours l’auteur de cette tribune qui craint une perte d’influence de la France dans la région à cause de la politique menée actuellement par Emmanuel Macron.

« À force de vouloir trop miser sur l’Algérie, la France court le risque de privilégier les alliances de circonstance au détriment de sa crédibilité dans la région. Il importe qu’Emmanuel Macron ne soit pas tenté de sacrifier Rabat pour Alger », s’alarme à ce propos cette tribune du quotidien Le Figaro.

Il est à signaler que plusieurs autres tribunes similaires ont été publiées et diffusées par d’autres importants organes de la presse française. Le magazine français Le Point a publié récemment une chronique de l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun qui reproche lui-aussi à Emmanuel Macron de « sacrifier la bonne entente avec le Maroc dans l’espoir d’obtenir des militaires algériens de meilleures dispositions à l’égard de son pays ».

« M. Macron se trompe. L’Algérie des militaires, qui tient à ce qu’il a lui-même appelé « la rente mémorielle », ne lui donnera rien. Elle maintiendra le système de la culpabilisation jusqu’au bout. S’il fait ce voyage, c’est qu’il n’a pas compris le mécanisme d’un système qui ne fait aucune concession », a déploré encore cet écrivain très proche du Palais Royal marocain.

Le 8 septembre dernier, le magazine Marianne a publié une chronique dans laquelle il est clairement expliqué que le Maroc est le seul allié crédible de la France. « Entre une Algérie au gouvernement anti-français et le Maroc qui n’attend qu’un signal de notre part au Sahara pour que la France puisse de nouveau rayonner en Afrique, il n’y a plus à hésiter », a analysé l’auteur de cette chronique Hadrien Desuin, ancien élève de l’ESM (Ecole spéciale militaire) Saint-Cyr, et auteur de « La France atlantiste ».

« Contre un peu de gaz, la France doit battre sa coulpe et livrer des milliers de visas. Sans doute l’Algérie pense-t-elle profiter du retrait français du Mali et de la crise énergétique en Europe pour retrouver de l’influence à Bamako et à Paris. Comme le rappelait dans son dernier ouvrage, Xavier Driencourt, notre ancien ambassadeur à Alger, les généraux algériens sont parvenus à étouffer le Hirak après la chute du clan Bouteflika. La rente mémorielle et la clientèle de la junte au pouvoir depuis la fin de la guerre d’Algérie vont pouvoir se perpétuer », dénonce ainsi cette chronique qui regrette aussi un rapprochement de la France avec l’Algérie au détriment du Maroc.

« Le Maroc, qui subit également un voisinage très difficile avec l’Algérie, peine à comprendre les effusions d’amour-haine échangés entre Paris et Alger. Soixante ans après les indépendances, les efforts de la France et du Maroc pour développer leur voisinage avec l’Algérie sont restés stériles. Pourquoi s’entêter dans une réconciliation impossible ? Les enjeux sécuritaires en Afrique de l’Ouest sont pressants et nécessitent une riposte rapide. Pour contourner le verrou algérien, le Maroc offre une alternative si la France voulait bien reconnaître son rôle historique au Sahara », a conclu cette chronique de Marianne qui n’en est qu’un exemple parmi tant d’autres de cette lourde offensive médiatique orchestrée en France pour contraindre Emmanuel Macron à ne pas avantager l’Algérie dans la région du Maghreb afin de ne pas torpiller les intérêts du Maroc considéré comme un allié beaucoup plus « sûr » et « fiable ».

 

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