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dimanche, juin 16, 2024

Décryptage. Pourquoi l’eau commence ainsi dangereusement à manquer en Algérie

Depuis le début de ce mois de mars, les coupures d’eau potable sont redevenues le quotidien amer de la population algérienne dans de nombreuses grandes villes du pays notamment dans les agglomérations les plus peuplées de la capitale Alger. Comme en 2021, ces coupures reflètent les complications alarmantes de la problématique d l’accès à l’eau potable en Algérie. Une problématique qui va s’aggraver d’ici l’été prochain, avertissent de nombreux experts en matière de gestion de ressources hydriques. Mais pourquoi l’eau commence ainsi dangereusement à manquer en Algérie ? La réponse est à la fois très simple profondément et complexe : la sécheresse s’empare de toutes les régions du pays ! 

Il faut savoir à ce sujet que la partie de l’Algérie la plus dépendante des précipitations ne représente que 13 % de la superficie totale du pays. C’est aussi la plus dense en population, celle qui concentre les meilleurs sols, les ressources en eau renouvelables, la faune et la flore les plus remarquables du pays. C’est dans cette zone que se concentrent les activités économiques hors hydrocarbures et les infrastructures de base les plus
importantes.

C’est aussi sur cette bande septentrionale, qui s’étend du Maroc à la Tunisie et que
limite au nord la Méditerranée et au sud l’isohyète 200 mm, il s’agit sur une carte météorologique d’une ligne reliant des points d’égales quantités de précipitations tombées en une période déterminée, que s’observent les différentes formes de sécheresse. Ainsi, une certaine disparité existe d’ouest en est et du nord vers le sud. La frange littorale que stoppe l’Atlas tellien au sud, et dont la largeur est de 100 à 150 km, est la zone la plus arrosée, avec une augmentation des moyennes annuelles d’ouest en est (de 400 à plus de 1000 mm / an).

Entre l’Atlas tellien et l’Atlas saharien se trouve une large bande de 300 à 350 km contenant les hautes plaines céréalières, la steppe présaharienne à vocation pastorale et les bassins endoréiques les plus caractéristiques. C’est une zone où prédominent les
eaux souterraines.

La pluviométrie y est entre 100 et 400 mm et la sensibilité à la désertification particulièrement importante. Le seuil théorique de rareté fixé par la Banque Mondiale à 1000 m3 par habitant et par an place l’Algérie parmi les pays les plus pauvres en matière de potentialités hydriques. La disponibilité en eau théorique qui était de 1500 m3 hab./an en 1962 va passer en dessous du seuil théorique de rareté dans les années 1990 et ne sera que de 430 m3 en 2020. Cette disponibilité ramenée aux ressources en eau mobilisables
serait encore plus réduite. Pour parvenir à une sécurité alimentaire satisfaisante, il faudrait disposer entre 15 et 20 milliards de m3 par an dont 70% pour l’agriculture, soit 3 à 4 fois la mobilisation actuelle (5 milliards de m3 d’eau par an), comme l’expliquent plusieurs expertises dans ce domaine élaborées par la Banque Mondiale.

Cette situation de rareté de la ressource est aggravée de manière cyclique par la
sécheresse. Ce qui impliquera ipso facto entre les différents utilisateurs des conflits sérieux qui nécessiteront immanquablement des arbitrages difficiles pour les pouvoirs publics, et ce d’autant plus que les besoins en alimentation en eau potable (AEP) seront multipliés par 2,5 environ en vingt-cinq ans et qu’ils représenteront pratiquement 40 % des ressources mobilisables vers l’an 2025 ».

Le Sahara qui occupe les 87 % du pays est un territoire particulièrement aride et faiblement impacté par les précipitations, sauf pour le massif du Hoggar et du Tassili où les rares pluies apportées par la remontée du front intertropical de convergence en saison des pluies (juillet, aout) viennent alimenter épisodiquement les poches d’eau des massifs volcano-granitiques et les nappes d’inféro-flux fort utiles à la population 20 en occasionnant certaines années des inondations souvent destructrices.

L’Algérie dans sa totalité et plus précisément le Sahara subit toutefois en période estivale des vagues de chaleur et canicules importantes en intensité et en durée. L’été 2018 a été l’année des records de températures élevées dans le Monde. En Algérie, des pics de chaleur avoisinant les 60 degrés Celsius ont été observées à In Salah et Adrar. Cette canicule à l’échelle du globe a eu des conséquences négatives sur la santé humaine et animale et provoqué des effets inattendus tels que la flambée des prix des céréales sur le marché mondial due à une diminution importante de la production sous l’impact de la sécheresse. C’est pour toutes ces raisons que l’année 2022 s’annonce très difficile pour l’accès de la population algérienne à l’eau potable, cette précieuse source de vie et de développement.

 

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