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mercredi, juin 19, 2024

Tribune. Le Pen Club demande la libération des détenus politiques en Algérie et la fin de la répression

En Algérie, le mouvement populaire désigné sous le nom de « Hirak » (« mouvement »), réclamait en 2019 le départ d’Abdelaziz Bouteflika, resté 19 ans à la tête de l’État. Après le départ de ce dernier, les citoyens avaient dénoncé la mainmise de l’armée et des anciens responsables, qui prolongeaient finalement le régime contesté. Le contexte sanitaire a permis aux autorités de sévir, en visant directement les manifestants et opposants. Le Pen Club français, une association qui promeut depuis 1921 la liberté d’expression et de création et qui défend les droits des écrivains, journalistes, éditeurs, traducteurs menacés ou emprisonnés dans le monde du fait de l’expression de leurs idées,  dans un texte reproduit ci-dessous, appelle à la libération des opposants et prisonniers politiques en Algérie.

Le Comité Directeur du Pen Club français entend exprimer sa plus vive inquiétude quant aux conditions actuelles d’exercice en Algérie de la liberté d’expression, de pensée, d’information et de création.

Les informations qui lui parviennent font en effet état de mesures attentatoires à l’État de droit et aux principes reconnus internationalement sur lesquels se fonde la démocratie : partout dans le pays, des écrivains, des intellectuels, des journalistes, des enseignants, des universitaires, des militants associatifs ou politiques, de simples citoyens qui ont pris part pendant des mois au Hirak (ce très large mouvement populaire « anti-système » découlant du rejet de la candidature du Président Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat et revendiquant un changement de cap de la part des autorités en matière de respect des libertés publiques), sont actuellement menacés, intimidés, arrêtés, parfois victimes de violences et d’humiliations, emprisonnés (souvent sans avoir été jugés), lourdement condamnés à des peines de prison après des procès où leurs droits fondamentaux n’ont pas été assurés ni garantis. Les familles des personnes concernées ne sont pas à l’abri de fortes pressions.

Fréquemment les poursuites sont engagées au titre de l’article 87 bis du Code pénal, amendé en juin 2021 lequel assimile à du terrorisme et du sabotage toute velléité de contestation et d’appel au changement.

La crise sanitaire provoquée par la pandémie de Covid-19 a ouvert la voie à l’administration algérienne pour un durcissement. À la veille du troisième anniversaire du Hirak (qu’on a aussi désigné comme la « révolution du sourire » ou « le printemps algérien »), lequel avait débuté le 16 février 2019, on observe des signes convergents qui font craindre un tour de vis supplémentaire :

– plusieurs avocats membres du Collectif de défense des détenus d’opinion ont annoncé le 28 janvier dernier qu’une quarantaine de détenus (pour beaucoup en préventive) de l’établissement pénitentiaire d’El-Harrach ont entamé une grève de la faim, ce que le Parquet d’Alger a nié en date du 29 janvier.

– sur les réseaux sociaux, le 8 février, le Comité National pour la libération des détenus a publié une liste de plus de trois cents prisonniers (dont énormément n’ont pas encore été jugés) dans trente-trois wilayas (sur quarante-huit).

Aussi le Comité Directeur du Pen Club français, à la fois fidèle à sa tradition de soutien aux écrivains persécutés et à la solidarité envers la population algérienne exprimée en France par les partisans du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes aux heures les plus noires de l’histoire de nos deux pays, veut-il réaffirmer son appui sans équivoque au mouvement démocratique algérien.

Par la même occasion, le Comité Directeur du Pen Club français s’adresse à la Présidence et au gouvernement algériens pour les inviter à la retenue envers les emprisonnés et les opposants.

Enfin, le Comité Directeur du Pen Club français alerte la Présidence et le gouvernement français quant au sort des démocrates et laïcs algériens actuellement poursuivis afin que, par voie diplomatique, tout soit entrepris auprès des autorités algériennes pour obtenir la libération des détenus et la fin de la répression.

À Paris, le 14 février 2022,

Jean-Michel Devésa, au nom du Comité des auteurs persécutés
PEN Club frança

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