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dimanche, juin 16, 2024

Réalisation des routes et des chemins : de nombreuses wilayas algériennes ne consomment même pas 40 % de leurs budgets

C’est un véritable gâchis. Des budgets colossaux sont consentis par l’Etat algérien pour développer des infrastructures publiques névralgiques comme les routes et les chemins pour désenclaver des localités ou des agglomérations de plus en plus peuplées. Malheureusement, faute de bonne gestion et de planification rigoureuse, de nombreuses wilayas consomment moins de 40 % de leurs budgets et laissent à l’abandon plusieurs chantiers au grand détriment des populations locales qui sont privés de routes praticables. 

Il faut savoir qu’en Algérie, tout un chapitre des budgets publics est consacré à la réalisation des routes et chemins. Ce chapitre entre dans le cadre de la réalisation des Plans Communaux de Développement (PCD). Le PCD constitue par excellence un instrument de planification et d’aménagement du territoire au niveau communal, où sont retracées l’ensemble des opérations d’équipement et d’investissement programmées par l’Assemblée Populaire Communale et qui se déclinent en programmes d’actions annuels et pluriannuels.

En clair, les plans communaux de développement constituent l’instrument privilégié pour la
concrétisation des objectifs fixés en matière de développement local. A travers ces
plans, l’Etat met à la disposition des communes des moyens financiers, sur le budget
de l’Etat, pour dynamiser les activités économiques et sociales des Communes et
leur permettre de répondre efficacement et rapidement aux besoins des
populations par l’inscription de projets de proximité ayant généralement un impact
immédiat sur les citoyens.

Ainsi, chaque année, la loi de finances réserve, au niveau du Budget de l’Etat, une
enveloppe globale dédiée aux PCD, et destinées au financement des actions ou de
projets proposés par les communes.

Prenons maintenant un cas concret. La loi n°18-13 du 11 juillet 2018, portant loi de finances complémentaire pour 2018, a prévu une dotation de 100 Mrds de DA, soit l’équivalent de 720 millions de dollars, au titre des PCD.  Malheureusement, un audit mené récemment pour analyser les dépenses du chapitre 591 (Chemins et pistes) a dévoilé de nombreuses irrégularités et anomalies. Et les conclusions finales font froid dans le dos : des wilayas entières ne dépensent pas un seul centime de plusieurs de ces budgets consacrés au désenclavement des localités les plus pauvres du pays avec pour but de produire un impact positif sur le cadre de vie des citoyens.

Il faut savoir également à ce propos que l’article 107 de la loi n°11-10 du 22 juin 2011, relative à la commune, dispose que l’assemblée populaire communale élabore et adopte ses programmes annuels et pluriannuels correspondants à la durée de son mandat. Dans ce cadre, et conformément aux articles 5 et 6 du décret n°81-3808, le plan communal de développement local regroupe l’ensemble des actions à entreprendre dans tous les domaines de développement.

Ces opérations planifiées doivent être cohérentes, complémentaires et répondre aux impératifs d’harmonie et d’équilibre du développement. Dans ce cadre les APC s’assurent,
notamment, que tout projet inscrit comporte les infrastructures d’accompagnement
indispensables. Ce cadre normatif de planification et de programmation n’est pas respecté par la plupart des communes algériennes concernées par les opérations de contrôle qui n’élaborent pas de programmes annuels ou pluriannuels.

En guise de programme annuel, certaines communes ont présenté une liste de projets proposés à l’inscription, indiquant l’intitulé et le coût prévisionnel des opérations proposées, sans aucune justification sur l’importance de l’opération, les résultats escomptés, ou sa contribution au développement local et à la satisfaction des besoins des citoyens. Cette observation a été relevée dans la plupart des communes relevant d’au moins trente-et-une (31) wilayas, nous apprend un récent audit mené par les magistrats de la Cour des Comptes.

Les enveloppes budgétaires relatives aux PCD sont notifiées aux wilayas au début du mois de janvier chaque année.  Or, certaines wilayas ne procèdent pas à la répartition de l’ensemble de l’autorisation de programme reçue au profit des communes bénéficiaires.

Dans la wilaya de Tamanrasset, pas moins de 1,2 milliard de da n’ont pas été répartis sur les communes pauvres ayant cruellement besoin de nouvelles routes pour permettre la circulation des divers moyens de transports. Le même constat a été récemment dressé dans la wilaya de Laghouat où 1,1 milliards de Da n’ont été distribués et accordés à des localités privées de routes dignes de ce nom. Et pourtant, l’argent a été débloqué et transféré vers ces wilayas. Mais l’incompétence et la mauvaise foi des responsables locaux ont saboté la réalisation correcte de ces projets occasionnant la non-consommation de ces budgets publics au moment où des populations locales souffrent le martyr pour se déplacer d’une zone à une autre faute de routes praticables et respectueuses des normes de sécurité.

Dans les wilayas d’Ouargla, Boumerdès, Ain Defla, Skikda ou Tiaret ainsi que Tamanrasset ou encore Oum El-Bouaghi, le taux de consommation des financements publics dédiés aux PCD élaborés pour le développement du réseau routier ne dépassent même pas les 40 %. La majorité écrasante des projets prévus en une année sont ainsi reportés à l’année suivante, voire gelés pendant une durée indéterminée faute d’une capacité avérée à organiser des appels d’offres ou des consultations restreintes avec des entreprises qui peuvent en charge la réalisation de ces chantiers.

Les communes et les responsables des wilayas peinent à profiter de la possibilité donnée aux autorités locales d’anticiper le recensement de leurs besoins et de lancer les procédures de concurrence avant le début de l’année d’inscription de l’opération d’investissement. Ce qui provoque finalement un monumental gâchis et aggrave le sous-développement de régions entières du pays.

 

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