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mercredi, juin 12, 2024

Pourquoi l’Algérie doit maintenant penser d’abord « à sa gueule » au lieu de faire le généreux sur la scène internationale

La récente générosité de l’Algérie à l’égard de la Tunisie et de la Palestine a suscité une véritable controverse, voire choqué de nombreux algériens qui ne comprennent pas pourquoi leur pays  distribue en quelques jours seulement pas moins de 400 millions de dollars à des pays étrangers alors qu’eux-mêmes, ils subissent les contrecoups d’une crise financière et sociale inédite. 

D’abord, 100 millions de dollars de don pour la Palestine. Ensuite, 300 millions de dollars de prêt pour la Tunisie. Entre le 6 et 13 décembre 2021, soit en une semaine seulement, l’Algérie a sorti son chéquier pour distribuer 400 millions de dollars à des pays étrangers qui sont, certes, amis, mais qui ignorent sans doute que le quotidien des Algériens est lui-même loin d’être enviable notamment avec les conséquences de la crise financière de 2020 : forte inflation, chômage en augmentation, faillites successives des entreprises privées, déficits énormes des entreprises publiques, dégringolade de la valeur du dinar algérien, pénurie de plusieurs produits de première nécessité, crise de liquidités, effondrement du pouvoir d’achat, appauvrissement accéléré de plusieurs franges de la population algérienne, fléau de la harga, etc.

Ce contexte si difficile et hostile s’inscrit réellement en contradiction avec cette générosité excessive et surprenante de l’Etat algérien sur la scène internationale. Mais, en réalité, cette politique de soutien financier à des « pays amis » est l’héritage d’une idéologie bien enracinée dans l’esprit des dirigeants algériens.

Cette idéologie consiste à prêter sans calculer de l’argent à des pays pauvres ou en grosses difficultés afin de promouvoir une belle image de l’Algérie à l’étranger, celle d’un pays qui soutient et appuie la cause des peuples opprimés ou défavorisés. Un outil de soft-power que l’Algérie pouvait financer par le passé grâce à son insolente aisance financière notamment durant la période allant de 2008 jusqu’à 2014 pendant laquelle l’Algérie a cumulé des dizaines de milliards de dollars de réserves de change.

C’est cette aisance financière qui a permis à l’Algérie en 2010 de procéder à l’effacement de créances détenues auprès d’un nombre de pays africains et arabes. Au nom de la solidarité internationale, l’Algérie a procédé durant la période de 2010-2014 à l’annulation de dettes d’un montant global de 1,4 milliard de dollars. Ces dettes concernaient quatorze (14) pays africains pour un montant de 902 millions de dollars. Il s’agit plus exactement du Bénin, Burkina Faso, Congo, l’Ethiopie, Guinée, Guinée Bissau, Mauritanie, au Mali, Mozambique, Niger, Sao Tomé et Principe, Sénégal, Seychelles et Tanzanie.

Deux (02) pays arabes, à savoir l’Irak et le Yémen, ont bénéficié de l’effacement de ces dettes pour un montant de 504 millions de dollars. L’Algérie détient aussi d’autres créances sur certains pays qui n’ont pas fait l’objet d’annulation, mais font l’objet d’accords pour des échéances de remboursement.

Pour l’Algérie, cette politique s’inscrit dans le cadre de la solidarité africaine et illustre la volonté politique du gouvernement algérien d’assumer pleinement son engagement en faveur de la promotion économique et sociale du continent.

La cause est certainement noble. Mais l’Algérie d’aujourd’hui n’a strictement rien à voir avec celle des années 2010-2014. Et pour cause,  les réserves de change, ramenées de 162 milliards de dollars en 2014 à 57 milliards de dollars, exigent une alternative claire et des réformes en vue d’une diversification économique indispensable pour permettre à l’Algérie de répondre, d’abord, à ses propres besoins.

La situation financière de l’Algérie ne cesse de s’aggraver et risque elle-même de se retrouver dans la position des pays qu’elle aidait auparavant dans… le passé. Les réserves de change de l’Algérie se sont encore érodées en 2020 et 2021, dans un contexte de creusement net des déficits budgétaire et courant et d’excès de la dépense intérieure brute rapportée au revenu national.

En 2020, le niveau des réserves de changes s’élevait à seulement 44 milliards de dollars, soit 12 à 13 mois d’importations de biens et de services, contre un solde de 53 milliards de dollars à fin 2019. Après plusieurs années de déficit chronique de la balance des paiements, le pays assiste à une contraction importante de son matelas en devises, considéré comme étant un indicateur important de sa solvabilité vis-à-vis de l’extérieur.

Le solde est passé de près de 194 milliards de dollars à la mi-2013 à 44 milliards de dollars actuellement, soit une perte sèche d’environ 150 milliards de dollars en un laps de temps de 8 années seulement. Parallèlement à cette érosion considérable de ses réserves de change, le pays a dévoré l’ensemble de ses avoirs en dinars stockés dans le Fonds de régulation des recettes (FRR), dont le solde était de 5155,9 milliards de dinars à fin juin 2014.

Ces indicateurs démontrent que l’Algérie est en train de s’appauvrir à un rythme accéléré et inquiétant. La prochaine extinction des réserves de change, qui pourrait se produire au cours de l’année 2022, voire d’ici 2023, va provoquer un grave problème de liquidités temporaires pour le Budget de l’Etat et le dinar algérien, monnaie nationale, va subir encore davantage de dévaluation. Le  Dinar Algérien est totalement menacé sans contrepartie de devises extérieures. En clair, sans remontée du cours de baril et sans concours extérieurs auprès de pays amis (la Chine exigerait d’abord d’être remboursé sur les prêts antérieurs), l’Algérie exposera sa monnaie au syndrome Zimbabwé, à savoir une dévaluation absolue et une paupérisation générale de la population.

En 2021, même la remontée des prix du baril de pétrole et du gaz naturel n’ont pas permis à l’Algérie de reconstituer ses réserves de change. Pourquoi ? Parce que la production nationale des hydrocarbures est de plus en plus faible à cause du tarissement progressif des réserves nationales depuis des années et faute de nouveaux investissements productifs capables de renouveler ses réserves.

En conclusion, l’Algérie est aujourd’hui dans une position qui va se fragiliser de plus en plus d’ici 2022-2023. Et faute d’un modèle politique et économique qui lui permettra de devenir un pays émergent, l’Algérie risque elle-même la faillite financière et la disette. Dans ce contexte, l’Algérie serait mieux inspirée de penser d’abord à sa « gueule » au lieu de jouer le généreux sur la scène internationale. Elle n’a clairement plus les moyens pour soutenir son idéologie de solidarité internationale.

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7 تعليقات

  1. La situation financière de l Algérie se stabilise cette année, pourquoi tjrs faire des articles bidon à charge ? C est la technique du mouche center de casablanca de faire des articles bidons contre l Algérie.
    Un jour le sieur semmar devra en répondre aux Algériens eux même et pas à l état Algerien pour avoir cracher à la gueule de tout un peuple en le salissant à petit feu.
    Faite votre travail et regarder réellement les chiffres économiques de l Algérie pour 2021.

  2. 1984 famine en Éthiopie, Chadli fait un don de 50 millions de dollars lors du sommet de l’OUA !!! 1986 premières émeutes à cause de la dégradation de l’économie, le baril est alors à 20 dollars (moins cher qu’en 1973 alors que la population a doublé !) et la suite en Octobre 1988…..toujours ces politiques inutiles de prestige alors qu’il reste « tant de zones d’ombre » comme disait le 1er incapable il y a juste 2 ans !