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vendredi, juin 21, 2024

Les petits secrets des finances publiques : la Banque Mondiale révèle le bricolage dangereux de l’Algérie pour combler son déficit budgétaire

Pour tenter de combler son immense déficit budgétaire en 2020 estimé à ,2381,5 milliards de Da, soit l’équivalent de 14,8 milliards d’euros, les autorités algériennes ont recouru discrètement à un montage financier qui a provoqué un déséquilibre financier du pays. C’est en tout ce que nous explique la Banque Mondiale, la plus prestigieuse institution internationale, dans une étude approfondie. Il s’agit d’une étude approfondie réalisée par la Banque Mondiale et publiée dans son bulletin de conjoncture du mois de juin dernier. C’est une étude qui regroupe les travaux des experts de la Banque Mondiale concernant l’impact de la crise sanitaire sur les ménages les plus défavorisés dans tous les pays du monde.

Cette étude révèle ainsi que le déficit budgétaire du pays a été comblé par les autorités algériennes en opérant un prélèvement de 1 697 milliards de DZD sur le compte courant du Trésor Public, à savoir l’équivalent de 10,4 milliards d’euros. 70 % des sommes de ce prélèvement représentaient des restes du pro- gramme de financement monétaire pour la période 2017–2019, à savoir la fameuse planche à billets lancée par le gouvernement d’Ahmed Ouyahia en 2017.

Alors que publiquement le gouvernement d’Abdelmadjid Tebboune n’a pas cessé de diaboliser les conséquences de la planche à billets initiée par Ahmed Ouyahia et l’ancien régime Bouteflika, dans les coulisses, il était le premier à tirer profit des résultats de cette démarche financière pour combler un déficit budgétaire devenu incontrôlable et dangereux à cause des mauvais indicateurs financiers du pays.

Pour rappel, pas moins de 6.556,2 milliards de DA (mds DA) ont été mobilisés par le Trésor auprès de la Banque d’Algérie (BA) au titre de la mise en œuvre du financement non conventionnel entre la mi-novembre 2017 et fin janvier 2019. Les 1697 milliards de Da prélevés par les autorités algériennes en 2020 sur le compte courant du Trésor Public sont effectivement les restes de ces liquidités créés par la planche à billets du gouvernement Ouyahia.

La même étude de la Banque Mondiale nous apprend ensuite que les autorités algériennes ont complété ce prélèvement par d’autres prélèvements effectués sur les dépôts bancaires de Sonatrach et d’Algérie Poste. En clair, le gouvernement algérien a « détourné » en 2020 les liquidités d’Algérie Poste et des entreprises publiques pour les utiliser dans le financement du déficit budgétaire. C’est pour cette raison qu’une terrible crise de liquidités a duré tout au long de 2020 puisque les liquidités existantes ont été récupérées par l’Etat pour financer les administrations publiques et les autres dépenses publiques dont le coût ne pouvait plus être supporté par l’Etat à cause de la baisse des recettes budgétaires.

« N’étant pas enregistrée dans la dette publique officielle, l’utilisation de la liquidité d’Algé-
rie Poste et des entreprises publiques (4 % du PIB en 2019, 4,9 % du PIB en 2020) afin de financer le déficit budgétaire a conduit à un bond des passifs non-bancaires », explique ainsi l’étude de la Banque Mondiale pour démontrer que la gestion des finances publiques en Algérie est totalement opaque et recourt à des mécanismes monétaires qui portent préjudice à la stabilité économique du pays.

Et pour cause, dans la majorité des pays du monde, pour financer ou combler le déficit budgétaire, les Etats s’endettent. En effet, le déficit budgétaire est la situation dans laquelle les recettes de l’État (hors remboursement d’emprunt) sont inférieures à ses dépenses (hors emprunt) au cours d’une année. C’est donc un solde négatif.

Le déficit budgétaire se traduit par des emprunts nouveaux que l’État doit contracter au cours de l’année. Si l’État doit emprunter pour se procurer des liquidités nécessaires pour couvrir les emprunts antérieurs arrivés à échéance, on parle alors d’effet « boule de neige ». L’Etat algérien veut justement éviter cette situation et refuse catégoriquement l’idée de s’endetter pour faire à son déficit budgétaire de plus en plus énorme puisqu’en 2021, il est estimé également à 2784,8 milliards de DA, à savoir l’équivalent de 17,4 milliards d’euros.

Dans ce contexte, l’Etat algérien préfère épuiser tous les épargnes et « détourner » une partie des liquidités bancaires pour combler le déficit de son propre fonctionnement financier. Ainsi, la même étude de la Banque Mondiale nous apprend que les autorités algériennes ont même épuisé le Fonds de Régulation des Recettes (FRR) pour combler la majeure partie du déficit de financement restant. Il est à noter que le FRR est officiellement épuisé depuis 2017, mais 305 milliards de DA y ont été déposés en 2018.

Grâce à ces mécanismes sournois puisque peu transparents et préjudiciables pour les équilibres du pays, l’Algérie peut se permettre d’afficher une dette publique extérieure, qui représentait 0,8 % du PIB depuis 2019. En revanche, la dette publique entièrement explosé. Cette dette correspond à la dette de l’ensemble des administrations publiques, des collectivités territoriales et des organismes de sécurité sociale.

« Alors que le niveau de la dette publique brute officielle aurait augmenté de 3,4 % en termes nominaux en monnaie locale entre 2019 et 2020, on estime qu’il est passé de 45,1 % du PIB en 2019 à 49,8 % du PIB en 2020 surtout en raison de la contraction du PIB », révèle à ce propos l’étude de la Banque Mondiale en notre possession.

Officiellement, l’Etat algérien relativise le poids de cette dette publique en expliquant qu’environ 69% de la dette publique officielle est due à la Banque d’Algérie, à des taux d’intérêt réels négatifs et à des échéances longues. Or, cette situation engendre des risques élevés pour l’économie algérienne. Des risques dangereusement relativisés par les autorités algériennes.

Et pour cause, cette dette publique ralentit la croissance économique du pays car l’Etat algérien demeure prisonnier d’une spirale infernale en épuisant son épargne et ses économies dans ses manoeuvres sempiternelles de combler le déficit budgétaire au lieu de consacrer cet argent à des programmes d’investissements et d’équipements qui pourront stimuler la création de richesses et d’emplois.

En clair, l’argent consacré annuellement pour combler le déficit budgétaire de l’Etat algérien aurait pu permettre au pays de financer des programmes de développement dont l’économie a cruellement besoin.

Rappelons enfin que l’économie algérienne tourne en ce moment au ralenti à cause de la baisse des recettes fiscales, la dépréciation de la valeur du dinar algérien (de 20 % par rapport à l’euro au cours de l’année 2020).  Le contexte budgétaire est clairement défavorable, et le déséquilibre budgétaire risque de se creuser davantage au cours de l’année 2021. En effet, avec une fiscalité ordinaire qui enregistre une baisse de l’ordre de 14,8 %, avec 3 048 milliards de dinars (1 dinar algérien = 0,0062 euro), contre 4 001 milliards en 2020, et une prévision de fiscalité pétrolière estimée à 1 850 milliards de dinars cette année, le budget de l’État est très serré. La dette publique ne pourra pas donc constituer encore une solution fiable pour les années à venir.

 

 

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