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jeudi, juin 13, 2024

Les intempéries révèlent l’ampleur inquiétante de la décomposition du tissu urbain en Algérie

Des routes éventrées, des quartiers totalement inondés, des canalisations d’eaux souterraines éclatées et des immeubles entiers menacés d’effondrement à cause des nombreux glissements de terrain constatés dans plusieurs zones très peuplées des agglomérations urbaines. Depuis près de deux semaines, c’est ce panorama urbain sinistre et alarmant qui s’offre aux yeux des Algériennes et Algériens. Les intempéries et les pluies diluviennes qui s’abattent sur plusieurs wilayas du nord du pays ces deux dernières semaines ont dévoilé le côte obscur des villes algériennes : un urbanisme en pleine décomposition à cause des constructions anarchiques et une architecture laide sans aucune planification harmonieuse. 

C’est l’image qui illustre, par excellence, ce problème de décomposition urbaine du pays. A Bir Mourad Rais, l’un des points les plus névralgiques de la capitale Alger, un carrefour très emprunté par les algérois, un immense immeuble d’une promotion immobilière au bord de l’effondrement à cause d’un glissement de terrain qui ronge dangereusement la falaise sur laquelle a été érigé cette bâtisse de plus de 8 étages. Les autorités locales ont pris l’initiative de fermer toute la zone environnante à la circulation automobile et des opérations d’évacuation du voisinage ont été lancées. L’effondrement de l’immeuble en construction et encore inachevé risque de provoquer des dégâts matériels importants et menace des vies humaines.

Cette situation n’est guère un cas isolé car les glissements de terrain ne cessent de se multiplier à Alger et d’autres grandes villes du pays. Le 28 octobre dernier, toujours à Bir Mourad Rais, la circulation routière a été déviée pour une durée allant de 10 à 15 jours au niveau du projet de réalisation de la gare multimodale de Bir Mourad Rais vers d’autres directions jusqu’à la réparation des dommages occasionnés par les dernières précipitations enregistrées. Un incident majeur était survenu niveau du site du projet de réalisation de la gare multimodale (Bir Mourad Rais) provoquant la destruction des principales canalisations d’eau suite au glissement de terrain créant un grand trou de 15 mètres de profondeur.

Ces incidents de plus en plus nombreux à Alger et les autres grandes villes du pays témoignent de la vétusté du parc urbain et du manque cruel d’entretien ou de maintenance des constructions urbaines souvent érigées sans tenir compte ou étudier préalablement les spécificités des sols ou des terrains. Les règles de l’urbanisme sont bâclées et aucun effort n’est fourni par les autorités algériennes pour veiller sur l’embellissement des villes et leur modernisation.

L’Algérie avait, pourtant, affiché de belles et prometteuses ambitions au début des années 2000 pour harmoniser son développement urbain.  Après les affres de la guerre civile des années 90, les pouvoirs en place – et à leur tête le président Bouteflika –  ont engagé la mise en œuvre de politiques de rattrapage de grande envergure, rendues possible grâce à une hausse des prix du pétrole. Ces politiques, qui se voulaient redistributives, se sont traduites, en particulier, par la relance des programmes massifs de logements, la réalisation d’infrastructures, notamment de transports collectifs et l’élaboration du Plan stratégique 2030 de la capitale, prévoyant la construction de 82 projets de grands équipements structurants dont 18 considérés prioritaires ont été lancés en grande pompe.

Exceptés l’aménagement de l’oued El Harrach et le projet de gare centrale dans le pôle Baraki/El Harrach, ces projets ont été généralement implantés à l’ouest de la ville et pourraient ainsi renforcer les disparités avec la périphérie sud-est. Ce qui a déséquilibré encore davantage l’urbanisme de la capitale Alger.

Ces projets prioritaires comprenaient des pôles d’habitat pour les cadres et les classes moyennes.  Rappelant les logiques de redistribution de la période socialisante, ces investissements publics de modernisation urbaine ont été conçus par l’Etat algérien comme des vecteurs de pacification de la société car il s’agit d’éviter le mécontentement social sensé alimenter les rangs de la contestation politique et des mouvements de troubles sociaux.

Malheureusement, cette politique ambitieuse a fait quelques réalisations, mais elle n’a apporté une réponse satisfaisante au problème de l’urbanisme algérien dans sa globalité. Et aujourd’hui, Alger comme d’autres grandes villes du pays sont malades de leurs vieux bâtis qui risquent de s’effondrer à la moindre catastrophe naturelle menaçant la vie de plusieurs milliers de citoyennes et citoyens.

En effet, on sait depuis au moins septembre 2015 grâce à une étude élaborée par le Comité d’embellissement de la capitale Alger que le centre historique de la wilaya d’Alger, qui s’étend sur le territoire de 14 communes, souffre de dégradations multiples du fait des transformations anarchiques, du manque d’entretien et des conséquences des séismes.

Des études de diagnostic avaient été lancées dans sept communes, à savoir Alger, centre, Bab El Oued, Sidi M’hamed, El Madania, Belouizdad, Hussein Dey et El Harrach. Ces études ont été ensuite élargies aux sept communes restantes du centre historique et de sa proche banlieue de la capitale algérienne: selon le document, Raïs Hamidou, Bologhine, La Casbah, Oued Koreiche, El Biar, El Mouradia et Kouba. Les études sur la vulnérabilité du vieux bâti dans les sept premières communes ont concerné un parc immobilier de 17 617 bâtisses, dont 13 690 bâtisses à usage d’habitation et 2 747 à usage administratif, industriel et commercial.

Ce diagnostic avait servi de base dans la préparation d’une grande opération de réhabilitation d’un parc de 55 302 logements en cinq phases. 864 immeubles représentant 11 810 logements sont concernés par la remise en état dans la première étape de ce programme d’envergure, appuyé par le gouvernement. Des milliards de Da ont été débloqués pour restaurer ce vieux bâti  et moderniser les quartiers populaires d’Alger. Les premiers chantiers ont été lancés en 2014 et des années plus tard, les objectifs qui ont été fixés n’ont pas été atteints faute de pouvoir boucler tous les chantiers à cause du manque criant de ressources humaines et d’entreprises spécialisées dans la gestion et l’entretien du tissu urbain. Nous sommes en 2021 et la capitale Alger souffre énormément de l’impact des intempéries à cause de son vieux bâti, de son urbanisme anarchique et de son habitat de mauvaise qualité. Algérie Part reviendra sur ce dossier avec toute une enquête approfondie pour mettre en lumière les dangers de cette situation chaotique qui menace de nombreuses vies humaines.

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6 تعليقات

  1. J’ai vu les inondations en Colombie Britannique …c’est beaucoup plus spectaculaire
    Franchement, ils sont nuls ses canadiens construire des autoroutes , des ponts , des ouvrages d’arts , des habitations la bas, c’est débile…
    Vancouver a été coupé du reste du pays…une ville de 3000 âmes évacuées…des centaines d’automobilistes ont été bloqués Finalement, j’irais pas vivre en Canada…ce pays est dirigé par des gens incompétent
    Ne pas avoir prévu les inondations , les glissements de terrain, l’effrondrement de ponts et des ouvrages d’arts

  2. Comme disent mes amis français tout est bon dans le cochon !
    Donc pareil pour la junte, tout est bon pour justifier son incurie !
    Les Canadiens, n’ont même pas d’évacuation d’eau, leurs autoroutes sont affreuses, et leurs gouvernants sont des voleurs de la pire espèce. Je peux en parler du Canada,car c’est un pays que je connais un peu. Surtout il ne faut pas oublier que les Canadiens aiment beaucoup le cachir.

  3. Pluies automnales ? « les précipitations arrêté à 07 h 00 de matin de ce vendredi, le wileya a fait état de 144 mm à draria, 126 mm à ain benian, 100 mm à baba hassan, 88 mm à el kouba, 76 mm à karoubier, » Bilan météo du 23 au 24 octobre 2021
    Cela ne s’est pas arrêté depuis…
    Je ne compare pas, c’était de l’humour au sujet la Colombie Britannique…Le Canada est un beau pays ,les ingénieurs , architectes, urbanistes canadiens sont les meilleurs du monde mais cela n’empêche les catastrophes naturelles s’enchainent
    Les gens sont évacués à cause des incendies en été et à cause des intempéries en Hiver…inondations , glissements de terrain, routes coupés , ponts effondrés …et pas que…
    j’ai parlé de la Colombie Britannique , j’aurais pu citer les inondations et glissements de terrain en Catane
    la catastrophe du glissement de terrain Erftstadt-Blessem. en Allemagne qui a fait 128 morts…
    On a bétonné , bétonné et bétonné sans tenir compte de l’éventualité de tels événements
    Alger n’est pas l’exception , même si la corruption et les passes-droits de ses dernières années ont accentués les choses
    Arrêtons de bétonner des villes du nord comme Alger, Oran, Constantine ou Sétif…cela créé plus de problèmes que cela n’en résout
    L’Algérie est un pays continent avec 2,5 millions de KM2 …des hauts plateaux et un sahara immense avec une nappe phréatique et une source d’énergie inépuisable grâce à un ensoleillement exceptionnel …
    Au lieu de créer des villes nouvelles et désengorger les villes du nord , on urbanise à outrance…
    on bétonne des terres agricoles arables , on défigure les paysages et on créé des zones ou à la moindre qualité de pluie continue ( sur plusieurs jours comme le cas d’Alger) transforme les rues des villes en rivières ….
    faut déclarer un moratoire …stop…les villes du Nord ont atteint leurs capacités maximal,
    Mr Les évacuations , qui se reconnaitra, les canalisations ont une capacité de débit maximal, et elles ne sont pas prévu juste pour évacuer les eaux de pluie mas pour évacuer les eaux usées de toutes sortes…les amoncellement d’objets flottants obstruent les évacuations …