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mercredi, juin 12, 2024

Le Dessalement de l’eau de mer pour remédier à la crise de l’eau potable : comment le gouvernement algérien veut réparer ses anciennes énormes maladresses

La crise de la pénurie de l’eau potable est le principal défi auquel est confronté en Algérie l’actuel gouvernement aux commandes du pays. Dans son nouveau Plan d’Action, le gouvernement algérien mise essentiellement sur le dessalement de l’eau de mer pour résoudre cette crise. En vérité, les autorités algériennes se pressent pour réparer rapidement des maladresses commises en 2019 et 2020 lorsque des projets stratégiques ont été gelés et bloqués sans prendre en considération les conséquences sur la vie quotidienne de la population. Et les dégâts sont tellement considérables qu’il faut, désormais, beaucoup d’efforts pour remédier à la situation très complexe dans laquelle se retrouvent les ressources hydriques du pays depuis l’été 2021. Explications.

Dans son plan d’Action récemment adopté par le Parlement, le gouvernement algérien s’est engagé à améliorer l’Alimentation en eau potable (AEP) et mettre fin aux coupures d’eau, tout en assurant un accès égal à cette ressource vitale à tous les citoyens. Selon ce Plan d’action, le gouvernement a promis « d’en finir avec les coupures d’eau et de garantir un égal accès des citoyens aux différents services de l’eau à travers l’ensemble du territoire national » sera « une priorité » du Gouvernement pour les années à venir, assurant que l’accès à l’eau bénéficiera du total soutien de l’Etat.

Le gouvernement algérien affirme ainsi qu’il œuvrera à faire du dessalement d’eau de mer la principale ressource d’eau potable (60%) et recourir aux barrages à hauteur de 20% et aux nappes phréatiques à hauteur de 20%.

Par ailleurs, il a indiqué également dans son Plan que les efforts de mobilisation et l’usage optimal de la ressource seront « plus soutenus » avec l’objectif de réduire la proportion des eaux impactées par l’aléa climatique en développant, là où elles s’avèreront réellement utiles et dans le strict respect de l’équilibre des écosystèmes en place, les ressources non conventionnelles, notamment par la réalisation de nouvelles stations de dessalement d’eau de mer et de stations de déminéralisation dans les régions Sud.

Pour ce faire, le nombre actuel de stations de dessalement d’eau de mer (SDEM), à savoir 11 SDEM avec une capacité de production de 760 millions de m3/an, sera porté à 19 SDEM en 2024 avec une capacité de production de 1,4 milliards m3/an, assure le Gouvernement algérien qui affiche des ambitions dans ce domaine.

Cela signifie concrètement que l’Algérie devra financer et construire 8 nouvelles stations de dessalement de l’eau de mer d’ici 2024. Ce qui va lui coûter énormément cher et lui exigera de nouer des partenariats technologiques et stratégiques avec des opérateurs étrangers. e coût de construction d’une unité de dessalement est très variable suivant la capacité et les conditions locales. Il faut savoir que le coût total se situe entre 1500 à 3000 Euros par m3/jour de production pour les installations moyennes (inférieures à 1000 m3/ jour) et entre 1000 à 2000 Euros par m3/jour de production pour les grosses usines de plusieurs milliers de m3 par jour.

Cela veut dire dire que la réalisation d’une station de dessalement d’eau de mer présente des coûts d’investissement différents qui varient de 72 à 307 millions d’US$ selon la taille de la station, sa technologie et sa capacité de production quotidienne. Ce qui représente une manne financière impressionnante que l’Algérie doit mobiliser, en pleine période de crise budgétaire, pour s’offrir 8 nouvelles stations de dessalement d’eau de mer.

Un choix qui suscite des doutes puisqu’en 2019/2020, ce sont les autorités algériennes qui ont bloqué et gelé les investissements pour construire trois nouvelles grandes et importantes stations de dessalement d’eau de mer. En effet,  en décembre 2019, le ministère des Ressources en eau avait annoncé le lancement prochain d’appel d’offres portant sur la réalisation de 3 nouvelles stations de dessalement. Ces dernières devaient permettre de produire 770 000 m3/jour supplémentaires. Malheureusement, cette ambition a été gâchée parce que le groupe Sonatrach dont la filiale Algerian Energy Company,Spa ( AEC ) est officiellement l’entité en charge du développement des projets du dessalement d’eau de mer en Algérie avait gelé et suspendu ses projets.

La première de ces futures devait voir le jour à Alger Ouest et la deuxième à El-Tarf, à l’est du pays, d’une capacité chacune de 300 millions de M3 /jour. Ces deux projets étaient inscrits par les pouvoirs publics comme projets prioritaires pour les populations et le besoins en eau potable. Les autorités algériennes étaient conscientes de l’importance stratégique de ces projets alors que le pays sera confronté, comme il a été démontré par de nombreuses expertises et études scientifiques, à un risque majeure de stress hydrique à partir de l’été 2021.

L’ouverture de offres financières de ces deux projets était prévue au courant du mois de mars 2020. Un processus de sélection des potentiels constructeurs de ces deux usines étaient en cours depuis plus plus d’une année avant cette date. Mais la crise sanitaire provoquée par la pandémie de la COVID-19 a obligé l’AEC à reporter à deux reprises ces deux projets.

En juin 2020, la direction générale de Sonatrach à travers l’AEC avait décidé de geler définitivement ces projets livrant ainsi toute l’Algérie à son triste sort face à la menace de la pénurie de l’eau potable qui va se concrétiser dangereusement à partir de l’été 2021.

C’est dire que le régime algérien a lui-même livré le pays à la crise de l’eau potable à cause de ses mauvaises décisions concernant le gel des investissements dans le dessalement d’eau mer. Aujourd’hui, c’est ce même régime qui veut nous faire croire qu’il est conscient du danger et s’engage à mettre en oeuvre de sérieuses solutions. Comment peut-on réellement le croire ?

Et, d’abord, comment va-t-il mobiliser l’argent nécessaire pour inaugurer 8 nouvelles stations de dessalement d’eau de mer d’ici 2024 ? Cela nécessite au bas mot un budget de 1,6 milliard d’euros, voire plus de 2 milliards d’euros si l’Algérie veut se doter de stations de grande capacité de production. Pour l’heure, le gouvernement algérien ne dévoile aucun mode d’emploi dans son Plan d’Action. Il se contente juste de formuler des promesses après avoir provoqué lui-même l’aggravation de l’accès à l’eau potable.

C’est dire que la nouvelle stratégie des autorités algériennes est encore opaque et peu rationnelle puisqu’elle nécessite une rigueur et une aisance financière qui manquent cruellement à l’Etat algérien notamment depuis le début de la crise politique en 2019.

Notons enfin que la crise de l’eau potable sera un examen très difficile pour le gouvernement algérien. Et pour cause, avec une persistance de la sécheresse et une diminution de 30% de la pluviométrie depuis environ 20 ans, l’eau manque de plus en plus en Algérie.

L’Algérie s’était lancé depuis 2005/2006 dans le développement du dessalement. L’Algérie compte actuellement 11 stations de dessalement qui produisent 17 % de la quantité totale d’eau potable consommée au niveau national. Les 11 stations ont atteint 2 110 000 m3/jour, soit l’équivalent de 770 M m3/an, ce qui permet de fournir l’eau potable à travers les différentes wilayas du pays. Ces stations se trouvent dans les wilayas de Chlef, Tlemcen, Alger, Skikda, Mostaganem, Oran, Boumerdès, Tipaza et Aïn Témouchent.

 

 

 

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