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dimanche, juin 16, 2024

L’Algérie double ses dépenses et consacre jusqu’à 3 milliards de dollars USD aux importations des céréales pour assurer sa sécurité alimentaire

L’Algérie a doublé ses budgets consacrés aux importations des céréales pour parer aux bouleversements provoqués sur les marchés mondiaux par les hausses incessantes des cours des matières premières agricoles. Depuis début août 2022, l’Etat algérien a doublé effectivement le budget alloué à l’office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC). Ce dernier a entamé le deuxième semestre de l’année 2022 avec un budget dépassant les 414 milliards de Da, à savoir l’équivalent de plus de 2,9 milliards de dollars USD. 

Ce budget représente pratiquement le double de la contribution allouée à l’OAIC lors du premier semestre de l’année 2022 dans le cadre de la première version de la Loi de Finances 2022 où le gouvernement algérien avait mis à la disposition de cet organisme chargé d’approvisionner le pays en produits céréaliers pas moins de 250 milliards de Da, soit l’équivalent de 1,7 milliard de Dollars USD.

Face à l’inflation incessante des cours mondiaux des céréales et les tensions internationales dont font l’objet ces produits agricoles de première nécessité, les autorités algériennes ont décidé ainsi de sortir le chéquier et renforcer les enveloppes budgétaires consacrées à l’acquisition des céréales sur les marchés mondiaux dans le but de protéger la sécurité alimentaire du pays qui dépend outrageusement de ses importations pour couvrir ses besoins alimentaires les plus basiques.

Il est à rappeler à ce sujet qu’en 2019, les importations de produits céréaliers (blé dur et tendre, semoule et farine) ont atteint 2,71 milliards $. A l’époque, les autorités algériennes avaient réussi à réduire de 11,7 % cette facture des importations qui était de l’ordre de 3 milliards $ en 2018.

Depuis 2020/2021, les autorités algériennes avaient adopté une nouvelle feuille route qui visait à réduire la facture d’importation du blé tendre d’au moins 400 millions de dollars d’ici 2024. L’Algérie importe pour 164 milliards de dinars, soit à peine 1,1 milliard de dollars, de blé tendre destiné à la fabrication du pain. Les mesures de renforcement de sa production et de contrôle de l’utilisation de la partie subventionnée devaient permettre d’économiser 36 milliards de dinars, soit l’équivalent de 260 millions de dollars USD.

Mais face à la détérioration de la production mondiale des céréales, les autorités algériennes ont, semble-t-il, abandonné cette stratégie préférant miser sur un renforcement des capacités d’importation du pays pour parer aux chocs externes les plus violents. En effet, situation géopolitique, prix de l’énergie, production en baisse… le marché mondial des céréales reste tendu et l’Algérie demeure parmi les pays les plus fragiles face à ces tensions mondiales.

Il est à signaler à ce propos que les évènements en mer Noire ont chahuté depuis la mi-septembre les cours internationaux des céréales. Les cours du blé ont  connu une très forte volatilité durant la troisième semaine du mois de septembre dans un contexte de tension géopolitique encore marquée. L’ampleur de la récolte russe et sa compétitivité a pesé en effet lourdement sur la tendance depuis plusieurs semaines, mais l’organisation récente d’un référendum portant sur l’annexion d’une partie de l’Ukraine à la Russie annoncée par les séparatistes pro-russes avait rapidement ravivé les craintes du marché.

De son côté, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a prévenu également que les prix des céréales ont commencé à entamer une remontée inquiétante depuis le mois de septembre dernier.  L’indice FAO des prix des denrées alimentaires, qui suit la variation des cours internationaux d’un panier de produits de base, a estimé que les prix des céréales ont remonté légèrement de 1,5% en septembre par rapport à août. Les prix internationaux du blé ont rebondi de 2,2%, à cause d’inquiétudes liées à la sécheresse aux États-Unis et en Argentine, et d’incertitudes sur le prolongement du corridor maritime permettant de faire sortir les céréales d’Ukraine au-delà du mois de novembre. L’organisation a une nouvelle fois revu à la baisse ses perspectives de production mondiale de céréales en 2022. Elle devrait reculer de 1,7% par rapport à 2021 à cause des conditions météorologiques défavorables, en particulier aux États-Unis.

«45 pays, dont 33 en Afrique, neuf en Asie, deux en Amérique latine et dans les Caraïbes et un en Europe ont besoin d’une aide alimentaire extérieure», prévient par ailleurs la FAO vendredi. Près d’un million de personnes dans le monde sont menacées par une «famine catastrophique» et risquent la mort dans les mois à venir en l’absence d’aide humanitaire, avait prévenu l’ONU dans un rapport publié en septembre, un chiffre record dû notamment à la sécheresse dévastatrice dans la Corne de l’Afrique.

La FAO prévoit également un ralentissement des échanges mondiaux de céréales, en repli de 2,4% pour la campagne 2022/2023 par rapport à la précédente, conséquence notamment de la guerre en Ukraine. Soulignons enfin que la production algérienne de blé au cours de la campagne 2019/2020 est estimée à 3,95 millions de tonnes, selon une analyse de juillet 2020 du département américain de l’agriculture  l’USDA. D’après les données de  l’USDA, l’Algérie, qui n’est en mesure de satisfaire qu’entre 34% et 36% de ses besoins en blé, a été contrainte d’importer entre 5 et 8 millions de tonnes en 2020/2021.

 

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