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jeudi, juillet 18, 2024

Enquête. Pétrole et gaz offshore : ces vérités que la Sonatrach cachent aux Algériens

Motivée par sa stratégie de conquête de nouveaux gisements, SONATRACH s’est lancée depuis 2018 dans l’exploration de gisements gaziers en Méditerranée.  SONATRACH ambitionnait d’augmenter ses capacités de production dans l’offshore. Bénéficiant d’une superficie de plus de 100 000 km2 et d’une bande côtière de 1 200 kms, le domaine maritime en offshore algérien est encore totalement sous exploré. Pis encore, personne ne connait avec exactitude les richesses qu’il peut contenir. 

Séduites par ces enjeux du futur, la Sonatrach s’est lancé dans un programme de développement qui s’est concrétisé en 2018 par plusieurs accords importants. Les
deux premiers ont été signés en octobre et en décembre 2018 entre SONATRACH et ses partenaires, la compagnie nationale italienne ENI et la compagnie française TOTAL.

Ils concernent l’exploration et l’évaluation du potentiel pétrolier du bassin offshore algérien dans ses parties orientale et occidentale. Les travaux porteront sur l’acquisition de données sismique 3D, le traitement sismique et leurs interprétations. La réalisation d’un
puits de forage d’exploration est également prévue dans chacune des deux zones.

SONATRACH a également conclu un autre accord avec ENI sur l’exploration et l’évaluation du potentiel pétrolier du bassin offshore algérien dans sa partie orientale (zone d’intérêt est), soit une superficie de près 15 000 km2.

Les deux compagnies se sont ainsi accordées sur la cession au groupe ENI de 49 % des intérêts de SONATRACH sur les trois périmètres de recherches Zemlet El Arbi, Sif
Fatima et Ourhoud II. Ces contrats de recherche et d’exploitation d’une durée de 25 ans, seront financés à hauteur de 51 % par SONATRACH et de 49 % par ENI. Le consortium
SONATRACH-ENI avait prévu de réaliser un premier programme de travaux d’exploration représentant un investissement de plus 80 millions de dollars pour financer le forage de 5 puits, l’acquisition et le traitement de 2 600 km2 en sismique 3D.

Mais depuis 2018, Sonatrach ne communique jamais sur les résultats de ces explorations menées dans les eaux territoriales algériennes. Les secrets du pétrole et gaz offshore algérien sont jalousement gardés.  Mais pourquoi ?

Parce que l’un des plus importants gisements gaziers en Méditerranée et dans le monde a été secrètement découvert dans les eaux territoriales algériennes. Ce gisement est situé au large de Skikda et fait l’objet d’intenses études et travaux de recherches depuis 2018. Mieux encore, deux recherches approfondies ont été menées au large de Skikda pour identifier et mesurer l’importance d’un gisement gazier offshore. Ces deux études ont été réalisées par les équipes du géant français Total et le géant italien ENI.

Ces recherches et études d’exploration menées dans la plus grande discrétion aboutissent à une découverte capitale : le PDG d’ENI, Claudio Descalzi, l’annonce lui-même à l’ex-PDG de Sonatrach, Abdelmoumène Ould Kaddour, le gisement situé au large de Skikda présente les mêmes caractéristiques géologiques que le célèbre champ gazier Zhor découvert en 2015 au large de l’Egypte. “Zhor”, en Algérie presque personne ne connaît la signification exacte de ce nom. En vérité, avec 850 milliards de mètres cubes de gaz récupérable, c’est le plus important gisement d’hydrocarbures découvert dans le monde en 2015. Pour comprendre l’importance stratégique de ce champ gazier baptisé “Zhor”, ce champ gazier offshore recèle quelque 30 billions de pieds cubes de gaz naturel. Soit, à titre de comparaison, presque deux fois la consommation annuelle de l’Union européenne !

Ce qu’il faut surtout savoir, c’est que la découverte de cet immense gisement gazier relève du mérite des italiens du groupe… ENI. Oui, ce même groupe très actif en Algérie, est celui qui avait fait cette découverte annoncée fin août 2015 et qualifiée “de la plus grande découverte de gaz jamais faite en Egypte et en mer Méditerranée”. Au départ, ENI disposait de 100 % des droits d’exploitation, mais elle a rapidement introduit d’autres gros partenaires pour lancer l’exploitation de ce méga-projet gazier. En novembre 2016, le géant anglais BP prend 10 % du capital du gisement. En septembre 2017, le groupe russe Rosneft paie $1,125 milliard pour 30 % du projet.

En Algérie, en automne 2018, ENI s’enthousiasme et son état-major pense qu’il est sur le point de découvrir un deuxième “Zhor” dans les eaux territoriales algériennes. Ce qui va totalement changer le “scénario énergétique” de toute l’Europe qui cherche désespérément de nouvelles sources d’approvisionnement en gaz naturel. Le 28 octobre 2018, la Sonatrach a procédé à la signature pour la première fois un accord d’exploration offshore avec le français Total et l’italien Eni. “Nous allons lancer, avec nos partenaires Total et Eni une exploration en mer, ce qui ouvre une nouvelle ère pour nous”, avait déclaré à l’époque le vice-PDG du groupe algérien Farid Ghazali, lors de la signature du contrat. Pour la Sonatrach, les premiers résultats des recherches des équipes d’ENI et Total peuvent enfin lui fournir une nouvelle piste pour augmenter sa production de pétrole afin de gonfler ses revenus à la suite de l’effondrement des prix du baril en 2014.

L’accord est publiquement signé. Mais les enjeux et les informations sur ce gisement gazier ont été maintenus dans le secret. Mieux encore, ENI et TOTAL se sont engagés à couvrir tous les frais des travaux exploration, Sonatrach ne paiera aucun centime. On parle-là d’un investissement de plus de 100 millions d’euros.

Les français et italiens commencent à travailler sur le gisement gazier découvert et identifié au large de Skikda. Les informations restent totalement confidentielles et même au ministère de l’Energie à Alger, on ne comprend pas trop ce qui se passe. Les premières études d’exploration permettent d’identifier d’autres gisements au large des côtes de Béjaia et un autre gisement pétrolier au large des côtes de Mostaganem et Oran. Cependant, leur importance et capacité n’ont aucune équivalence avec celle du gisement découvert dans les eaux de Skikda.

Les italiens d’ENI et les français de Total vont donc se concentrer sur le fameux champ gazier offshore de Skikda dont personne n’entendra parler en Algérie jusqu’au début du Hirak et la chute au début du mois d’avril dernier d’Abdelaziz Bouteflika et du clan présidentiel. Le contexte devient ainsi bouillonnant et les français comme les italiens s’inquiètent. Les jeux de coulisses commencent et une énorme pression est exercé sur l’Etat algérien chancelant pour que le ministère de l’Energie à Alger accepte d’entériner définitivement l’accord conclu entre Sonatrach avec Total et Eni en octobre 2018. La pression paie et le régime algérien accepte de concrétiser les projets de Total et ENI. Dans le sillage de l’accord du ministère de l’Energie, ENI et Total obtiennent dans la plus grande discrétion la signature d’une troisième autorisation de recherches et d’exploration au large de Skikda. L’accord qui entérine le lancement de l’exploration offshore en Algérie et la nouvelle autorisation de recherches ont été obtenus à la suite de la chute d’Abdelaziz Bouteflika. L’Etat algérien n’était pas réellement doté d’une autorité politique légitime.

Mais cet inconvénient n’a pas dérangé les italiens et les français qui salivent sur le potentiel pétrolier du bassin offshore algérien (exploration en mer) dans ses parties orientale et occidentale. Avec l’accord définitif du ministère de l’Energie à Alger, la partie orientale de l’offshore algérien a été officiellement confiée à ENI sur une superficie de 14.965 km2, alors que la partie occidentale a été confiée à Total sur une superficie 9.336 km2. Et depuis le mois de mai dernier, les français et les italiens ont accéléré les opérations porteront sur l’acquisition de données sismique 3D, le traitement sismique et leurs interprétations, ainsi que le forage d’un puits d’exploration dans chacune des deux zones.

Mais tout ce processus a été déclenché alors que l’arsenal juridique algérien ne prévoit pas clairement des dispositifs régissant le pétrole ou gaz offshore. Dans cette situation, et conscient de l’importance des enjeux politiques et diplomatiques, le régime algérien accélère l’adoption de la nouvelle loi sur les hydrocarbures qui permettra ainsi d’apporter une protection juridique à Total et l’ENI dans leurs travaux d’exploration dans les eaux territoriales algériennes. Un pacte tacite a été donc signé entre le régime algérien et les majors européens : on vous laisse tout le pétrole et gaz de nos côtes maritimes, vous nous assurez le soutien diplomatique et politique de l’Union Européenne !

Aujourd’hui, personne ne veut dire la vérité aux Algériens. Aucun haut responsable ne veut leur raconter la vérité sur les véritables découvertes réalisées au large de Skikda. La loi sur les Hydrocarbures avait été adoptée avec une rapidité déconcertante le 15 novembre 2019 alors que les élections présidentielles du 12 décembre 2019 n’avaient même pas été encore organisées. Les observateurs n’ont rien pigé. Les politiques étaient largués. Mais les véritables décideurs du régime algérien ont respecté leur deal : Total et ENI ont une loi taillée sur mesure. En contrepartie, les majors européens ont respecté leur engagement : le lobbying actif auprès de Bruxelles a épargné à l’Algérie de dangereuses sanctions politiques alors qu’elle emprisonnait arbitrairement des opposants et activistes pacifiques ou imposait un processus politique totalitaire au détriment de la volonté populaire des Algériens et Algériennes. Des pratiques contraires aux valeurs ouvertement défendues et préconisées par l’Union Européenne.

 

 

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