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samedi, juin 15, 2024

Enquête. Les Algériens fabriquent à peine 4 % des vêtements qu’ils portent

Naguère le secteur du textile en Algérie était l’une des prouesses qui faisaient la fierté de l’industrialisation de l’Algérie. Aujourd’hui, les Algériens ne peuvent même pas fabriquer au de-là de 4 % des vêtements qu’ils portent au quotidien. Une véritable déroute économique pour un pays qui dispose, pourtant, de nombreux atouts géostratégiques pour devenir un pôle industriel majeur pour le textile. 

D’abord, les chiffres. La production locale d’habillement en Algérie couvre à peine 4 % des besoins locaux estimés à près de 3,7 Mds EUR depuis 2015. Le reste est comblé par les importations en provenance principalement de Chine, Turquie, Espagne et France. Force est également de constater que l’habillement est un segment fortement touché par le phénomène de l’importation informelle. En 2017, les douanes algériennes ont déclaré des importations de vêtements et de bonneterie (SH 61 et 62) pour près de 426 M EUR.

Il est à souligner également que les dépenses en habillement et chaussures des algériens ont triplé durant la dernière décennie suite à une nette amélioration du pouvoir d’achat. Selon plusieurs études de marchés, les adolescent(e)s ainsi que les femmes de moins de 45 ans sont les plus grands consommateurs en Algérie. La frange des adolescent(e)s suit les tendances mondiales à travers les réseaux sociaux. Un autre constat s’impose également : le vêtement islamique moderne est de plus en plus en vogue, à savoir le voile et ses diverses déclinaisons à travers des créations importées depuis la Turquie ou Dubai.

Malheureusement, face à une demande nationale de plus en plus importante, la production nationale de textile et de vêtements est encore très faible. Et pour cause, les fabricants algériens d’habillement sont peu nombreux et trop petits, proposant des produits de qualité moyenne, voire bas de gamme, pas très appréciés par la quasi-majorité des consommateurs. Les producteurs étatiques survivent grâce à la commande publique (uniformes, vêtements de travail,…), notamment au sein des forces constituées (police, armée, gendarmerie, douanes,…). C’est ce qui explique pourquoi l’Algérie est largement dépendante de ses importations à l’étranger.

Et les principaux pays fournisseurs de l’Algérie sont : la Chine, la Turquie et le Maroc, avec des parts de marché estimées à ; respectivement; 40 % , 20 % et 13 %. Des initiatives nationales ont vu le jour pour renforcer le développement du secteur du textile à l’image de la Joint-Venture algéro-turque, pour un montant d’investissement de 1,3 Md EUR, qui est entrée en 1ère phase de production (textile).  Ce pôle industriel a pour ambition de  produire 44 M de mètres linaires pour le tissage, 12 200 tonnes pour la filature, 30 M de pièces (pantalons, tricots, chemises). Jusque-là, ce projet reste un cas isolé et peine encore à insuffler une dynamique dans l’ensemble du secteur du textile.

La consommation nationale de textile est estimée à 500 millions de mètres linéaires par an, mais la production algérienne en tissu est de l’ordre de 40 millions de mètres de tissus annuellement.

Aujourd’hui, la production nationale textile et du cuir couvre seulement 6% des besoins locaux de notre pays. L’association des commerçants et artisans algériens (Anca), a révélé récemment que 90% des vêtements écoulés sur le marché algérien sont importés. Un véritable sinistre alors que, naguère, l’Algérie disposait d’un véritable fleuron industriel en matière de fabrication du textile.

Au cours des années 1960 et 1970, l’Algérie était l’un des pays les mieux industrialisés du sud de la planète concernant le secteur du textile. A cette époque, l’Algérie avait investi plus de 2,5 mds $ dans la construction d’usines et d’ateliers publics qui parsèmeront toutes les régions du pays. La fusion, en 1975, de deux entreprises publiques débouchera sur la constitution d’un grand groupe industriel, la Sonitex. Une véritable fierté pour l’industrie algérienne. A la fin des années 70, près de 3400 industriels et artisans s’approvisionnaient alors auprès de la Sonitex.

Durant les années 80, l’Algérie a même créé plus de 100 000 emplois dans le secteur de l’industrie. Elle a même réussi à exporter sur le marché international. En pleine décennie noire, l’Algérie exportait du textile pour un montant de 42,2 M$ en 1996 ! A la fin des années 90 et début des années 2000, le textile algérien entre dans une terrifiante décadence. La production de la confection-bonneterie a été divisée par 2,5 en 10 ans et celle du textile-confection a atteint le quart de sa valeur des années 1990. Alors que les exportations vont régresser à 2 M$ en 2001.

En 2009, le bilan fut macabre : Il subsistait 72 entreprises publiques produisant 20 à 25 millions de mètres linéaires/an pour un marché dont la demande globale est évaluée à 100 millions de mètres linéaires/an.

Au cours des années 1990, l’Etat algérien a tenté d’endiguer la disparition catastrophique du textile national. L’équivalent de 880 millions de dollars ont été injectés pour tenter de restructurer le secteur. Le processus de privatisation a quant à lui échoué, les entreprises privées qui possédaient 60% de parts de marché de la confection se retirant pour la plupart d’un secteur où les marges bénéficiaires fondaient comme neige au soleil.

L’accord d’association avec l’Union Européenne signé en 2002 et entré en vigueur à partir de 2005 finira par donner un coup fatal au secteur du textile algérien avec le démantèlement tarifaire progressif au profit des exportations européennes. Dans un contexte de déséquilibre commercial, l’accord de libre-échange est bénéfique pour les entreprises, la croissance et les emplois en Europe, mais néfaste pour l’économie algérienne.

Le déséquilibre des échanges est incontestable. En 11 ans, l’Algérie a importé pour plus de 250 milliards de dollars et n’a exporté vers l’Europe que pour moins de 14 milliards de dollars en produits hors hydrocarbures. La quasi-totalité des exportations algériennes vers l’UE est constituée de gaz et de pétrole, dont les droits de douane pratiqués par l’UE sont déjà nuls en dehors de cet accord.

Mal-préparée pour résister à la concurrence européenne ou asiatique, l’ouverture sauvage de l’Algérie vers l’extérieur a fini par enterrer définitivement le secteur du textile dés 2010.

 

 

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5 تعليقات

  1. Ne soyons pas nostalgique d’une industrie que nous ne maîtrisons plus à bien d’un titre ( sabotage d’état, agraire…)
    On ne serait plus rentable dans ce secteur.
    Pas sûr que le rapport investissement/bénéfices soit en notre faveur.
    Faire produire en Chine ou en Turquie, Éthiopie est aujourd’hui largement plus rentable.
    D’autres filières sont plus porteuses comme l’industrie automobile ( pourquoi pas l’électrique et/ou l’hydrogène)
    Et toute la filière du solaire ( toiture, panneaux solaires, recharges…)
    Et pourquoi ne pas faire de l’Algérie un paradis fiscal ( avec conditions) pour attirer les investisseurs plutôt qu’un enfer parce que nos valeureux harkas nous prennent en otage pour mieux s’engraisser?.
    Dans un business, ce n’est pas tant ce que vous faites mais avec qui vous le faites….

  2. 4%?
    C’est du même niveau que la France et une grande partie de l’Union Européenne….

    Qu’est ce que voulait dire notre Harki Semmar ?
    Faire un article bidon pour faire un article ?

    Mais c’est bien…Il est perçu par beaucoup d’Algériens même opposants au régime, comme un cancer de l’Algérie et in symbole de la Issaba Bouteflika…