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mercredi, juin 7, 2023

Document exclusif. Cette plainte secrète en Suisse qui a fait paniquer les Bouteflika et le régime algérien

Nous sommes le 8 mars 2019. Abdelaziz Bouteflika se trouve à Genève en Suisse où il se soigne au HUG, le plus célèbre centre hospitalier de la prestigieuse ville suisse, et incontournable place financière internationale, à savoir les Hôpitaux universitaires de Genève. Hospitalisé depuis le 24 février 2019 à Genève pour des « examens médicaux périodiques », Abdelaziz Bouteflika est très affaibli par les séquelles d’un AVC depuis 2013. Ce séjour médical en Suisse lui est indispensable pour retrouver un peu de forme en prévision des élections présidentielles d’avril 2019 pour lesquelles il s’était porté candidat afin de remporter un 5e mandat… successif.

Mais ce plan sera définitivement troublé par un évènement inattendu qui va chambouler complètement la vie des Bouteflika. Oui, lors de son hospitalisation, Abdelaziz Bouteflika était accompagné de son frère Nacer Bouteflika et sa soeur préférée Zhour. C’est ce jour-là, du 8 mars, les Bouteflika vont apprendre une information intrigante et effrayante : la justice suisse est officiellement saisie par une plainte contre la famille Bouteflika ! Une plainte officiellement déposée par une plaignante qui avait conservé l’anonymat pour réclamer à la justice suisse une Curatelle de portée générale.

Qu’est-ce qu’une curatelle de portée générale ? Il s’agit d’une procédure qui est instituée si une personne a un besoin d’aide très important, par exemple en raison d’une perte durable de la capacité de discernement. Cette mesure n’entre en ligne de compte que si les autres curatelles, individuellement ou combinées entre elles, ne suffisent pas à protéger de façon adéquate la personne concernée.

« Elle recouvre l’assistance personnelle, la gestion du patrimoine et les relations juridiques avec les tiers. Le curateur a qualité de représentant légal et la personne concernée est privée de l’exercice de ses droits civils. Elle perd également d’office l’autorité parentale sur ses enfants », explique à ce sujet l’article 398 du Code de procédure civile suisse.

L’article 396 précise également que « la curatelle de coopération soumet certains actes de la personne à protéger au consentement du curateur. Ce consentement est nécessaire pour que les actes concernés soient juridiquement valables et opposables aux tiers. L’exercice des droits civils de la personne concernée est limité en conséquence par rapport à ces actes ».

La plainte déposée le 8 mars 2019 au tribunal de Protection de l’Enfant et de l’Adulte de Genève a ciblé ainsi un point sensible de la vie d’Abdelaziz Bouteflika et de tout le régime algérien : sa véritable capacité à décider de son sort et l’état réel de ses forces mentales !

C’est l’avocate suisse Saskia Ditisheim qui avait déclenché cette inédite procédure suisse. Cette avocate est un véritable poids lourd du système judiciaire suisse ! Il s’agit de la Présidente d’Avocats sans frontières Suisse, connue et réputée pour son engagement contre les dictateurs à travers le monde. Cette avocate s’est forgée une solide réputation d’enquiquineuse au sein du Département fédéral des affaires étrangères.

L’objectif de Saskia Ditisheim est clairement affiché : placer Abdelaziz Bouteflika sous la protection de la justice suisse parce qu’il manque manifestement de discernement en raison de son inquiétant état de santé en dégradation permanente. Dans cette plainte, l’avocate suisse a ouvertement accusé Said Bouteflika et Nacer Bouteflika « de manipuler et de représenter leur frère Abdelaziz Bouteflika » sans son consentement.

Said et Nacer sont également accusés d’avoir usurpé l’identité de leur frère Abdelaziz Bouteflika afin de présider aux destinées de l’Algérie. La charge est lourde et terrifiante. En parallèle, la même procédure judiciaire voulait contraindre le HUG de Genève de « lever le secret médical » dans le dossier d’Abdelaziz Bouteflika car l’intérêt général des Algériens l’emporte sur l’intérêt privé du patient Abdelaziz Bouteflika.

Compte tenu de ces arguments juridiques, et comme Abdelaziz Bouteflika se trouvait bel et bien hospitalisé dans un établissement suisse et sur le sol suisse, le tribunal de Protection de l’Enfant et de l’Adulte est « compétent », comme l’explique cette plainte, pour statuer sur cette affaire et ordonner potentiellement une mesure de protection de l’adulte Abdelaziz Bouteflika.

Lorsqu’une « source sécuritaire » informe un officier du renseignement extérieur algérien de l’existence de cette plainte, la panique s’empare du régime algérien. Said Bouteflika est informé le premier par cet « officier » détaché au niveau d’une importante capitale européenne. Said Bouteflika, véritable décideur de l’ombre du régime algérien au moment des faits, prend le téléphone et incendie Bachir Tartag, le coordinateur des services secrets algériens, l’accusant sévèrement d’avoir failli à sa mission en manquant d’anticipation car personne n’avait prévenu l’entourage familial du Président Bouteflika de l’imminence d’une plainte devant les tribunaux suisses. Oui, aucun haut responsable des services de sécurité algériens n’avaient la moindre information sur l’identité de cette madame X qui avait actionné cette plainte en confiant ce dossier sensible à l’avocate suisse Saskia Ditisheim.

Bachir Tartag prend à son tour le téléphone et s’en prend au général-major Mohamed Bouzit, dit Youcef, l’homme qui dirigeait au moment de ces faits le renseignement extérieur algérien. Said Bouteflika instruit les services secrets de lui procurer toutes les informations sur les dessous de cette plainte surprenante et l’identité de la mystérieuse plaignante.

Mais la procédure judiciaire était d’ores et déjà enclenchée. Le temps ne jouait pas en faveur des Bouteflika et le tribunal de Genève de la Protection de l’Enfant et de l’Adulte était obligé de rendre une réponse dans les jours à venir. Pris de panique et désemparé, manquant cruellement d’informations, Said Bouteflika prend attache avec son frère Nacer et sa soeur Zhour. Il les informe du danger réel car la justice suisse est réputée pour sa totale indépendance. Et même si le risque d’une « mise sous protection d’Abdelaziz Bouteflika » décidée par le tribunal de Genève était encore minime le 9 mars 2019, le scandale médiatique et juridique ferait pâlir de honte tout le régime algérien et ébranlerait définitivement le projet du 5e mandat tant souhaité par Said et son clan.

Que faire ? La décision tombe comme un couperet : le 10 mars 2019, les Bouteflika quittent précipitamment Genève pour ne pas s’exposer au danger imminent d’un procès aux graves retentissements politiques et médiatiques.

Le dimanche 10 mars 2019, vers 10 H du matin, le jet qui avait transporté le président algérien voilà deux semaines avait atterri à Genève peu avant 10 heures du matin. Tout au long de la journée, les rumeurs ont circulé sur un possible retour du chef de l’Etat en Algérie. Une dizaine de personnes ont tenté de se rassembler devant les hôpitaux universitaires de Genève, où l’accès était interdit, gardé par une dizaine d’officiers de police suisses et survolé par un hélicoptère.

Plus tard dans la journée, l’avion privé du gouvernement algérien supposé ramener de Genève le chef de l’Etat Abdelaziz Bouteflika, avait atterri, la même journée dimanche 10 mars peu après 17 h 30, à la base militaire aérienne de Boufarik. Abdelaziz Bouteflika était donc de retour au pays. Au tribunal de Genève de la Protection de l’Enfant et de l’Adulte, la procédure a été par la suite classée « pour cause de départ précipité du grand malade » Abdelaziz Bouteflika. Le scandale fut évitée de justesse.

Mais plusieurs jours après cet épisode resté sombre et secret dans les entrailles du sérail algérien, les services secrets ont tenté de débusquer l’identité de cette mystérieuse Madame X qui avait donné des sueurs froides au régime. Peine perdue puisque le Hirak a ébranlé le clan présidentiel et les Bouteflika seront chassés du pouvoir par le puissant Ahmed Gaid Salah. A partir du 2 avril 2019, il était devenu le véritable maître du pouvoir algérien. Tartag, Youcef et tous les hauts gradés des services secrets algériens seront dégagés et céderont leur place à un nouveau puissant clan : celui du général Wassini Bouazza, l’un des plus fidèles lieutenants du défunt Gaid Salah… Jusqu’à aujourd’hui, cette histoire a été gradée secrète.

 

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