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jeudi, juin 20, 2024

Des projets datant de 2005 n’ont toujours pas été encore réalisés : les scandales cachés de la bureaucratie algérienne

L’impact désastreux de la bureaucratie algérienne sur le développement du pays n’est pas un mythe, mais bel et bien une vérité amère. Preuve en est, de nombreux projets importants budgétisés et validés par les autorités suprêmes de l’Etat algérien ont été officiellement lancés depuis 2005, mais plus de 15 ans plus tard, ces projets n’ont jamais été achevés et leurs budgets ont été réévalués à maintes reprises provoquant ainsi des pertes considérables pour le Trésor Public. Explications.  

Prenons un exemple concret dans le secteur du commerce. En 2009, les autorités algériennes ont validé l’opération relative à l’étude, la réalisation et l’équipement d’une école de formation et de perfectionnement des agents de contrôle et de répression des fraudes. En 2009, un budget initial de 100 millions de DA a été accordé pour la réalisation de ce projet important d’autant plus que cette future école devait être implantée dans la wilaya de Ghardaia, au sud du pays, une initiative inédite dans un pays qui connaît d’énormes et fortes inégalités entre le sud et le nord du pays.

Malheureusement, le budget de ce projet a été réévalué et décentralisé à maintes reprises comme en 2011. Mais jusqu’à fin 2018, année à laquelle ce scandale a été débusquée, le projet n’avait jamais démarré. Et jusqu’à aujourd’hui encore en 2021, personne n’a entendu parler de cette nouvelle école. Le projet a-t-il été définitivement enterré ? Qu’en est-il de l’argent qui a été dédié à ce chantier public ? Personne ne dispose de la moindre réponse convaincante.

Et pourtant, il s’agit d’un investissement public qui  s’inscrit dans le cadre de la stratégie de la gestion de la ressource humaine et de l’amélioration de sa performance, notamment au niveau des directions de wilayas, qui représentent le maillon fort du secteur, en matière de la répression des fraudes et la lutte contre les pratiques anticoncurrentielles. Un enjeu majeur et important pour un pays comme l’Algérie où les dirigeants accusent régulièrement les barons de l’informel de soutenir la spéculation qui aggrave la cherté de la vie et affaiblit le pouvoir d’achat  des consommateurs algériens.

Un autre exemple éloquent. Depuis 2005, un projet tourne au ralenti au niveau du ministère des Finances, le département gouvernemental qui est censé donner l’exemple en matière de gestion rigoureuse des budgets publics. En effet, un retard considérable a été accusé par la direction générale des impôts (ministère des finances) dans la réalisation de certains projets, ce qui a entraîné l’accumulation d’importants soldes dans le budget d’équipement. L’exemple le plus frappant concerne le projet portant sur la réhabilitation de l’immeuble Mauritania à Alger-centre, l’ancien siège du ministère des Finances, qui a été inscrit depuis 2005, avec un taux d’exécution de près de 4% seulement jusqu’à fin 2018 et dont le taux d’avancement demeure encore méconnu et incertain jusqu’à aujourd’hui… en 2021 ! Plus de 15 ans pour une  simple réhabilitation d’un siège et rien n’a été encore fait concrètement pour achever ce projet….un véritable record mondial.

Un autre projet au ministère de la Solidarité Nationale, de la famille et la condition de la femme remonte à… 2008 et n’a toujours pas été réalisé ! Il s’agit d’un investissement public portant spécifiquement sur le handicap en Algérie, avec une enveloppe budgétaire de 10 millions de DA, puis réévaluée à maintes reprises pour atteindre… les 140 millions de DA.

En 2018, après plus de dix (10) ans de son inscription, le projet n’a pu être réalisé qu’à hauteur de 0,88% ! Et nous sommes en 2021, mais ce projet n’a toujours pas été concrétisé et le ministère de la Solidarité nationale n’a jamais voulu dévoiler la moindre explication concernant ce retard monumental.

Au ministère du travail, de l’emploi et de la sécurité sociale, un récent audit a permis de découvrir un retard considérable dans l’exécution et l’achèvement du projet relatif à la réalisation d’un réseau informatique d’aide à la prise de décision. Il s’agit d’un projet informatique destiné à relier les caisses de sécurité sociale et les organismes publics sous tutelle chargés de l’emploi aux services du ministère du Travail à travers un réseau informatique, afin d’accroître le niveau de coordination et de faciliter la prise de décision.

Le projet a été inscrit et lancé en 2005 dans le cadre du programme complémentaire de soutien à la croissance pour un montant de 282 Million DA. Ce projet devait être réalisé en deux tranches, la première a été individualisée en 2005 sous le numéro ND.5.861.262.078.01 avec une enveloppe budgétaire de 140 Millions de DA, et la deuxième tranche a été individualisée en 2006 sous le numéro NF.5.861.262 078.02 avec une enveloppe budgétaire de 142 Millions de DA.

Le commencement de l’exécution de cette deuxième opération est conditionné par l’achèvement de la première tranche, a-t-on pu confirmer au cours de nos investigations. Nous sommes en 2021, et le retard dans l’achèvement du projet demeure toujours en raison de la maturité insuffisante constatée dans la préparation de ce projet ainsi que l’incapacité avérée des managers du ministère de Travail de s’assurer sa faisabilité avant de demander les financements indispensables à son lancement. Encore un autre gâchis qu’il faut inscrire sur une longue liste de scandales de mauvaise gestion en Algérie. Bravo à la bureaucratie algérienne…

 

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