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samedi, juin 15, 2024

Décryptage. Pourquoi le développement de l’Algérie doit reposer essentiellement sur le secteur privé

L’Algérie a un énorme potentiel de développement. Mais pour exploiter ce potentiel, il lui faut une locomotive qui peut lui permettre de progresser et de se moderniser tout en relevant les défis liés à sa sécurité ou stabilité. Force est de constater que cette locomotive s’appelle… le secteur privé. Souvent méprisé, rejeté et craint par les autorités publiques, le secteur privé est le seul qui est capable de propulser l’Algérie vers l’avant. Explications et décryptage.  

Au cours de la dernière décennie, le secteur privé a pris une importance de plus en plus
marquée dans l’industrie manufacturière hors hydrocarbures (IMHH). En effet, il avait bénéficié d’une dynamique et d’une visibilité accrue depuis la libéralisation de l’économie, notamment par la mise en œuvre, en 1988, d’un dispositif législatif et réglementaire relatif à l’orientation des investissements économiques privés nationaux. Ces réformes ont induit l’ouverture du commerce extérieur et le recul du secteur public, suite à la liquidation de plusieurs entreprises publiques non rentables (1989-2006) et la privatisation de 417 entreprises publiques (2003-07).

A titre d’exemple, en 2015, l’IMHH a compté pour environ 5 % du PIB, alors qu’elle en représentait environ 35 % à la fin des années 80, indiquant une certaine désindustrialisation de l’Algérie au cours des trois dernières décennies. En 2015, le secteur privé a contribué à hauteur de 77 % à la valeur ajoutée de l’IMHH et compte 97 % des 95 447 unités industrielles actuelles (contre 14 000 en 1988). Moins de 0.5 % d’entre elles présentent un chiffre d’affaires annuel supérieur à 27 millions USD. En termes de valeur
ajoutée, le secteur privé domine dans les branches suivantes : cuirs et chaussures (à 90 %), textile (87 %), agroalimentaire (87 %), chimie, plastiques et médicaments (78 %) ainsi que les matériaux de construction (52 %).

En revanche, l’industrie manufacturière des hydrocarbures (IMH) est dominée par le secteur public, le secteur privé national en étant absent. Ainsi, le secteur public industriel marchand reste prépondérant dans les branches suivantes : énergie (100 %), industries diverses (94 %), industries sidérurgiques, métalliques, mécaniques, électriques et électroniques (93 %), mines et carrières (90 %), transformation des hydrocarbures (88 %) ainsi que bois, liège et papier (51 %).

Ce secteur public industriel a connu une chute régulière de certaines de ses productions. Ainsi, l’indice de production du deuxième trimestre 2016 (base 100 en 1989), se chiffre à 45, contre 74 en 1996, pour l’industrie manufacturière. Parmi les branches préservées figurent l’énergie (indice de 535), les liants hydrauliques (191), le raffinage (156) et la liquéfaction du gaz naturel (110). Cette désindustrialisation s’est accompagnée d’un chômage important d’ouvriers spécialisés et des  cadres du secteur public et ses activités sous-traitantes, formant ainsi un nouveau vivier d’avenir pour le secteur privé.

En 2016, l’industrie a occupé près de 1.5 million de travailleurs, soit 13.5 % de l’emploi, qui a connu dans ce secteur une augmentation annuelle sur la décennie de 1.5 %. Vue sous l’angle de la performance industrielle, la productivité apparente, toutes branches confondues, est passée de 48 500 à 28 500 USD par personne occupée entre 2005 et 2015, marquant un recul moyen de 5 % par an, imputable à la dévaluation du DZD et à la baisse du prix du baril de brut. Hors hydrocarbures, la productivité est nettement inférieure, soit 5 844 USD en 2015. Trois décennies après l’amorce des réformes, l’industrie en Algérie reste dominée par les hydrocarbures, qui constituent sa principale ressource.

L’alternative à cette dépendance est entre les mains du secteur privé qui dispose des atouts nécessaires pour assurer une nouvelle transition économique à l’Algérie étant donné qu’il avait fait ses preuves dans un passé récent dans plusieurs secteurs.

Mais pour ce faire, il faut libéraliser l’accès aux capitaux au profit des entrepreneurs privés. Il faut savoir à ce propos que le crédit au secteur privé ne dépasse pas 25% du produit intérieur brut (PIB) en Algérie, contre 33% en moyenne régionale, 68% en Tunisie et 85% au Maroc, a démontré en juin 2021 une étude réalisée par le cabinet algérien de conseil et stratégie Finabi Conseil. Réalisée pour le compte du Cercle d’action et de réflexion pour l’entreprise (Care, un Think Tank indépendant basé à Alger, la même étude avait pointé la difficulté de financement des PME en Algérie, aggravée par les délais de paiement interentreprises, jugés excessifs.

“Les crédits à court terme classiques (découvert, avance sur stock, escompte d’effets, préfinancement des exportations et autres crédits d’exploitation) proposés par les banques algériennes ne sont pas toujours adaptés d’une manière optimale au financement à court terme des PME vu les exigences de garanties accompagnant ces financements”, avait constaté ainsi le cabinet Finabi qui avait formulé une série de proposition pour renforcer et encourager les activités des PME comme par exemple de « limiter les délais de règlement des PME à 60 jours maximum en mettant en place des mécanismes contraignants pour les créanciers, ainsi que la possibilité de recours de la part des PME ».

Malheureusement, ces propositions n’ont pas été prises au sérieux et au lieu de favoriser le secteur privé, l’Algérie, depuis 2019, traque les entrepreneurs privés et détruit leurs entreprises au nom d’une implacable logique politique qui confond les dérives de certains richissimes businessmans proches de l’ancien régime Bouteflika avec l’ensemble des acteurs économiques sincères et compétents pour créer des emplois ou des richesses.

 

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