Les graves accusations d’espionnage de Tebboune à l’égard de Khaled Drarerni suscitent une vague d’indignation en Algérie

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C’est un dérapage inédit. Vendredi soir, Abdelmadjid Tebboune a proféré de graves accusations à l’encontre du journaliste Khaled Drareni, emprisonné arbitrairement depuis le 29 mars dernier à la suite d’un mandat de dépôt émis à son encontre par le tribunal de Sidi M’hamed. Selon Tebboune, dont les propos ont été rendus publics lors d’une interview diffusée vendredi soir sur l’ENTV, Khaled Drarerni, correspondant de l’ONG Reporters Sans Frontières (RSF), entretenait des liaisons dangereuses avec les ambassades étrangères à Alger et faisait des comptes rendus aux diplomates étrangers notamment occidentaux. D’après Tebboune, il n’y a aucune différence entre ce « correspondant de RSF » et un « espion ». 

Ces graves accusations sonnent comme une injure et des calomnies à l’égard de toute la famille d’un journaliste pacifique et incapable de se défendre puisqu’il est enfermé dans une cellule de prison. Ces accusations inédites émanant d’un Président de la République n’ont pas manqué de susciter une vague d’indignation en Algérie notamment au sein de la famille des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme.

« Tebboune juge Khaled Drareni à la place de la justice. Il a accablé un détenu dont le dossier judiciaire est encore au niveau du juge d’instruction », a dénoncé à ce sujet l’avocat Abdelghani Badi, l’un des plus célèbres défenseurs de la cause des détenus d’opinion en Algérie et membre actif de la corporation des avocats qui défendent Khaled Drareni.

« Ces déclarations sont effrayantes qui préfigurent le pire. Nous ne sommes plus dans un Etat de droit », ajoute l’avocat Abdelghani Badi pour exprimer toute son indignation sur sa page Facebook.

« Il a condamné Khaled Drareni alors que son procès ne s’est même pas encore tenu. N’est-ce pas là une ingérence dans les affaires de la justice ? » s’interroge à ce sujet le journaliste Lamine Mohamed, directeur du média en ligne Tariq News. « Khaled Drareni est un patriote. Tabbou est un patriote. Ali Ghedira est un patriote. Belarbi est un patriote. Et les militants en prison sont des patriotes. L’histoire jugera », a assuré à ce propos Amira Bouraoui, opposante et ex-leader du mouvement Barakat qui s’était mobilisé contre le 4e mandat successif d’Abdelaziz Bouteflika.

« S’ils avaient la moindre preuve concrète contre Khaled Drareni, ils l’auraient fuité à leurs relais médiatiques pour la diffuser. Ils n’ont rien contre ce journaliste. C’est juste une tentative de justifier la répression », explique, de son côté, Khelaf Benhadda, journaliste et chroniqueur sur El Hayet TV.

Saïd Salhi, vice-président de la Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’Homme (LADDH), a réagi avec véhémence aux propos de Tebboune en affirmant que le « régime doit rattraper la situation et cesser sa politique d’embargo sur les libertés publiques », a-t-il dit sur sa page Facebook. « La poursuite des pressions et des provocations à l’encontre du Hirak va mener le pays vers de multiples dangers qui vont aggraver la situation politique et sanitaire », décrète enfin Said Salhi, l’une des figures les plus engagées en faveur de la défense  des droits civiques et politiques des activistes du Hirak réprimés durement par le pouvoir algérien.

 

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