Fake News. Non, l’Agriculture ne génère pas l’équivalent des recettes pétrolières en Algérie

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Encore une Fake News. Lors de son interview vendredi soir par l’ENTV et plusieurs autres chaînes de télévision privées algériennes, le président Abdelmadjid Tebboue a fait savoir que « l’Agriculture génère plus de 25 mds USD, soit l’équivalent des recettes pétrolières ». Cette information est totalement infondée et fausse. Explications. 

D’abord, il faut savoir que cette information donnée par Abdelmadjid Tebboune a été donnée en septembre 2017 par un ministre du régime Bouteflika. « Aujourd’hui, la production nationale a une valeur estimée à plus de 3 000 milliards de dinars (environ 30 milliards de dollars), alors que ce chiffre ne dépassait pas les 500 milliards en 2000 », disait Abdelkader Bouazghi, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche en septembre 2017.

D’après le même ministre, « la superficie des terres exploitée est passée de 8,5 à 9 millions d’hectares et les superficies irriguées sont aujourd’hui estimées à quelque 2 millions d’hectares ». A l’époque, la ministre de l’agriculture algérienne avait fait savoir que l’agriculture contribuait à environ 13% du PIB et emploie plus de 10,8% de la population active. Ainsi, les références actuelles de Tebboune sont les informations avancées par l’ancien régime Bouteflika.

Or, ces informations ne reposent sur aucune statistique fiable et sérieuse. Depuis l’époque d’Abdelaziz Bouteflika, les autorités algériennes n’ont jamais cessé d’affirmer que l’agriculture algérienne satisfait 70 % des besoins alimentaires de la population algérienne. Un chiffre totalement farfelu et démenti par de nombreux experts algériens de la sécurité alimentaire. « Une grande partie de l’alimentation que nous consommons est acquise à l’extérieur dans les marchés internationaux. Nos huiles, nos sucres et la majeure partie de nos poulets viennent de l’étranger sous forme de maïs et de soja (NDLR, leur alimentation). Quand on examine attentivement les disponibilités, on s’aperçoit que la sécurité alimentaire de l’Algérie n’est réellement couverte qu’à 55 % par la production nationale, bien inférieure au 70 % annoncés ici et là », avait affirmé en 29 janvier, Fouad Chehat, expert en agronomie et ancien directeur de l’INRA.

La dépendance accrue de l’Algérie vis-à-vis des importations alimentaires approuve le constat de Fouad Chehat. Le taux de la couverture de la production locale des besoins du marché algérien sont de 30% seulement pour les céréales, 30% pour le lait, 5% pour les huiles alimentaires et 0% pour le sucre. Ces chiffres ont été confirmés officiellement par des chercheurs du Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD) qui ont fourni un travail d’enquête approfondi à la demande du Programme alimentaire mondial (PAM).

En conclusion, l’agriculture algérienne ne peut pas satisfaire les besoins élémentaires des Algériens. Quant au chiffre de 25 milliards de dollars rapporté par Tebboune. Il s’agit de la conversion du montant de la production nationale agricole du dinar vers le dollar américain. Or, l’agriculture algérienne produit et vend en dinar. Une monnaie non-convertible qui n’est guère reconnue ou utilisée par les banques centrales des autres pays répartis à travers le monde. L’agriculture algérienne ne ramène aucun dollar ni le moindre euro à l’Algérie. Il n’y a donc aucune comparaison possible avec les hydrocarbures qui sont la seules ressources de devises de l’Algérie avec des exportations annuelles évoluant depuis 2017 entre 30 et 35 milliards de dollars. Les exportations algériennes sont monopolisées à 97 % par les hydrocarbures.

Prenant l’exemple de l’année 2019.  Les exportations algériennes ont atteint près de 32,62 milliards de dollars (mds usd) les onze premiers mois 2019, dont près de 93% des hydrocarbures alors que les exportations hors hydrocarbures restent toujours marginales, avec près de 2,36 mds usd, ce qui représente 7,24% du volume global des exportations, contre 2,67 mds usd à la même période en 2018, en baisse de 11,70%. Le pétrole et le gaz sont donc la seule source de revenus de notre pays.

Et dans la catégorie des produits hors hydrocarbures exportés à l’étranger, les produits agricoles représentent une quantité insignifiante et dérisoire. Preuve en est, cinq produits ont totalisé plus de 74,57% des exportations hors hydrocarbures (EHH) durant les onze premiers mois de 2019, selon les chiffres de la direction des études et de la prospective des Douanes (DEPD).

Il s’agit des exportations des engrais minéraux ou chimiques azotés avec une part de 30,99%, des huiles et autres produits provenant de la distillation des goudrons (18,46%), de l’ammoniac anhydre (11,75%), des sucres de canne et de betteraves (10,55%) et des phosphates de calcium naturels 2,82%. Quant aux exportations du ciment, elles ont représenté 2,51% des EHH globales (contre 0,65%) durant la même période en 2018. L’agriculture algérienne est donc totalement inexistante sur le plan de la balance commerciale et des paiements du pays. Tebboune a démontré une nouvelle fois son incapacité à maîtriser ses dossiers.

 

 

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