Air Algérie : l’actuelle direction générale est-elle vraiment capable de sauver la compagnie de la faillite ?

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L’actuelle direction générale de la compagnie aérienne nationale Air Algérie est au coeur d’une très vive polémique au moment où toutes les compagnies aériennes sont menacées par les conséquences de cette paralysie du trafic aérien.  Le 7 mai prochain, une réunion importante est attendue au siège de la direction générale d’Air Algérie pour étudier l’adoption d’un plan de crise qui devra épargner à la compagnie battant pavillon national de se déclarer en faillite faute de pouvoir transporter des voyageurs à l’étranger en cette période de pandémie mondiale du COVID-19. 

Or, malgré l’importance de dégager un consensus général pour affronter cette crise, la direction générale d’Air Algérie a écarté un important partenaire de cette réunion. Il s’agit des représentants du Syndicat National du Personnel Navigant Commercial Algérien (SNPNCA),  fort de 1300 salariés. Les représentants de ce syndicat autonome n’ont pas été invités. Ce qui soulève de nombreuses interrogations sur la bonne foi de la direction générale d’Air Algérie. En effet, Quelle compagnie aérienne au monde réfléchirait à sa restructuration, ou transformation, sans y associer une corporation aussi essentielle que le PNC ?

Autre constat. Malgré l’importance des points qui sont énumérés dans la convocation de la réunion du 7 mai prochain, et la qualité de ses destinataires, cette correspondance n’a pas signée par le PDG Bakhouche Allèche. Bizarrement, il n’y est même pas mentionné comme ordonnateur puisqu’il n’y a que le nom du chef de Division Affaires Générales.

D’autre part, l’ordre du jour de cette réunion a été lourdement chargé pour, probablement, susciter son rejet par les syndicats et permettre ainsi « au PDG Bakhouche Allèche de crier au loup et apparaître comme le seul partisan d’une prétendue réforme qu’il voudrait engager en profitant du climat d’antipathie envers la compagnie », confient ainsi à Algérie Part des sources internes au sein d’Air Algérie qui se méfient de la démarche adoptée par la direction générale de la compagnie.

Une méfiance qui s’explique par le long immobilisme du PDG actuel d’Air Algérie durant ces 3 dernières années. Si des réformes sérieuses avaient été appliquées il y a de cela 3 ans, Air Algérie aurait pu résister plus solidement face aux chocs de cette crise mondiale provoquée par la pandémie du COVID-19.

« En réalité, fort de son soutien du clan présidentiel d’alors, l’actuel PDG ne s’est jamais inquiété des équilibres financiers et des performances économiques de l’entreprise, assuré qu’il était de l’impunité et de son maintien à la tête de la compagnie. Sa seule et véritable préoccupation ! », dénonce à ce propos nos sources qui ne croient en aucun changement sérieux au sein d’Air Algérie sans la nomination d’un nouveau PDG pour marquer une ère de rupture avec les anciennes pratiques de la compagnie.

Force est, par ailleurs, de constater que l’un des participants majeurs à la réunion du 7 mai prochain, le  « Secrétaire Général » du syndicat UGTA entreprise, Said Tiaouinine pour le nommer, n’est plus habilité à représenter les syndiqués de l’UGTA puisque son mandat a expiré il y a bien longtemps. Comment pourrait-il être associé, alors qu’il ne représente que lui-même, à des négociations sur des questions aussi fondamentales que la convention collective, le règlement intérieur, le régime de travail, le dimensionnement des effectifs, les salaires ?  Beaucoup de ses camarades syndicalistes estiment que M. Tiaouinine gagnerait plutôt à s’éloigner de la compagnie afin de ne pas la troubler encore davantage dans cette période de crise.

Concernant enfin l’ordre du jour de la réunion du 7 mai,  il est pour le moins étonnant que la Direction Générale d’Air Algérie évoque maintenant la rationalisation des dépenses. Des cadres et syndicalistes rétorquent: c’est certes, un objectif louable, mais qui a attribué il n’y a pas si longtemps un contrat dispendieux de 10 Milliards DA à la SIH dirigée auparavant par Hamid Melzi pour construire le nouveau siège d’Air Algérie à Bab Ezzouar, qui a multiplié les nuitées d’équipages dans les hôtels 5* à l’étranger, qui a couvert de très coûteux dégâts occasionnés à des moteurs et aéronefs, qui a couvert les coûteuses erreurs de navigation, qui a maintenu et même ouvert l’exploitation de lignes lourdement déficitaires ?

En matière de réduction de dépenses et charges salariales, le PDG Bakhouche Allèche ne devrait-il pas prendre pour exemple, ne serait-ce que symboliquement, le PDG d’Air France qui a réduit son salaire de 25% et renoncé à sa partie variable ?

Cette partie variable que perçoit Monsieur Alleche est-elle réellement le résultat de l’évaluation de sa performance managériale et économique selon des critères pré-établis par le Conseil d’Administration ?

Malheureusement, il s’avère qu’avec le maintien de l’actuelle direction générale d’Air Algérie aux commandes, il parait impossible de sauver la compagnie nationale aérienne d’une faillite quasi-programmée. L’injection du Trésor Public dans ses caisses de plusieurs autres milliards de Da ne fera que reporter cette faillite à une date ultérieure.

Et pour cause, ce n’est pas le règlement intérieur ni la politique salariale qui cause réellement problème à Air Algérie.  Ce n’est ni la cantine, ni le transport, ni la convention collective ou les charges sociales qui posent problème. Sur toutes les plateformes aéroportuaires du monde, il y a des cantines et des services de transport du personnel. Il suffit juste de les gérer correctement, tout simplement.

Le véritable problème se situe au niveau des coûts opérationnels, non maîtrisés par le management et non pas par les salariés d’Air Algérie. Ajoutez à cela, un programme figé quelles que soient les pertes d’exploitation constatées,  une « politique commerciale » boiteuse, des salaires du personnel navigant technique très élevés et vous générez fatalement des déficits. Air Algérie souffrent des insuffisances de son Top Management et d’une tutelle qui s’est inscrite aux abonnés absents. Mais ce point-là, il ne risque pas d’être abordé lors de la réunion du 7 mai prochain…

 

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