Révélations. Quand le ministre de l’Energie Mohamed Arkab impose son ami l’homme d’affaires à une grosse entreprise sud-coréenne

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Derrière ses allures de fonctionnaire niais, l’actuel ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, cache les traits d’un lobbyiste qui connaît très bien les ruses du business. Preuve en est, l’actuel ministre tente d’imposer à la grosse entreprise sud-coréenne Hyundai Development Company (HDC) un sous-traitant algérien dans le méga-projet d’une importante centrale électrique dans la wilaya de Biskra. Mohamed Arkab est-il soucieux de procurer du travail aux entreprises algériennes ? Non, pas vraiment car l’actuel ministre veut donner un marché onéreux à l’un de ses amis et proches alliés, le patron du groupe privé Youkais CONSTRUCTOR SPA, Lies Brahim Bouzghoudi. Les révélations d’Algérie Part. 

A Biskra, l’Etat algérien a financé la construction de trois grosses centrales électriques. L’une de ces centrales électriques est basée au niveau de la commune d’Oumache et une autre située à Bordj de Chegga. Elle est actuellement en cours de réalisation et elle devait être réceptionnée « au plus tard en juin 2020 », avait assuré fin août 2019 le ministre Mohamed Arkab lors d’une visite d’inspection. Or, ce délai ne sera pas respecté pour de multiples problèmes sur lesquels nous reviendrons au cours de notre article.

En parallèle, l’Etat algérien a financé également le lancement des travaux d’une deuxième centrale électrique située à Bordj Chegga, toujours dans la wilaya de Biskra. Il s’agit d’une autre centrale électrique qui devrait produire 400 mégawatts d’électricité. La réalisation de la centrale d’Oumache a été  confiée  consortium Sud –Coréen, Hyundai Engineering à travers sa division Hyundai Development Company (HDC), créée en 2018 grâce à une scission de la société holding du groupe HDC HDC Holdings.

Les projets des nouvelles centrales électriques entrent dans le cadre d’un plan global lancé et approuvé officiellement par le gouvernement algérien en 2017. Il s’agissait du lancement de trois nouveaux projets de production d’électricité dans la ville de Biskra d’ici à 2023. Il s’agit de la centrale de la commune d’Oumèche qui produira 400 mégawatts d’ici à 2020, de deux nouvelles centrales de capacité respective de 1 400 mégawatts à mettre en place à l’horizon 2023. L’objectif était de faire de la wilaya de Biksra un pôle national de production d’électricité. Ces trois projets devront permettre à l’Algérie de couvrir la demande en matière d’énergie électrique pour les industries de la région du sud-est algérien. Le programme est donc ambitieux.

Malheureusement, comme pour chaque méga-projet en Algérie, des pratiques occultes viennent nourrir des dysfonctionnements qui menacent l’intérêt général. La gestion opaque et ténébreuse de Sonelgaz a fait en sorte que le marché de la réalisation de la future centrale électrique d’Oumèche et de celle de Bordj Chegga a été octroyé  sans aucun appel d’offres et procédure de mie en concurrence. La Compagnie de l’Engineering de l’Electricité et du Gaz (CEEG), filiale du Groupe Sonelgaz, a donné ce marché public suivant la délicate et controversée procédure du gré à gré à Hyuson Engineering & Construction « HYENCO », une filiale de Sonelgaz créée en 2015 en partenariat avec Hyundai Engineering & Construction Co., Ltd ; Hyundai Engineering Co., Ltd et Daewoo International Corp.

La répartition des parts entre les différents actionnaires de HYENCO est comme suit :

  • Sonelgaz : 51%
  • Hyundai Engineering & Construction Co., Ltd : 31,85 %
  • Hyundai Engineering Co., Ltd : 12,25 %
  • Daewoo International Corp. : 4,9%

Hyenco donne, par la suite, le gros des oeuvres et des travaux de réalisation de la centrale électrique d’Oumèche aux sud-coréens de HDC et toujours selon le mode du… gré à gré, à savoir sans aucun appel d’offres ni aucune opportunité de mettre en concurrence les différents potentiels candidats à ce marché public évalué à plus de 900 millions d’euros.

HDC prend en charge ainsi la réalisation de ce projet, mais se heurte rapidement à un différend avec le groupe Sonelgaz. Les sud-coréens de HDC veulent recourir à une société chinoise pour lui sous-traiter les travaux du génie civil afin d’accélérer la cadence des travaux et livrer ainsi dans les délais la nouvelle centrale électrique d’Oumèche. En clair, recourir aux ouvriers chinois pour ne subir aucun retard. Le groupe Sonelgaz refuse et ne veut pas entendre parler d’une société chinoise. Fin aout 2019, le ministre Mohamed Arkab s’est  engagé à « donner la priorité dans le recrutement aux jeunes de la région éligibles aux profils requis ».

HDC ne pourra donc pas ramener des ouvriers chinois pour terminer les travaux de la centrale électrique d’Oumèche et de lancer, par la suite, les travaux de la deuxième centrale électrique située à Bordj de Chegga. Le groupe Sonelgaz dispose lui-même d’une filiale appelée la société Etterkib, société du Groupe Sonelgaz qui assure une mission de montage et de maintenance des ouvrages et installations industriels depuis 1978. Etterkib a été impliqué dans les travaux de construction de plusieurs centrales électriques à travers le pays comme la Centrale cycle ouvert de Boutlilis Oran 3X400 MW.

Mais Mohamed Arkab, lui-même ex-PDG de Sonelgaz de 2017 jusqu’à 2019, ex-PDG de la filiale CEEG de 2010 jusqu’à 2017, a imposé un acteur privé. Il s’agit du groupe Youkais Constructor EURL, une compagnie privée de capitaux  détenue en totalité par son fondateur Lies Brahim Bouzghoudi, un milliardaire très lié avec Mohamed Arkab avec lequel il collabore depuis 2011. Et pour cause, le groupe Youkais se présente comme étant l’un des leaders dans la réalisation des travaux de préparation de sites, et des travaux de génie civil des ouvrages de centrales éléctriques et de stations de déssalement d’eau de mer.

Cette entreprise privées fait partie des rares sociétés algériennes retenues sur la liste des entreprises préqualifiées pour les appels d’offre des entreprises Energétiques Sonatrach et Sonelgaz. Un privilège qui s’explique par la proximité de son propriétaire avec Mohamed Arbak et un autre poids lourd des réseaux affairistes en Algérie : un certain Lamine Boustila, le fils du général de corps d’armée Ahmed Boustila, ancien patron de la Gendarmerie nationale, décédé le  14 octobre 2018 à l’âge de 74 ans.

C’est effectivement Lamine Boustila, richissime homme d’affaires présent dans plusieurs secteurs comme celui du cosmétique, l’industrie pharmaceutique avec sa société Abdi İbrahim Remede Pharma ou les ports secs avec sa société Fennec logistics, qui va permettre à Lies Brahim Bouzghoudi de s’introduire dans le secteur très fermé et hermétique de l’énergie en Algérie. C’est le fils du général Ahmed Boustila qui le mettra en contact avec Mohamed Arkab et les autres dirigeants de Sonelgaz.

Lamine Boustila va même offrir une opportunité en or à Lies Brahim Bouzghoudi : une association avec le géant turc le group Renaissance à partir de 2015/2016. Le géant turc a pris contact avec Lamine Boustila pour s’introduire dans le très juteux marché algérien de l’énergie. Et le fils du général Boustila va convaincre les trucs de s’associer avec le groupe privé Youkais. Grâce à Mohamed Arkab et d’autres responsables de Sonelgaz, les associés décrocheront de nombreux projets stratégiques comme celui obtenu, en 2016 concernant le marché de construction de l’usine de GE Algeria Turbines à Ain Yagout dans la wilaya de Batna.

A Alger, Youkais et group Renaissance avaient leurs bureaux respectifs dans la même villa à Ben Aknoun appartenant à la famille du général Boustila. Mais cette association va rapidement tourner au divorce après 2018 et les trucs se plaignent des menaces et des chantages exercés à leur contre par le milliardaire Lies Brahim Bouzghoudi. Le divorce avec les turcs de Renaissance est consommé, mais il reste au patron de Youkais Constructor SPA un allié de poids : Mohamed Arkab. Ce dernier leur trouvera toujours des marchés comme à Boutlilis Oran où Youkais prend un important marché de soudure, de manutention et de travaux mécaniques.

Mais le plus gros coup de Youkais demeure les projets des centrales à Biskra où Mohamed Arkab a permis à son ami  Lies Brahim Bouzghoudi d’accéder à des travaux d’ingénierie dans le cadre un marché de sous-traitance avec les sud-coréens de HDC. Un marché dont le montant dépasse l’équivalent de… 100 millions de dollars. Le ministre Mohamed Arkab est gentil et soigne bien ses amis. Sa générosité n’a plus de limites parce qu’en contrepartie…

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