Pauvreté en hausse et effondrement de la monnaie : pourquoi le scénario violent libanais risque de se produire en Algérie

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Un pays en faillite, un chômage qui explose, une pauvreté en hausse, voici les ingrédients explosifs qui nourrissent  des frustrations collectives qui alimentent des émeutes ou une violente protestation populaire. C’est ce qui vient de se passer en ce moment au Liban, un pays totalement fragilisé par sa profonde crise financière. Le Liban d’aujourd’hui est l’illustration parfaite des conséquences désastreuses économiques sur la situation politique d’un pays. Le danger qui guette plus que jamais l’Algérie. 

Des centaines de Libanais en colère ont participé aux funérailles d’un jeune homme tué dans des émeutes dans la nuit à Tripoli, dans le nord de la ville. Les affrontements avaient été déclenchés par l’effondrement de la monnaie nationale libanaise qui a fait monter en flèche les prix des denrées alimentaires. Alors que les funérailles commençaient dans l’après-midi, dans une rue voisine bordée de banques, des dizaines de manifestants ont lancé des cocktails Molotov, déclenchant des incendies dans au moins deux banques.

Les troupes se sont rapidement déployées dans la région pour tenter d’empêcher de nouvelles émeutes. La violence à Tripoli, deuxième ville du Liban avec un taux de chômage et une pauvreté en hausse, a éclaté pour la première fois tard dans la journée de lundi et a duré bien après minuit, alors que des manifestants en colère ont lancé des bombes incendiaires sur plusieurs banques et ont causé des dégâts importants.

Des manifestations ont également éclaté ailleurs au Liban, faisant de nombreux blessés et plus d’une douzaine de personnes détenues, selon l’armée libanaise. La colère du public s’est accrue contre les banques au Liban après qu’elles ont imposé des contrôles de capitaux sur les comptes des gens. Au cours du week-end, la livre libanaise a atteint un niveau record, avec 4 000 livres pour un dollar sur le marché noir alors que le prix officiel est resté à 1 507 livres.

Au Liban, la  situation risque de dégénérer encore dans les jours, voire semaines à venir car les difficultés économiques vont s’aggraver avec la paralysie mondiale provoquée par la pandémie du COVID-19. Ce scénario menace également l’Algérie, l’un des pays les plus fragiles en ce moment face à la nouvelle crise économique mondiale qui a vu le jour dans le sillage de la crise sanitaire du COVID-19.

Avec l’effondrement des prix du baril du baril, les finances de l’Etat algérien sont au rouge. L’année 2020 a commencé en Algérie avec un déficit qui a explosé. preuve en est, la balance commerciale de l’Algérie a connu un déficit de 1,23 milliard de dollars durant les deux premiers mois 2020, contre 686,51 millions de dollars à la même période de l’année dernière, en hausse de 79,16% ! Et ces chiffres vont encore prendre une tournure vertigineuse lorsqu’il faudra faire le bilan des mois de mars et avril, les deux mois les plus désastreux financièrement pour l’Algérie à cause des graves conséquences économiques de la pandémie mondiale du COVID-19.

Les exportations algériennes ont reculé de 27,89% en deux mois seulement, ont précisé à ce sujet les statistiques provisoires de la direction des études et de la prospective des Douanes (DEPD). Des revenus en devises en baisse de manière drastique, c’est un indicateur dangereux pour l’Algérie qui dépend à 98 % de ses exportations en hydrocarbures. En parallèle, les prix des produits alimentaires flambent sur le marché mondial et la menace d’une pénurie internationale guette l’Algérie, un pays dépend entièrement de ses importations pour couvrir plus de 50 % de ses besoins alimentaires.

Et comme au Liban, l’Algérie subira un effondrement de sa monnaie à la suite de l’épidémie du Coronavirus COVID-19. La monnaie algérienne doit encore être dévaluée pour permettre au peu de devises que gagnera l’Algérie de renflouer ses caisses afin de payer les salaires des fonctionnaires et donner des budgétaires aux ministères de l’Etat. Avec un investissement étranger quasi-inexistant et un Etat en manque d’argent pour relancer des investissements, la création des emplois sera paralysée et le chômage va exploser, tout comme au Liban.

L’Algérie, il lui restera l’équivalent de 12 à 13 milliards de dollars pour survivre à cette catastrophe économique d’ici la fin 2020. Mais ces réserves ne lui permettront même pas de résister 6 mois faute d’un modèle économique qui créé des richesses. En clair, tous les indicateurs rationnels démontrent que le scénario pourrait se produire en Algérie dés 2021 en raison de la détérioration gravissime de la situation financière et économique. Une détérioration qui sera accélérée par l’instabilité politique et les tensions provoquées par la répression arbitraire menée à l’encontre des manifestants du Hirak. Cette répression risque malheureusement de renforcer la colère populaire et de radicaliser un mouvement de protestation qui demeurait jusque-là pacifique et civilisé.

 

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