Documents exclusifs. La sécurité industrielle : l’autre business secret des hauts responsables du ministère de l’Energie

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La sécurité industrielle est un domaine pointu entièrement méconnu de l’opinion publique. Et pourtant, des enjeux financiers majeurs sont concernés par ce secteur. Sonatrach avait consacré une enveloppe à son programme, lancé en 2004, de 1,3 milliard de dollars pour la formation de cadres et techniciens spécialisés en sécurité industrielle pour deux années. Malheureusement, au ministère de l’Energie, l’autorité habilitée à délivrer de nombreuses autorisations nécessaires à la mise en marche des usines, unités de production ou des équipements industriels importés depuis l’étranger, des hauts responsables utilisent leurs fonctions pour s’enrichir illicitement et entretiennent des liens douteux avec des importateurs privés ou les représentants des sociétés étrangères. Explications. 

D’abord, un constat intrigant. Depuis 3 ans, au ministère de l’énergie, un homme cumule deux fonctions qui lui confèrent une influence notable suscitant ainsi une situation de conflit d’intérêts. En effet, Lyes Bounadjat est le sous-directeur chargé de la Sécurité Industrielle et du Contrôle Technique. Depuis encore 3 ans, il est également le sous-directeur chargé des produits sensibles. C’est ce haut responsable du ministère de l’Energie qui délivre les autorisations annuelles qui permettent l’approvisionnement continu sur le marché local en matières ou produits industriels réglementés ou les autorisations spécifiques qui concernent les produits industriels réglementés recensés et classés sur la liste tenue à jour par le Comité Interministériel siégeant auprès du Ministre charge de l’Energie à l’image des produits hautement sensibles.

Il a remplacé à la sous-direction chargée des produits sensibles Sofiane Fernani, un cadre dirigeant du ministère de l’Energie qui avait été muté vers le ministère des Ressources en Eau en 2017 pour devenir conseiller auprès du ministre Hocine Necib, un poste qu’il va obtenir grâce au parrainage d’un certain Réda Kouninef, l’influent milliardaire et cerveau occulte du régime Bouteflika. Sofiane Fernani fait partie de ces technocrates choyés par le clan des Kouninef. Son remplaçant Lyes Bounadjat était par la passé un simple ingénieur au niveau de la sous-direction  de la sécurité industrielle se retrouve aujourd’hui à la tête des deux sous-directions stratégiques du ministère de l’Energie. Pourquoi ? Parce qu’il était le chouchou préféré de l’ex-secrétaire générale du ministère de l’Energie, la controversée Fatma Zohra Chorfi, limogé récemment à la suite de plusieurs révélations faites par les investigations d’Algérie Part. 

Grâce à ce traitement de faveur, Lyes Bounadjat a hérité de privilèges qui ont fait le bonheur et l’aisance de ses prédécesseurs. Oui, l’ancien patron de la sous-direction de la sécurité industrielle, un certain Kamel Boukari, a quitté son poste en 2011 en se retrouvant avec une villa qui vaut 15 milliards de centimes. Ce bien immobilier est situé à Birkhadem dans la banlieue d’Alger.  Et comme hasard, aujourd’hui Lyes Bounadjat possède, a-t-on pu confirmer au cours de nos investigations, une villa à Bab Hassen et un appartement d’une valeur de 2,5 milliards de centimes à Chéraga. Un patrimoine impressionnant  que ne saurait justifier le salaire ordinaire et mensuel d’un simple fonctionnaire du ministère de l’Energie.
En vérité, ces fonctionnaires s’enrichissent facilement grâce à la générosité des sociétés privées et étrangères qui ont besoin des diverses autorisations pour en la mise en production de leurs usines et lancer leurs projets d’investissements. C’est à ses responsables du ministère de l’Energie de veiller à la conformité aux normes, des installations implantées sur le territoire national, de surveiller les établissements classés, en collaboration avec les services concernés de la direction de l’environnement, d’assister aux travaux de la commission de contrôle et de surveillance de chaque wilaya ou de mettre en œuvre la réglementation des produits industriels réglementés et contenants de gaz.
Au regard des lenteurs de l’administration algériennes et son niveau d’équipement très faible, les procédure bureaucratiques peuvent durer longtemps et compliquer les affaires des investisseurs ou industriels algériens comme étrangers. Pour remédier à ces problèmes, ces opérateurs économiques recourent à des intermédiaires pour entretenir des liens privilégiés avec les hauts responsables du ministère de l’Energie en charge de la sécurité industrielle ou des produits sensibles. A titre d’exemple, Lyes Bounadjat a été à maintes reprises invité à l’étranger et pris en charge par des sociétés étrangères comme Samsung. Une prise en charge au bout de laquelle le fonctionnaire du ministère de l’Energie traitera, par la suite, avec beaucoup de faveur les demandes d’autorisation de Samsung qui est impliqué dans plusieurs projets industriels en Algérie comme le montre l’un des documents exclusifs obtenus au cours de nos investigations.
Comment un fonctionnaire censé veiller sur la stricte application de la réglementation nationale peut-il faire son travail en toute neutralité s’il est invité à l’étranger et pris en charge par ces mêmes sociétés dont il doit contrôler les activités et leurs produits industriels importés en Algérie ? Un autre conflit d’intérêt flagrant et immoral.
Nous avons constaté malheureusement que ces responsables du ministère de l’Energie ne procèdent pas régulièrement à la vérification sur le terrain si les activités industrielles des opérateurs industriels en activité sont en conformité avec la réglementation algérienne. Souvent, pour ne pas dire dans la majorité des cas, les opérateurs étrangers ou privés présentent un simple certificat de conformité en provenance des pays où les équipements industriels sont importés pour obtenir les autorisations d’importation signées par les hauts commis du ministère de l’Energie. Une passivité qui reflète les privilèges obtenus par ces opérateurs privés et étrangers auprès de nos hauts responsables du ministère dirigé par Mohamed Arkab. Des privilèges obtenus grâce à des « cadeaux » et des « commissions généreuses » ayant permis aux responsables ministériels algériens d’acquérir des villas, des appartements, des voitures rutilantes, ETC…
Algérie Part poursuit ses investigations et reviendra sur ce dossier avec de nouvelles révélations dans ses publications à venir.

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