Blé, céréales et riz. La Russie et plusieurs pays producteurs suspendent leurs exportations : la sécurité alimentaire de l’Algérie en grand danger

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Vives inquiétudes depuis dimanche dernier au niveau de plusieurs organisations mondiales comme la FAO et l’OMC. Les échanges mondiaux et la fourniture des produits alimentaires seront fortement perturbés à cause des décisions de restriction des exportations imposées par les pays producteurs comme la Russie. 

 

En effet, les autorités Russes ont annoncé, dimanche 26 avril, qu’elle suspendait ses exportations de céréales, en particulier de blé, jusqu’au 1er juillet. La Russie a expliqué qu’elle a « entièrement épuisé » le quota de 7 millions de tonnes qu’elle s’était engagée à écouler d’ici au mois de juin. Il n’y aura donc plus aucun blé russe sur le marché mondial d’ici le mois de juillet prochain. La Russie est le premier exportateur mondial de blé et l’un des principaux producteurs et exportateurs de céréales du monde. Le gouvernement russe avait indiqué mi-mars envisager de mettre en place des restrictions d’exportations sur certains produits alimentaires en raison de la pandémie du nouveau coronavirus, afin d’assurer la stabilité du marché national. Pour certains analystes, la nouvelle annonce de la Russie, premier exportateur mondial de la céréale, pourrait raviver les craintes sur un marché mondial déjà sous tension.

Vendredi dernier, la tonne de blé tendre entrant dans la fabrication du pain se négociait à 199 euros à l’échéance rapprochée de mai sur l’Euronext.

En cause notamment, les inquiétudes liées aux conditions de sécheresse qui sévissent actuellement en Europe et autour de la mer Noire. Dans cette dernière zone désormais névralgique pour le marché du blé, l’Ukraine a aussi introduit une limitation de ses exportations de blé d’ici la fin juin.

D’autre part, depuis le 22 mars, le gouvernement kazakh a adopté une série de mesures protectionnistes visant à suspendre les échanges de certaines denrées alimentaires entre le Kazakhstan et le reste du monde. Ces mesures provisoires ont un impact sur le marché du blé au niveau mondial, le Kazakhstan en étant un important exportateur, mais aussi sur l’entente régionale, ses principaux clients étant des pays voisins. En 2019, le Kazakhstan  était ainsi le 8ème pays exportateur de blé brut. Mais c’est surtout sous une forme transformée qu’il exporte le blé : selon les dernières données disponibles en 2017, le pays le plus vaste d’Asie centrale était le deuxième exportateur mondial de farine de blé, avec 11 % des exports mondiaux selon la FAO.

Ces mauvaises nouvelles ont déjà fait grimper les prix du riz de 10% en provenance de ces deux pays en un mois. Le coronavirus rajoute un stress de plus sur les approvisionnements mondiaux. En Inde, premier exportateur mondial, il est devenu difficile depuis fin mars dernier de charger le maximum de riz sur les bateaux, au vu des difficultés de l’Inde à acheminer ses marchandises vers les ports. Ce pays premier exportateur mondial de riz est désorganisé par la pandémie. Le danger serait que l’Inde et la Thaïlande stoppent leurs exportations à leur tour. Ce qui serait une information catastrophique pour les pays acheteurs et importateurs de riz comme l’Algérie.

Toutes ces informations laissent planer la menace d’une crise alimentaire mondiale d’autant plus que la Chine, le plus grand pays au monde, ont renforcé significativement leurs stocks alimentaires provoquant la panique sur le marché mondiaux. Pour comprendre les enjeux de la situation de crise que vit le monde aujourd’hui,  55 % des stocks mondiaux des céréales sont en Chine. La Chine est en effet le premier producteur, le premier consommateur et le premier stockeur de céréales. La volonté de contrôler sa sécurité alimentaire y est farouche, tant pour assurer l’équilibre économique entre villes et campagnes que la stabilité politique du régime : les prix agricoles chinois sont les plus élevés du monde, le blé chinois s’échange à deux fois le prix européen !

Cette frénésie de chinoise de renforcer ses stocks alimentaires a aggravé les pénuries sur le marché mondial et l’augmentation des prix des produits alimentaires. Les autres pays fragiles commencent à souffrir de l’insécurité alimentaire. Depuis la mi-avril, des émeutes éclatent dans certains pays comme en Colombie ou au Panama. À cause du confinement et de la crise du coronavirus, ils n’ont plus de quoi s’acheter à manger. « Ce qui nous inquiète, c’est la récession économique qui va être engendrée par le coronavirus. On estime qu’il y a plus de personnes qui vont mourir à cause de cette récession qu’à cause du virus en lui-même », s’alarme Tiphaine Walton, porte-parole du Programme alimentaire mondial de l’ONU. La production agricole mondiale est pourtant suffisante pour nourrir toute la planète, mais avec l’épidémie, les problèmes d’approvisionnement touchent de plein fouet les pays dépendants de leurs importations à l’étranger.

L’Algérie fait partie, malheureusement, de cette catégorie de pays. 70 % des besoins alimentaires de l’Algérie sont satisfaits par l’importation des denrées alimentaires. Le 1/4 des calories consommées sont uniquement produites en Algérie.

L’Algérie importe pour l’équivalent de 600 millions d’africains, nous apprend l’expert algérien Sofiane Benadjila, diplômé de l’École Nationale Supérieure Agronomique (Ensa : ex INA) et spécialiste dans recherche agronomique. Ce dernier a recoupé tous les chiffres officiels et fiables, notamment ceux de la Banque Africaine de Développement, pour dresser un rapport complet et détaillé sur la souveraineté alimentaire de notre pays.

L’Algérie qui ne représente que 3% de la population africaine importe pour l’équivalent de 30 % des besoins africains en produits alimentaires. Le continent africain importé en 2015 pour l’équivalent de 35 milliards de dollars de produits alimentaires, indique la Banque Africaine du Développement. Les importations de l’Algérie représentent à elles-seules plus de 11 milliards de dollars.  Le constat est terrifiant et soulève de nombreuses interrogations sur la politique agricole qui a fait faillite dans notre pays. Et pendant ce temps-là, le gouvernement ne cesse d’annoncer que la production agricole nationale est en nette augmentation avec une croissance qui aurait atteint ces dernières années 11 %. L’expert Sofiane Benadjila doute fortement du bien-fondé de ces chiffres qui s’avèrent être une immense supercherie.

Il y  a donc urgence de mettre en place un plan d’action pour éviter à l’Algérie de subir des pénuries alimentaires qui mettront en danger sa stabilité et sa sécurité nationale.

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