Pétrole et gaz : pourquoi l’Algérie ne peut plus compter sur ses réserves

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GRANGEMOUTH, SCOTLAND - NOVEMBER 1: BP's Huge oil refinery complex continues it's 24 hour production of petroleum and gas, November 1, 2004 at Grangemouth in central Scotland. Continuing instability in the Middle East is propping the price of crude oil at close to $50 a barrel, impacting in turn on global economies. (Photo by Christopher Furlong/Getty Images)

Les réserves en hydrocarbures de l’Algérie lui permettront de continuer à produire pendant 27 années du pétrole et du gaz. Cette information est, malheureusement, infondée car l’état actuel des réserves des hydrocarbures ne lui permettront pas lui garantir un niveau de production satisfaisant face aux besoins internes qui ne cessent d’augmenter en Algérie. Explications. 

« Les réserves prouvées de l’Algérie en matière de pétrole sont de 1.340 millions de tonnes, soit 10 milliards de barils et à ce rythme actuel, nous avons encore 27 années de production », a dit ainsi Mohamed Arkab hier dimanche lors de son passage à l’émission invité de la rédaction de la Chaine III de la radio nationale.

En plus de ses réserves de brut, Mohamed Arkab a cité « les réserves de gaz naturel qui sont de 2.368 milliards de mètres cubes, auxquels s’ajoutent 260 millions de tonnes de condensat, soit l’équivalent de 4,1 milliards de tonnes de pétrole (Tep) ». Ces réserves permettent à l’Algérie de développer son industrie pétrochimique, créer la richesse et contribuer à la relance économique.

Les déclarations de l’actuel ministre de l’Energie ne sont pas fondées car la situation de nos réserves d’hydrocarbures est beaucoup plus complexe. En mars 2018,  l’agence américaine d’information en énergie (EIA) à rendues publiques à Washington un rapport qui parle précisément du secteur de l’énergie algérien.

« L’Algérie détenait des réserves prouvées de 12,2 milliards de barils au début de l’année 2018″ , avait précisé l’EIA (Energy Information Administration) dans son analyse. Ceci dit, l’exploitation de la plupart de ses réserves nécessitent des investissements colossaux d’autant plus qu’il s’agit en bonne partie de ressources importantes de pétrole et de gaz de schiste.

Par ailleurs, l’EIA a pris le soin de souligner que les gisements traditionnels et historiques de l’Algérie subissent une inquiétante baisse de production. L’agence américaine avait fait référence à la production des gisements en exploitation en particulier ceux d’Illizi, de Berkine ou de Hassi Messaoud-Dahar, qui contient à lui seul 71% des réserves pétrolières prouvées du pays. A Hassi Mesaoud, l’Algérie produit quotidiennement près de 350 mille barils de pétrole. Or, cette production ne cesse de baisser d’une année à une autre. Et selon des rapports de conjoncture établis par les services de Sonatrach notamment la division exploration, ce puits va s’épuiser progressivement et d’ici 20, il ne pourra pas produire au-delà de 100 mille barils par jour.

Ce constat a été confirmé par l’EIA en mars 2019 d’après laquelle l’Algérie doit faire face à l’amélioration de la récupération dans ses champs matures pour préserver les niveaux d’extraction de brut.  » Sans investissement supplémentaire en amont, le taux de déclin devrait augmenter, entraînant une baisse de la production « , avait indiqué l’EIA qui n’a pas tari d’éloge sur les qualités du  pétrole produit en Algérie, un brut léger de haute qualité à teneur réduite en soufre.

En parallèle, Sonatrach doit aussi faire face au déclin de son plus grand gisement gazier, Hassi R’mel, qui compte à lui seul plus de 85 trillions de pieds cubes, soit plus de la moitié des réserves conventionnelles prouvés de gaz naturel. D’ailleurs, la Sonatrach a entamé un programme d’investissement de deux milliards de dollars pour stopper le déclin de ce méga gisement dont le réservoir a été « endommagé » par  » une surproduction et le manque d’investissement », avait expliqué dans son rapport l’agence américaine.

Concernant les ressources gigantesques en gaz de schiste de l’Algérie, l’EIA a reconnu que l’Algérie détient les troisièmes plus grandes réserves de schiste au monde juste après la Chine et l’Argentine. L’EIA avait, alors, estimé ces réserves à 707 trillions de pieds cubes.

Mais l’exploitation des vastes ressources de schiste du pays  » se heurte à de nombreux obstacles « , notamment l’emplacement éloigné des gisements, le manque d’infrastructures comme les routes et les pipelines et la disponibilité de l’eau. Ainsi, l’Algérie a besoin de plusieurs dizaines de milliards de dollars pour exploiter qu’une petite partie de son gaz de schiste. Or, pour ce faire, il faut des investissements étrangers conséquents, l’implication des plus grosses sociétés américaines ainsi qu’une stabilité politique interne. L’Algérie ne réunit aucune de ces conditions et l’opinion publique algérienne est farouchement opposée à l’exploitation des ressources en gaz de schiste.

Dans ces conditions, les prévisions de Mohamed Arkab, ministre de l’Energie, s’avèrent totalement fausses. Une production classique en baisse, des gisements en déclin et un potentiel encore inexploité qui existe certes, mais qui nécessite des ressources financières gigantesques indisponibles en Algérie. C’est pour cette raison que la production des hydrocarbures est en baisse en Algérie depuis 2018. En avril 2018, l’OPEP a confirmé dans son rapport que la production pétrolière algérienne a baissé de plus de 70 mille barils de pétrole par jour. L’Algérie depuis 2018 produit moins de 1 million de barils par jour. Plus exactement, en 2018 l’Algérie a produit 966 mille barils par jour. Jamais depuis plus de 30 ans, la production pétrolière de l’Algérie n’est descendue sous la barre d’un million de barils par jour.

Les chiffres ne mentent pas et il est difficile de les manipuler à sa guise. Prenons le cas de la production gazière,  elle a baissé d’au moins en 2019 de 5 milliards de m3 attendue cette année alors que la consommation algérienne, elle, continue de croître (+ 2 milliards de m3). En 2019, les ventes de gaz algérien à l’Europe ont baissé de 25 %.

Les livraisons de gazoducs de l’Algérie à l’Europe se sont élevées à 20,8 milliards de mètres cubes en 2019, soit une forte baisse d’une année sur l’autre d’environ 35%. Les baisses annuelles des exportations vers l’Italie et l’Espagne ont atteint respectivement 38,5% et 31% l’an dernier. En effet, si la Sonatrach a résisté aux appels des acheteurs européens pour réduire la domination de l’indexation du pétrole dans les contrats à long terme existants pour son gaz canalisé, mais les clients souhaitent une part beaucoup plus importante du lien avec les prix des hubs de gaz européens. Pendant ce temps, l’Algérie a envoyé 16,33 milliards de m3 de gaz sous forme de GNL en 2019, beaucoup plus que le volume de gazoduc qu’elle a fourni à l’Italie ou à l’Espagne. Cela contrastait fortement avec la situation de 2018, lorsque les exportations totales de GNL de l’Algérie dans le monde étaient inférieures à la quantité de gazoduc qu’elle a fourni à l’Italie ou à l’Espagne.

Malheureusement, Mohamed Arkab ne veut pas dire ces vérités aux Algériens. L’actuel pouvoir politique continue de régner par le mensonge au lieu de travailler sur une véritable alternative pour sauver le pays de la menace certaine d’une faillite de son système rentier.

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