Contrairement à l’Algérie, la Tunisie et le Maroc ont dessiné des stratégies réfléchies pour préparer le déconfinement

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Sans le dire publiquement ni l’assumer officiellement, les autorités algériennes travaillent sur le lancement du déconfinement général du pays à partir de la fin de ce mois d’avril. Mais, malheureusement, force est de constater que ce travail ne repose sur aucune référence scientifique. Ni enquête épidémiologique approfondie à l’échelle collective, ni application de surveillance de la circulation de l’épidémie, ni généralisation du port du masque ou renforcement des capacités de dépistage, aucun de ces axes n’a été étudié par le gouvernement algérien. Et, pourtant, il a décidé hier samedi soir la réouverture de plusieurs commerces de proximité qui ne manqueront pas de drainer des foules en cette période du mois sacré du Ramadan. 

Ailleurs dans le monde, les gouvernements gèrent de manière beaucoup plus sérieuse et professionnelle ce dossier délicat. En Tunisie, notre voisin de l’est, le gouvernement tunisien a édifié une stratégie de déconfinement qui commencera le 4 mai prochain. Cette stratégique est basée sur « des mesures spécifiques » qui seront « appliquées ». « Elles seront ciblées et vont varier en fonction des régions et des secteurs d’activités. D’où le défi logistique », a précisé à ce sujet le ministre tunisien de la Santé, Abdellatif Mekki.

Par ailleurs, la Tunisie a prévu la généralisation des tests rapides.  Les premiers tests ont commencé le mardi 21 avril 2020 au niveau des régions du Grand Tunis et Kébili. « Nous allons évaluer les résultats obtenus. En fonction de cela, nous ajusterons la manière de leur utilisation avant d’entamer un recours généralisé aux tests rapides. Il y aura un ciblage de la population », a expliqué à ce sujet le ministre de la Santé tunisien.

Par mesure de précaution, certains commerces ne pourront pas ouvrir avant la fin du mois de Ramadan. A ce sujet, le ministre du Commerce tunisien  Mohamed Msillini a annoncé que les magasins de vêtements et de vente de chaussures seront rouverts uniquement en vue de célébrer la fête de l’Aïd. En clair, pendant les premières semaines du mois de Ramadhan, aucun magasin de vêtements ne sera rouvert avant la fin du mois du Ramadhan.

Les Tunisiens sont confinés depuis le 23 mars et le chef du gouvernement tunisien, Elyes Fakhfakh, a annoncé, le 19 avril dernier que le confinement général se poursuivra jusqu’au dimanche 3 mai 2020 tout en précisant que le déconfinement se fera progressivement et par étapes à partir du lundi 4 mai.

Au Maroc, le gouvernement a recouru à un cabinet américain international pour élaborer une stratégie de déconfinement général efficace. Il s’agit du Boston Consulting Group (BCG), l’un des plus gros cabinets de consulting dans le monde. Il s’agit d’un leader mondial secteur avec 88 bureaux dans 48 pays, 5600 consultants (dont environ 500 en France), 700 associés  et un chiffre d’affaires de 6,3 milliards de dollars (chiffre 2017).

Au départ, le gouvernement marocain a recouru à l’Institut Amadeus, un think tank marocain indépendant basé à Rabat, spécialisé dans l’analyse et la création de débats concernant la thématique la coopération sud-sud et nord-sud qui a été classé à la 18e place mondiale des centres de recherches ayant moins de 5 ans, en 2012 par l’Universté de Pennsylvanie dans le Global Go-To Think Tank Ranking Report, pour élaborer la modélisation de l’étape post-confinement généralisé qui doit s’arrêter au Maroc le 20 mai prochain.

Le Maroc travaille ainsi avec des cabinets de  stratégie et des cercles de réflexion pour définir une politique de déconfinement résolument volontariste, réaliste et pragmatique, tout aussi efficace que la première salve de riposte face la propagation du nouveau coronavirus dans le pays. Oui, plusieurs organisations mondiales et des dirigeants occidentaux ont considéré le Maroc comme l’un des exemples de réussite en matière de lutte contre l’épidémie du coronavirus COVID-19  grâce au confinement, à l’obligation de porter des masques en extérieur, à la multiplication par deux du nombre de lits de réanimation, à l’augmentation des tests de dépistages quotidiens et au suivi des cas contacts. Le taux de létalité, de 4,2% le 24 avril au Maroc est en baisse constante depuis deux semaines, alors que 83% des lits de réanimation consacrés au Covid-19 sont disponibles.

Pour comprendre uniquement la différence entre l’Algérie et le Maroc, il suffit juste de rappeler que depuis le début de l’épidémie du coronavirus COVID-19, le taux de létalité dépasse les 10 % en Algérie. Il s’agit du taux le plus élevé dans le monde. Et malheureusement, si nos voisins travaillent nuit et jour pour réfléchir sur des stratégies scientifiques et rationnelles, les autorités algériennes, quant à elles, préfèrent le populisme et sensationalisme comme réponse à la pire pandémie contemporaine. C’est inquiétant…

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