Lex prix du blé flambent et les stocks de l’Algérie en danger : énorme risque de pénurie au cours du Ramadhan

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Comme il était craint par de nombreux experts et spécialistes de la sécurité alimentaire, l’épidémie du coronavirus COVID-19 a provoqué d’importantes perturbations sur le marché mondial et depuis le 7 Avril dernier, l’Algérie n’a pas pu trouver de nouvelles quantités de blé pour l’importer sur le sol algérien. Le dernier appel d’offres lancé par l’acquisition de 50 000 tonnes de blé a été annulé le 7 avril dernier par l’Office Algérien interprofessionnel des céréales (OAIC).  Cette annulation a été motivée par la montée des prix sur les produits de base suite à la hausse de la demande.

Cette hausse se poursuit aujourd’hui encore et les prix oscillent en ce moment entre 225 et 230 dollars la tonne. Dés le début de l’épidémie dans le monde, de nombreux pics de consommation ont été enregistrés dans plusieurs pays à travers le monde. Cette augmentation soudaine de la demande a été causée par des consommateurs qui accumulent des stocks.

Le stockage généralisé dans les villes du Maghreb ou de l’Egypte, les principaux importateurs de blé dans le monde, par les consommateurs qui cherchent à surmonter la pandémie de coronavirus a fait grimper les prix des céréales, poussant la sécurité alimentaire à l’agenda des pays exportateurs de produits alimentaires et des pays qui en dépendent.

Malheureusement, au lieu de rassurer l’opinion publique et de gérer convenablement ses stocks, l’Algérie a fait les mêmes erreurs que d’autres pays à l’image du Maroc et les Philippines, à savoir elle a intensifié ses efforts pour augmenter leurs réserves de céréales créant ainsi une tension palpable sur le marché mondial où l’offre est inférieure à la demande.

Et pour cause, sur le marché mondial des produits alimentaires, de grands producteurs, dont le premier producteur de blé la Russie, et le troisième exportateur mondial de riz, le Vietnam, ont imposé des restrictions sur les ventes à l’étranger. Les gros importateurs ont également été effrayés par des goulots d’étranglement logistiques, notamment le manque de chauffeurs de camions et de trains et de personnel portuaire en France, un autre grand exportateur de blé.

Bien que d’autres marchés de matières premières aient plongé ces dernières semaines, le stockage a  soutenu au cours de ce mois d’avril les prix des céréales. Le 5 avril dernier, le blé négocié sur le marché à terme de Chicago a augmenté de 10% depuis la mi-mars pour atteindre 5,50 $ le boisseau, tandis que les prix physiques du blé français ont augmenté de 11%. Les prix de référence du riz vietnamien ont augmenté de 14% pour atteindre 410 dollars la tonne depuis le début de l’année.

Les stocks mondiaux de blé pour 2019-2020 devraient être de 277 millions, légèrement plus élevés que l’année précédente et 3% au-dessus de la moyenne quinquennale, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. Les stocks mondiaux de riz sont proches du niveau record de l’an dernier, suffisant pour couvrir la demande de quatre mois.

Malgré cela, les restrictions à l’exportation, les hausses de prix et la ruée vers les stocks pourraient encore avoir un effet négatif, préviennent les analystes.

Certains pays exportateurs, en particulier ceux qui ont été touchés par la tourmente des devises des marchés émergents, ont pris des mesures pour limiter les exportations alors qu’ils s’inquiètent de l’inflation des prix des denrées alimentaires sur le marché intérieur, qui s’est aggravée en raison des achats de panique dans les supermarchés.

En Russie, la baisse de 16% du rouble par rapport au dollar signifie que les agriculteurs ne veulent pas vendre leur blé aux minotiers nationaux, optant plutôt pour les marchés d’exportation où ils peuvent gagner de l’argent. La semaine dernière, Moscou a proposé d’imposer un quota de 7 millions de tonnes à ses exportations de blé entre avril et juin, ainsi que de libérer des céréales de ses réserves d’État. « Le rouble s’est considérablement affaibli et les autorités s’inquiétaient, car de nombreux articles [alimentaires] sont devenus plus chers », a déclaré Andrey Sizov, du cabinet de conseil céréalier SovEcon. «Il y a eu beaucoup de pression sur les autorités pour faire quelque chose car les meuniers étaient mécontents ainsi que les éleveurs qui doivent nourrir leurs animaux.»

Il est à signaler enfin que l’Algérie occupe la place au troisième rang des pays importateurs de céréales au monde, derrière l’Égypte et l’Indonésie. Il faut savoir que l’OAIC gère un immense marché dépassant les 3 milliard de dollars chaque année. cet organisme étatique chargé de gérer pas moins de 3,1 milliards de dollars pour l’achat des céréales à l’étranger. Le blé est un enjeu majeur pour l’Algérie dont la consommation nationale atteint 10 millions de tonnes.

Aujourd’hui, avec l’effondrement des prix du baril du pétrole, l’Algérie est très fragilisée financièrement. C’est certainement pour cette raison qu’elle a suspendu son opération d’acquisition de 50 mille tonnes de blé le 7 avril dernier. Mais le plus gros problème est l’état actuel des stocks des céréales. Avec une production nationale qui varie entre 2 et 3 millions de tonnes par an, et un véritable pic de consommation lié au confinement et au début du mois sacré du Ramadhan, les stocks de l’Algérie devront baisser de 5 mois à moins de 3 mois ! Cela signifie que si les tensions sur le marché mondial subsisteront encore au début de l’été prochain, l’Algérie risque ne plus trouver les quantités nécessaires pour nourrir sa population. C’est un scénario catastrophique qui n’est pas irréel. C’est, malheureusement, une menace qu’il faut prendre très au sérieux car tous les indicateurs démontrent que le monde est sur le bord d’une crise alimentaire sans précédent. Malheureusement, les autorités algériennes ne font preuve d’aucune transparence et ne communiquent pas sur la situation réelle des stocks des céréales pour sensibiliser les citoyens et les appeler à faire de responsabilité.

D’autre part, aucune action n’a été entreprise pour augmenter les capacités des stockages de notre pays pour affronter une situation mondiale inédite et inouïe exposant ainsi les Algériens aux dangers des pénuries alimentaires notamment celle de la farine et la semoule, deux produits alimentaires de base. En plus de faire face à un blé cher, l’Algérie devra trouver de l’argent pour financer les subventions des prix de ces produits alimentaires de base. Pour l’année de 2020, il s’agit d’un budget qui dépassera l’équivalent de 17 milliards de dollars en termes de transferts sociaux. Les mois à venir apporteront des défis majeurs pour l’avenir de l’Algérie.

 

 

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