Exclusif. 150 milliards de centimes de tchippa donnés au général Belkecir : le rapport de la DCSA qui a été étrangement étouffé

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Depuis sa fuite à l’étranger à la fin de l’été 2019, le général Ghali Belkecir, l’ancien commandant de la gendarmerie nationale, et sans doute le général le plus corrompu de l’armée algérienne en raison de tous les scandales dans lesquels il est impliqué, nargue ses victimes et humilie les autorités algériennes qui peinent à entamer des poursuites judiciaires à son encontre. 

Comme il avait été révélé récemment par Algérie Part, le général Ghali Belkecir se trouve à Dubai depuis le début du confinement provoqué par la pandémie mondiale du coronavirus COVID-19. Et si au sud de l’Espagne, dans les environs de Malaga, le général Ghali Belkecir s’est constitué un impressionnant patrimoine immobilier, à Dubai, l’ex-commandant de la gendarmerie nationale algérienne, a pu rassembler des sommes faramineuses d’argent pour les dissimuler dans des comptes bancaires.

Mais à Alger, cette fortune colossale accumulée par le général Ghali Belkecir n’était pas méconnue des autorités militaires. A début du mois de mai 2019, un rapport accablant à l’encontre du général Ghali Belkecir a été dressé par Direction Centrale de la Sécurité de l’Armée (DCSA). Dans ce rapport remis au cabinet du chef d’Etat-Major de l’ANP, le défunt Ahmed Gaid Salah, il est clairement mentionné que le général Ghali Belkecir traitait un deal avec le milliardaire Mourad Oulmi, l’un des oligarques les plus riches du pays et l’un des membres les plus actifs du clan présidentiel des Bouteflika. Ce rapport raconte avec précision comment le général Belkecir avait touché un pot-de-vin à hauteur de 150 milliards de centimes en contrepartie d’une protection que le patron de la gendarmerie nationale à l’époque s’était engagée à offrir au milliardaire Mourad Oulmi, dont la fortune dépasse les 1,2 milliard de dollars selon nos estimations en se basant sur ses actifs financiers et immobiliers.

A cette époque, et jusqu’à aujourd’hui, la brigade de recherches de la gendarmerie nationale de Bab Jedid qui était chargée de mener les enquêtes sur des faits préliminaires de corruption impliquant tous les oligarques issus de l’entourage du clan présidentiel des Bouteflika, à savoir le Président Abdelaziz et son frère le puissant conseiller Said. Au début du mois d’avril, Mourad Oulmi était à l’étranger et ne voulait pas revenir sur le territoire national. Son frère, Khider Oulmi, co-gérant du groupe SOVAC, propriétaire de l’usine de montage et d’assemblage des véhicules du groupe allemand Volkswagen à Relizane, se trouvait quant à lui sur le territoire national et faisait l’objet d’une interdiction de quitter le territoire national (ISTN) depuis le mois de février 2019.

L’un des associés et partenaires des Oulmi s’appelle Amine Djerbou. Il s’agit d’un homme d’affaires qui entretient de très bonnes relations avec le général Ghali Belkecir et le premier responsable de la brigade de recherches de Bab Jedid, le colonel Mourad Zaghdoudi.

Au début du mois d’avril, Khider Oulmi entame des négociations secrètes avec le colonel Zaghdoudi pour trouver un « terrain d’entente » qui pourrait garantir une protection à son frère en fuite à l’étranger. Zaghdoudi a servi d’intermédiaire entre les Oulmi et le général Ghali Belkecir dans ces négociations. Un deal fut officiellement conclu : les Oulmi versent 150 milliards de centimes au colonel Mourad Zaghdoudi et à son patron Ghali Belkecir. Une partie de cette somme a été versée en devises à l’étranger au profit des intimes et les hommes de main de Belkecir. Une autre partie en dinars à été versée au profit de Zaghdoudi et Belkecir. Un plan machiavélique a été tracé : Mourad Oulmi revient de l’étranger, il se déplace à la brigade Bab Jedid pour quelques auditions et le dossier sera ensuite clos. Mais ce scénario sera saboté par le rapport dressé par la DCSA commandée à l’époque par le colonel Nabil Boubekeur, alias BOB. Un rapport qui va s’appuyer sur les révélations faites par le colonel Mourad Zaghdoudi arrêté le 21 avril 2019 pour tentative de dissimulation de dossiers compromettants impliquant de grosses fortunes en Algérie.

Ce rapport suscitera les doutes et l’exaspération du ministère de la Défense nationale. Pour se défendre et survivre à la colère d’Ahmed Gaid Salah, Ghali Belkecir devait changer de stratégie en toute urgence.  Il envoie un émissaire aux Oulmi pour leur expliquer que le plan a totalement changé. L’un des deux frères doit entrer en prison pour ne pas confirmer les doutes de l’Etat-Major de l’ANP.

Mourad Oulmi de retour sur le sol national à la fin du mois d’avril 2019 doit oublier l’impunité totale dont il rêvait et pour laquelle il a chèrement payé. Avec son frère Khider, il s’entend sur un nouveau plan. Khider Oulmi se retire de la société SOVAC et vend ses parts au gérant Mourad Oulmi. Pour racheter ces parts, Mourad Oulmi cède une bonne partie de ces biens immobiliers à son frère Khider. L’opération s’est déroulée en deux semaines avant la convocation officielle de Mourad Oulmi par la brigade de recherches de Bab Jedid le 13 juin 2019. Les frères Oulmi changent les statuts de SOVAC et diminuent leur patrimoine pour empêcher la justice algérienne de les saisir ou d’aggraver les chefs d’inculpation qui risquent d’être formulées à leur encontre.

Le général Ghali Belkecir a pris un nouveau engagement : sauver le frère de Mourad Oulmi, Khider et permettre ainsi aux Oulmi de continuer de dissimuler leurs biens et une partie de leur fortune. Le nouveau plan est mis en marche : Mourad Oulmi est convoqué le 13 juin 2019 par la brigade de recherches de la gendarmerie nationale. Et le 17 juin 2019, le milliardaire est officiellement incarcéré à la prison d’El-Harrach. Quant à Khider Oulmi, il sera préservé et la justice algérienne ne va pas l’inquiéter. Il est uniquement placé sous contrôle judiciaire. Et à partir de février 2020, Khider Oulmi reprend son travail à SOVAC après avoir été rappelé par l’administrateur du groupe qui avait été désigné par les autorités algériennes.

Pour sa part, le général Ghali Belkecir s’est envolé à l’étranger où il a profité de tout son argent en Espagne et à Dubai.

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