Plus de 1800 employés à la direction générale, une quarantaine de conseillers mieux payés que des ministres : Sonatrach plombée par le « social » et impuissante face à la crise

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A general view of the headquarters building of Algerian state energy company Sonatrach in Algiers, Algeria, February 8, 2015. After a deep slide in oil prices, Algeria's state energy company Sonatrach is shifting strategy to offer foreign companies direct negotiations over 20 oil and gas fields in a bid to draw in wary investors and increase output. Picture taken February 8, 2015. REUTERS/Ramzi Boudina EDITORIAL USE ONLY. NO RESALES. NO ARCHIVE

Sonatrach est le poumon économique du pays. Mais le premier et presque seul pourvoyeur de devises de l’Algérie est incapable d’imaginer des solutions face à une crise pétrolière mondiale qui s’aggrave de jour en jour. Pourquoi ? Parce que la compagnie nationale des hydrocarbures est régie depuis de longues années par le « social », à savoir les recrutements de complaisance, la gestion populiste des effectifs qui privilégie le clanisme au détriment de la compétence ou le mérite intellectuel. Explications. 

Officiellement, Sonatrach emploie plus de 200 mille employés à travers ses 154 filiales. Aucune grosse compagnie dans le monde n’emploie un aussi grand effectif. Shell, ExxonMobil, Total, ENI, Chevron, Saudi Aramco, aucune compagnie pétrolière dans le monde n’emploie un effectif dépassant les 100 mille ouvriers ou employés. Et pourtant, ces compagnies gagnent beaucoup d’argent et réalisent des chiffres d’affaires allant jusqu’à plus de 400 milliards de dollars, soit 11 fois plus que la Sonatrach algérienne.

En vérité, une seule compagnie pétrolière dans le monde a un effectif supérieur à celui de la Sonatrach. Il s’agit de Petrochina, la plus grande compagnie pétrolière chinoise. Elle emploie plus de 450 mille travailleurs. Mais son chiffre d’affaires est de 157 milliards de dollars par an. Il n’y a donc aucune comparaison avec Sonatrach et ses 30 à 33 milliards de dollars de revenus par an.  Le constat est donc clair : Sonatrach compte énormément de postes d’emploi qui n’ont aucun impact économique ou financier sur le groupe et ses filiales. En clair, il s’agit d’emplois fictifs qui ne servent aucune logique économique. Appelons les choses par leur vrai nom : il s’agit du « social », à savoir créé des emplois juste pour donner des salaires à des travailleurs qui n’ont aucune productivité.

Mais cette pratique ne concerne pas uniquement les filiales ou les unités de production dans le sud du pays. Non, le drame du « social » touche de plein fouet la direction générale de Sonatrach, le centre névralgique du groupe, là où les décisions sont prises, réfléchies et des plans d’action élaborés pour obtenir des revenus en devises à l’Algérie.

En effet, rien que la direction générale de Sonatrach située à Hydra emploie plus de 1800 personnes. Selon nos sources, un audit interne effectué récemment par un cabinet américain au profit de Sonatrach pour lui permettre d’améliorer son management a dévoilé que 70 % des employés de la direction générale de Sonatrach n’ont aucune utilité. Beaucoup d’entre eux ont été recrutés pour gonfler les effectifs et exécutent des tâches superficielles et totalement superflues.

La Sonatrach compte également une armée de cadres dirigeants. Mais que font-ils ? Que produisent-ils comme richesse pour la compagnie nationale des hydrocarbures ? Quelle valeur ajoutée rapportent-ils à la Sonatrach ? Rien, absolument rien. Beaucoup de ces cadres dirigeants ont été recrutés parce qu’ils sont les « cousins » d’un haut responsable politique, les enfants d’un dirigeant, d’un général ou colonel de l’Armée algérienne, les amis intimes du PDG et de sa famille.

Mais le plus étonnant demeure le nombre élevé des « conseillers ». Nous avons découvert au cours de nos investigations que Sonatrach compte près de 40 « conseillers » du PDG. Chaque conseiller dispose de deux véhicules de service, d’un salaire de 40 millions de centimes, un salaire plus élevé que celui d’un ministre au gouvernement, sans compter les autres avantages sociaux. Mais ces conseillers servent à quoi exactement ? Quels sont les conseils précieux prodigués par ces « conseillers » à la direction générale de Sonatrach ? Aucune réponse. Et aucune donnée palpable n’a pu être réunie au cours de nos investigations.  A chaque fois qu’un nouveau PDG est nommé, ce dernier ramène avec lui de « nouveaux conseillers ». Il s’agit la plupart du temps de ses copains, amis ou anciens compagnons de parcours. Malheureusement, très peu de ces conseillers ont produit des études de stratégie, des études de marchés ou de perspectives pour orienter la direction générale de Sonatrach sur la voie de la croissance et du pragmatisme.

Aujourd’hui, face à la plus grande crise historique des hydrocarbures dans le monde, la Sonatrach patine dans son « social » maladif qui l’empêche plus que jamais d’agir pour trouver des solutions ingénieuses à notre secteur de l’énergie.

 

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