Décryptage. Pourquoi les prix du pétrole ne vont pas remonter avant longtemps

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GRANGEMOUTH, SCOTLAND - NOVEMBER 1: BP's Huge oil refinery complex continues it's 24 hour production of petroleum and gas, November 1, 2004 at Grangemouth in central Scotland. Continuing instability in the Middle East is propping the price of crude oil at close to $50 a barrel, impacting in turn on global economies. (Photo by Christopher Furlong/Getty Images)

Ce mardi 21 avril, le porte-parole de la présidence algérienne a rassuré lors d’une conférence de presse que « nous maitrisons la situation actuelle provoquée par la chute des prix du baril du pétrole ». Le mot maîtriser dans la bouche de ce porte-parole est naturellement une provocation au bon sens car l’Algérie n’est qu’un petit acteur de l’énergie mondiale qui n’a aucune influence sur les cours des évènements actuels. En plus, le porte-parole de la présidence algérienne n’a pas voulu dire la vérité aux Algériens parce que tout simplement il l’ignore. En réalité, les prix du baril du pétrole ne vont pas remonter avant longtemps, peut-être même très longtemps. Explications. 

L’agence Internationale de l’Energie (l’AIE) avait lancé récemment un avertissement qu’il n’a pas été pris suffisamment au sérieux : la baisse de la demande de pétrole au deuxième trimestre sera probablement de 23 millions de barils jours par rapport à l’année dernière. L’OPEP+ s’est accordée sur une baisse de 9,7 millions de barils jour. L’offre dépasse donc largement la demande et ceci fait pression sur les prix. D’avril jusqu’au mois de juin prochain, l’offre sera nettement supérieure à la demande. A cause du confinement et de la paralysie des plus grosses économies mondiales provoquées par la pandémie du COVID-19, la demande mondiale des hydrocarbures ne vont pas du tout redémarrer avant l’été prochain.

Cela signifie quoi ? Durant ces prochaines semaines, les pétroliers du monde entier auront un seul souci : gérer l’excès de l’offre doit être stockée. L’industrie pétrolière est une industrie à flux tendus et les capacités de stockage sont modestes en regard de la production. C’est la raison pour laquelle nous avons vu un effondrement des prix spot du pétrole, et même des prix négatifs. Si l’on a acheté du pétrole et qu’il doit être livré à brève échéance, il faut se préparer à le stocker. Les réservoirs arrivent à plein et stocker devient difficile. Certains préfèrent alors payer pour ne pas être livrés, jusqu’à plusieurs dizaines de dollars le baril comme nous l’avons constaté hier sur le marché américain.

Maintenant, il faut savoir que le secteur des transports représentent de 60 jusqu’à 65 % de la consommation mondiale du pétrole brut. Ce pétrole qui va dans les transports n’est cependant pas consommé juste pour les transports terrestres. Sur les 2.160 millions de tonnes de produits pétroliers utilisés pour déplacer des bonhommes ou des marchandises, nous allons aussi trouver :

  • les transports aériens – qui sont surtout du transport de personnes – qui consomment environ 250 millions de tonnes de carburéacteur – encore appelé kérosène, ou jet fuel en anglais – par an, soit environ 11% de la consommation mondiale de produits pétroliers dans les transports (ce qui semble peu, mais représente en fait beaucoup quand on pense que le transport aérien est concentré sur quelques % de la population mondiale seulement).
  • les transports maritimes – qui sont surtout du transport de marchandises – qui consomment environ 200 millions de tonnes de carburant par an, surtout du fioul lourd.

Le prix du baril du pétrole augmente généralement entre le 15 juin et le 30 juillet pour la simple raison que c’est la période durant laquelle de nombreux citoyens des grands pays développés comme les Etats-Unis partent en vacances et pour ce faire, ils utilisent énormément leurs voitures ou le transport aérien ainsi que maritime.

Cette année, plus de la moitié des pays de la planète sont placés en confinement sanitaire. L’activité des transports est totalement réduite, pour ne pas dire quasi-absente comme pour le trafic aérien et maritime. Aux Etats-Unis, première économie au monde, les usines et sociétés ne devront reprendre leurs activités que le 18 mai prochain. Et cette reprise va certainement retarder les vacances de l’été de cette année qui seront retardées totalement pour ne pas dire annulées car le transport international n’est pas prêt de reprendre en raison de l’absence d’une date officielle pour l’ouverture des liaisons aériennes internationales et ouvertures des frontières.

La consommation restera donc très faible. Et même lorsqu’elle reprendra fin juin, les compagnies pétrolières devront écouler leurs stocks accumulés depuis début avril. Il n’y aura donc pas beaucoup de quantités de pétrole brut qui seront achetées aux gisements en production. Les prix ne pourront pas remonter au cours de l’été prochain. Il faudra attendre la rentrée sociale de septembre et peut-être même la fin de l’année car la situation du marché mondial des hydrocarbures dépend entièrement aussi d’un autre paramètre incontrôlable : les conséquences imprévisibles de l’épidémie du COVID-19.

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