Le 20 avril, l’autre Hirak que l’on ne doit jamais oublier…

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Aujourd’hui, c’est le 20 avril, la date anniversaire printemps berbère. Aujourd’hui, nous célébrons la commémoration du double anniversaire du Printemps noir 2001 et du 20 Avril 1980. Malheureusement, aucune manifestation publique ni marche populaire n’auront lieu. Cette année, à Bouira, Tizi-Ouzou ou Béjaia comme partout en Kabylie, les citoyens ne braveront pas les consignes sanitaires de sécurité en ces temps troublants de pandémie du COVID-19 qui paralyse le monde entier. Les activistes et partisans de la cause berbère ont fait preuve d’un patriotisme sans égal, d’un civisme exemplaire en érigeant la préservation de la santé publique comme une priorité absolue. 

Mais la pandémie du coronavirus COVID-19 n’a pas empêché les internautes de poster les photos des victimes du Printemps noir sur leurs pages Facebook, en guise de commémoration des événements en Kabylie de 2001. Algérie Part ne pouvait pas oublier la commémoration de cet évènement historique majeur qui va marquer à jamais la mémoire collective algérienne. Le printemps berbère de 1980, c’est en quelque sorte le premier Hirak de l’histoire de l’Algérie. Le premier mouvement qui réclame la démocratisation de l’Algérie, la réhabilitation des droits identitaires et de la culture ancestrale algérienne. Oui, le printemps 1980 est le véritable ancêtre du Hirak de février 2019. Un mouvement populaire qui réclamait l’égalité de tous les citoyens, l’instauration des libertés publiques et un état de droit. Tafsut n Imazighan…

Rappelons les faits.  L’université de Tizi-Ouzou est un haut lieu de cette culture qui revendique son droit d’exister de façon officielle. Commencé en mars 1980, après l’interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri sur la poésie berbère ancienne, le mouvement se répand comme une traînée de poudre à toute la région, entraînant une répression féroce. Le 18 avril la grève générale est proclamée, et la libération des détenus est exigée. Dans la nuit du 19 au 20, l’opération Mizrana est déclenchée : l’université de Tizi-Ouzou est brutalement prise d’assaut, et tous les lieux occupés, lycées, usines, hôpitaux, sont repris. Les troubles se poursuivent jusqu’en juin, et la Kabylie est placée sous haute surveillance.

Un TRACT DU COMITE ANTI-REPRESSION diffusé à Alger le 22 avril 1980 raconte et décrit la situation avec minutie. : »Suite à la répression qui s’est abattue sur la communauté universitaire, les travailleurs, étudiants, enseignants de Tizi-Ouzou ont décidé de constituer un Comité anti-répression chargé d’expliquer la nature du mouvement, d’informer sur ses développements, de faire des démarches pour libérer les prisonniers de la communauté universitaire, faire cesser la répression et faire respecter les libertés démocratiques en Algérie. Depuis quelque temps, les étudiants à Tizi-Ouzou et à Alger, soutenus par les masses populaires, organisent la lutte pour la reconnaissance des langues populaires algériennes et contre la répression dont est victime la culture populaire et notamment la culture berbère. Par ailleurs, la presse officielle et étrangère a tenté de déformer le mouvement aux yeux de l’opinion publique et de lui donner un sens erroné. Dans ce cadre, nous dénonçons toute tentative et fausse interprétation du mouvement.

De même, nous dénonçons la répression qui sévit et les atteintes aux libertés démocratiques en Algérie par : La quadrillage policier des universités d’Alger et de Tizi-Ouzou et la violation de l’enceinte universitaire par les Services de Sécurité.

L’arrestation d’enseignants, d’étudiants, de lycéens et de travailleurs :

• 74 étudiants de Tizi-Ouzou portés disparus.
• L’enseignant SADI Hocine arrêté.
• Les lycéens MEZZI et BENKANOUN portés disparus.
• Le travailleur ABTOUT Arezki arrêté.

L’utilisation des forces de l’ordre à des fin anti-populaires testées sous des régimes de dictature ( relevé de l’identité de tout jeune se rendant à Alger, arrestation massives et arbitraires ).

L’utilisation d’armes à feu contre les étudiants comme cela a été le cas à Oued-Aissi le 7 avril 1980 à 22H20.

La répression qui s’abat sur toutes les villes et villages de la Wilaya de Tizi-Ouzou notamment.

Nous exigeons :
1. la libération immédiate et inconditionnelle des prisonniers arrêtés au cours du mouvement.
2. La cessation de la répression contre la communauté universitaire et les masses populaires.
3. La reconnaissance des langues populaires lgérienne, notamment de la langue berbère.
4. La cessation de la campagne de falsification des objets du mouvement, menée par la presse nationale et les autorités locales (C.N.P.(I), Wali ).
5. Le respect des libertés démocratiques en Algérie. La communauté universitaire de Tizi-Ouzou est déterminée à poursuivre la lutte jusqu’à pleine satisfaction de ses revendications ».

Ce tract était distribué par le Comité anti-répression de Tizi-Ouzou et signé le mardi, le 22 avril 1980.

Pourquoi faut-il lier le Hirak d’aujourd’hui au printemps berbère de 1980 ? Parce que les revendications culturelles n’ont pas  caché la question sociale. Les mots d’ordre de justice sociale, de liberté syndicale, de démocratie réelles y sont centrales. Aujourd’hui encore, la reconnaissance de la langue amazighe ne satisfait pas les aspirations de la Kabylie qui considère que l’enfermement de la culture dans un cadre institutionnel ne pallie pas aux inégalités, au chômage, à la crise du logement, et à la corruption du pouvoir…

Le 20 avril 2001, une autre révolte tente de poursuivre l’oeuvre du printemps berbère de 1980. C’était le Printemps Noir en Kabylie. Malheureusement, il se solde par un bilan macabre de 127 jeunes qui ont été assassinés par les forces de l’ordre pendant la commémoration du printemps de 1980. N’oublions jamais ses martyrs. N’oublions jamais leurs sacrifices. Rendons hommage à leur mémoire et poursuivons leur combat…

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