Révélations. Les dossiers noirs du secteur de l’énergie : la méga-centrale électrique de Mostaganem, ses surcoûts et ses retards…

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En juillet 2013, l’Algérie avait confié officiellement au géant sud-coréen Samsung Engineering la construction d’une grande centrale électrique à Mostaganem pour l’équivalent de 950 millions de dollars. Il s’agit du fameux projet de la centrale de Sonactel à l’Est de Mostaganem. Il s’agit d’une centrale d’une capacité productive de 1.450 mégawatts. Ce projet est considéré comme le plus important au niveau national et l’unique qui active avec la technique de circuit intégré de 6 turbines à gaz et à vapeur.

Mais depuis 2013, ce projet a trainé plusieurs années en raison d’un problème de terrain ! Située à 6 Km de la ville de Mostaganem, le site choisi pour abriter cette centrale électrique est exposé au déferlement des vagues et des crues de la plage de « SONACTER ». Il a fallu donc procéder à d’énormes travaux de terrassement et ensuite l’installation de 1 400 pieux en béton pour pouvoir, d’un côté, supporter l’usine qui s’étend sur 40 ha, et protéger les installations électriques contre tous les dangers des inondations. Les conséquences sont désastreuses : des surcoûts et des retards de presque 10 ans puisque au lieu d’être réceptionnée comme prévu en 2017, cette centrale électrique tant attendue ne verra pas le jour avant 2021 !

En effet, à cause de ces problèmes techniques que la Sonelgaz aurait pu éviter si elle avait pris le soin de sélectionner un site beaucoup plus approprié, le budget initial de ce projet est passé de 94 milliards de Da à 104 milliards de Da, soit l’équivalent de 1 milliard de dollars. Et encore, l’addition finale n’est pas encore connue et il est possible que ce projet dépasse les 1.2, voire 1.5 milliard de dollars au regard du rythme des travaux et des problèmes techniques rencontrés.

Mais les dégâts ne s’arrêtent pas là car entre 2013 et 2018, les travaux ont connu un ralentissement terrible empêchant ainsi les équipes du sud-coréen Samsung de faire leur travail et d’installer les équipements sophistiqués nécessaires au fonctionnement de cette centrale électrique.

Sonelgaz dont la filiale Inerga était officiellement chargée de diriger les travaux du génie civil,  a tenté de rassurer son partenaire  sud-coréen. Mais Samsung n’a pas pu supporter les conséquences de cette incroyable gabegie et avait réclamé, depuis 2014, à Sonelgaz le paiement d’une tranche de 200 millions de dollars pour l’indemniser des dommages provoqués par tous les problèmes techniques du site inapproprié qui devait servir d’assiette à la centrale électrique. Samsung avait estimé que ces problèmes ne relèvent pas de sa responsabilité alors que ses ingénieurs sud-coréens et ses équipements sont arrivés dans les délais en Algérie, mais ils sont restés longtemps, très longtemps bloqués à cause des problèmes du terrain. La responsabilité de toutes les anomalies techniques constatées au niveau du site relèvent uniquement de la responsabilité de l’Inerga.

Il aura fallu attendre avril 2018 pour que les autorités algériennes reconnaissent officiellement que le problème du terrain a retardé énormément ce méga-projet. A l’époque, le ministre Mustapha Guitouni s’était rendu sur le site du chantier pour expliquer que ce problème a été officiellement dépassé après la révision des études, le confortement de fondations et le lancement de la phase d’installation de la centrale. A l’époque, l’ex-ministre de l’Energie a annoncé la réception de la première tranche du projet en mai 2021 (4 turbines à gaz) et la seconde tranche en 2022.

Mais en attendant, personne et aucune instance officielle n’a demandé le moindre audit à la direction générale de Sonelgaz pour expertiser les véritables dysfonctionnements de ce méga-projet. Quant aux pertes financières pour le Trésor Public de l’Etat algérien, personne ne s’en soucie. Pis encore, l’un des responsables directs de ce méga-projet, à savoir Mohamed Arkab, ex-PDG de Sonelgaz et ex-PDG de la CEEG la filiale du groupe Sonelgaz chargé de superviser l’engineering des projets des centrales électriques, a été même promu… ministre de l’Energie depuis le 31 mars 2019. Qui dit mieux ? 

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