Confinement, dépistage, chiffres réels : les propos irresponsables des dirigeants du ministère de la Santé

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Les récentes et toutes dernières sorties médiatiques des principaux responsables du ministère de la Santé en Algérie laissent croire qu’une inconscience générale règne dans cette institution censée protéger la population algérienne contre les dangers de l’épidémie du coronavirus COVID-19. 

Alors que le bilan des décès s’est élevé ce mardi 14 avril à 326 morts avec 13 nouveaux cas décédés des symptômes du coronavirus COVID-19 recensés « officiellement », et au moment où le nombre des cas contaminés identifiés officiellement a dépassé les 2000 cas, les principaux responsables du ministère de la Santé ont colporté des mensonges dangereux et des contre-vérités sur l’épidémie du COVID-19.

Ce mardi matin, le ministre de la Santé, Abderarhmane Benbouzid, a estimé lors de son intervention sur les ondes de la radio Chaîne 3, que le confinement total n’est pas nécessaire en Algérie. Le ministre a écarté la nécessité de placer Alger en confinement total  comme c’est le cas pour la wilaya de Blida a estimant qu' »il n’y pas d’alerte justifiant pour le moment cette mesure, mais tout est envisagé si la situation devait flamber ».

Cette déclaration est insensée et ne reflète pas du tout le danger de la situation sanitaire qui prévaut à Alger et les autres grandes villes du pays. Le ministre de la Santé sait pertinemment que l’Algérie n’a pas la capacité de dépister massivement sa population pour isoler les cas contagieux et prendre en charge dans les bons délais les cas graves. Dans cette situation, seul le confinement général et total pourrait stopper l’évolution de la pandémie sur territoire national.

Chaque jour des dizaines de nouveaux cas sont recensés « officiellement ». Rien que pendant cette journée du mardi, 87 nouveaux cas ont été déclarés. Et ces nouveaux cas ont été localisés essentiellement à Alger, Blida, Oran, Sétif ou Béjaia, à savoir les grandes villes du pays. Pour chaque nouveau cas contaminé, combien d’autres personnes  développeront les syndromes du COVID-19 dans les jours  à venir ? Beaucoup et en l’absence d’un confinement général, chaque cas contaminé peut provoquer la contamination de 40 autres personnes pendant une semaine à 10 jours. Le ministre de la Santé est médecin et il est censé connaître ses notions scientifiques de base vulgarisés par tous les médias internationaux. Comment peut-il donc estimer que le confinement général n’est pas justifié à Alger et les autres villes du pays ? Comment espère-t-il suspendre ou stopper l’épidémie ?

Pourquoi soumettre uniquement Blida au confinement total alors que le nombre des cas contaminés à Alger, Oran, Sétif ou Béjaia est en train d’évoluer au même rythme qu’à Blida ? Au lieu de fournir des réponses sérieuses et rationnelles à cette question, le ministre de la Santé cultive les contradictions inquiétantes. Et après avoir déclaré que le confinement total n’est pas nécessaire, il a exprimé sa « crainte » que « durant les soirées du mois sacré du Ramadhan, les jeunes se rassemblent autour d’un café dans le cas ou le confinement sera encore de vigueur », a-t-il dit sur les ondes de la radio Chaîne 3.

Ok, ces comportements pendant le Ramadhan sont dangereux. Mais comment les stopper, si aucun confinement général n’est déclaré ? Abderarhmane Benbouzid fait preuve d’un amateurisme tout simplement suicidaire dans la conjoncture que traverse notre pays.

Les études scientifiques affirment l’efficacité empirique du confinement général. Dans un article scientifique publié le 14 mars par huit chercheurs de l’Université d’Oxford, les évolutions différentes de l’épidémie dans deux provinces de la Lombardie ayant réagi différemment en termes de confinement sont détaillées.

La province de Lodi, en Lombardie, a enregistré, le 21 février, le tout premier cas détecté d’un patient atteint du Covid-19 dans le pays et rapidement mis en place des mesures restrictives, incitant notamment à la distanciation sociale. Deux jours plus tard, le gouvernement italien réclame par décret, le confinement de citoyens habitant dans dix communes de la province de Lodi et d’une commune dans la province de Padoue.

Un peu plus au nord de la Lombardie, dans la province de Bergame, les cas commencent à s’accumuler le 24 février mais les restrictions instaurées à Lodi ne sont pas appliquées avant le 8 mars, lorsqu’elles deviennent obligatoires pour l’ensemble de la Lombardie. Résultat : au 13 mars, Lodi comptait 1 133 cas de COVID-19, alors que les chiffres montent à 2 368 à Bergame. Malheureusement, les dirigeants algériens ne lisent pas. Et ils n’ont, visiblement, aucune connaissance des véritables enjeux scientifiques.

Après le ministre de la Santé, c’est l’un de ses collaborateurs qui intervient ce mardi médiatiquement pour contredire… son propre ministre ! En effet, contrairement à Abderrahmane Benbouzid,

Le directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA),le docteur Fawzi Derrar, a fait savoir dans un entretien au quotidien national Liberté, que le confinement à l’échelle large « est une stratégie de contrôle du virus », car « il réduit le nombre de contacts et donc le nombre de personnes contaminées par un sujet positif ».

Mais après avoir corrigé une première bêtise, les responsables du ministère de la Santé commettent une autre beaucoup plus grave. Et pour cause, le sieur Fawzi Derrar que l’Algérie n’a pas besoin d’un dépistage massif ! Une énormité dans le monde des absurdités. L’Organisation Mondiale de la Santé insiste elle-même sur l’importance d’un dépistage massif de la population pour stopper l’épidémie.

« Nul ne peut combattre un incendie les yeux bandés sur les yeux », a déclaré le premier responsable de l’OMS estimant indispensable que les pays «testent, testent, testent. Il faut tester chaque cas suspect ». L’Allemagne et la Corée du Sud ont démontré qu’un dépistage massif permet d’isoler l’épidémie et de la ralentir.

Contrairement à la Chine qui a choisi de cloîtrer une partie de sa population, Séoul a adopté une stratégie mêlant information du public, participation de la population et une campagne massive de dépistage. Les proches de toutes les personnes contaminées sont ainsi recherchées de façon systématique, avant de se voir proposer un test de dépistage. Les déplacements des malades avant qu’ils ne soient testés positifs sont reconstitués au travers des images de vidéosurveillance, de l’utilisation de leur carte bancaire ou du bornage de leur smartphone, puis rendus publics. Des SMS sont même envoyés aux gens quand un nouveau cas est détecté près de chez eux ou de leur travail.

L’Allemagne qui réalise plus de 500 mille tests de dépistage par semaine a le nombre de morts le moins élevé en Europe. Aujourd’hui, la France et de nombreux autres pays dans le monde suivent les consignes de l’OMS et développent leur capacité de dépistage. Le premier responsable de l’Institut Pasteur d’Alger induit donc dangereusement les Algériens en erreur.

Sauf l’Algérie qui ne veut ni d’un confinement général ni d’un dépistage massif. Comment peut-elle arrêter l’épidémie ? Avec de l’inconscience de ses dirigeants…

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