Décryptage. L’Algérie a dépensé des milliards, beaucoup de milliards de dollars pour un système de santé totalement… inefficace !

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La pandémie mondiale du coronavirus COVID-19 a totalement dénudé le régime algérien. Elle a révélé à tous les Algériens que les milliards de dollars théoriquement accordés ces 15 dernières années au secteur de la santé sont partis en fumée sans aucun impact réel sur la santé publique. Oui, l’Algérie a dépensé beaucoup d’argent, vraiment beaucoup d’argent pour ses hôpitaux, ses structures de la santé publique et sa population. Mais au final, la note donne quoi ? Un  système de santé totalement inefficace et inégalitaire. Explications. 

En Algérie, les chiffres donnent le vertige. Les dépenses totales de santé ont été multipliées par près de six entre 1995 et 2012, entraînant par là-même une augmentation des dépenses par habitant pour passer de 53 à 279 dollars courants, soit une augmentation de 425 %. Il s’agit de dépenses essentiellement publiques (84 % des dépenses totales de santé) qui consomment près de 10 % du budget de l’État (contre 8,5 % en 1995) et atteignent 5,2% du PIB.

En 1995, l’Algérie dépensait à peine 1,6 milliard de dollars pour son secteur de la Santé. En l’an 2000, ce budget a atteint les 1,9 milliard de dollars. A partir de 2005, grâce à l’embellie des prix du baril du pétrole, l’Algérie double ses budgets pour de la Santé et lui attribue 3,2 milliards de dollars. En 2010, l’Algérie a consacré pas moins de 6,75 milliards de dollars pour ses dépenses de santé. En 2011, ses dépenses sont montées jusqu’à 8,8 milliards de dollars. Et en 2012, ces dépenses vont flirter avec les 11 milliards de dollars, à savoir 10,8 milliards de dollars.  Ces dépenses couvrent naturellement les budgets de fonctionnement du ministère de la Santé, les importations des médicaments, l’assurance sociale et maladie, la prise en charge des malades chroniques, la construction des structures publiques de la santé, ETC.

Sur le papier, l’Algérie a dépensé énormément d’argent. Peu, très peu de pays à travers le monde ont dépensé autant de budgets. Mais pour quels résultats ? Des hôpitaux sales, insalubres, des équipements médicaux qui font défaut, des services hospitaliers dépassés face à certaines maladies comme le cancer.

Les indicateurs clés de la performance d’un système de santé sont : la durée de vie à la naissance qui est décrite par une équation mathématique [1, page 35], le nombre de femmes qui décèdent pendant ou après l’accouchement, la mortalité infantile, la prévalence de la démence (dont la maladie d’Alzheimer est la forme la plus connue et qui est un indicateur de la santé d’une population âgée), l’alcool, le tabagisme, l’obésité, et l’exposition à la pollution qui est un facteur non-médical mais déterminant. Les barrières à la santé sont : la contribution financière des ménages, les consultations manquées, les médicaments non achetés qui constituent des difficultés pour les gens sans emploi ou à faibles revenus et les listes d’attentes.

Pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et les organismes spécialisés en économie sanitaire, les fortes ressources budgétaires ne signifient pas nécessairement de meilleurs résultats sanitaires. La performance d’un système de santé réside dans l’efficacité des dépenses et des soins. La qualité ne signifie pas la quantité.

Et les données sanitaires sur notre pays démontrent, malheureusement, que le système de santé de notre pays n’est guère à la hauteur des budgets qui lui ont été alloués.

Preuve en est, l’espérance de vie à la naissance en Algérie est de 73,8 ans pour les hommes et 77.5 ans pour les femmes ce qui fait une moyenne de 75,6 ans. A titre de comparaison, ce chiffre est de 82,4 ans en France, 74,3 ans au Maroc, 75,3 ans en Tunisie, 75,8 ans en Turquie et 81,2 ans au Royaume Uni. L’Algérie a donc des efforts à fournir pour atteindre l’espérance de vie des pays développés. Les études montrent que l’augmentation du budget pour la santé, l’amélioration des conditions de vie, des revenus suffisants, et une bonne éducation augmentent la durée de vie. Et pourtant, dans le cas de l’Algérie, l’argent dépensé sur le secteur de la santé ne lui a pas permis de se distinguer par rapport à ses voisins qui sont beaucoup moins riches et dépensent beaucoup moins pour la santé de leur population.

L’Algérie souffre, par ailleurs, d’un fort taux de mortalité des parturientes durant l’accouchement qui s’élève à 140 pour 100.000 naissances et qui est de 8 pour la France, 121 au Maroc, 62 en Tunisie, 16 en Turquie, et 9 pour le Royaume Uni et pourtant plus de 97% des accouchements en Algérie sont suivis par le corps médical. Ces chiffres démontrent à quel point l’assistance donnée aux femmes durant les accouchements en Algérie est inadéquate et inefficace et donc il faut améliorer le système de santé. Selon une étude réalisée en 2009, les causes de ces décès sont les hémorragies (38,4%), complications liées à l’hypertension artérielle (18,4%) et la rupture utérine (12,2%).

Le taux de décès chez les enfants âgés de moins de 5 ans pour 1.000 naissances vivantes est de 25,5 en Algérie, contre 4,3 en France, 27,6 au Maroc, 14 en Tunisie, 13,5 en Turquie et 4,2 au Royaume Uni. En 2015, l’incidence de la tuberculose est de 75 pour 100.000 habitants en Algérie, comparée à 8,2 en France, 107 au Maroc, 37 en Tunisie, 18 en Turquie et 10 au Royaume Uni. Le taux de mortalité pour 100.000 habitants est de 23,8 en Algérie contre 5,1 en France, 20,8 au Maroc, 24,4 en Tunisie, 8,9 en Turquie, et 2,9  au Royaume Uni.

En matière de budget, l’Algérie octroie 9,9% de son budget à la santé contre 6% au Maroc, 10.1% en Turquie, 14,2% en Tunisie, 15,3% en France et 18,4% au Royaume Uni. L’Algérie n’est pas loin de certains pays émergents comme la Turquie et dépasse de loin des pays africains et arabes comme le Maroc.

Ceci dit, c’est au niveau de la recherche médicale et scientifique que l’Algérie est à la traîne et son argent est gaspillé dans des dépenses d’importation sans permettre au pays d’améliorer ses capacités de lutter par lui-même contre les maladies les plus dangereuses.  L’Algérie dépense moins de 0,01% en recherche médicale, devancée par plus de 24 pays africains, dont le Liberia, Rwanda, Soudan, Maroc, Tunisie. Il n y a pas de données sur le nombre de chercheurs à temps plein dans la santé médicale en Algérie. La Turquie, l’exemple qui illustre le mieux les pays émergents, compte près de 150 chercheurs par million d’habitants à plein temps et la médiane est de près de 90.

Concernant la capacité d’hospitaliser des patients, l’Algérie souffre également d’un déficit important de lits d’hôpitaux en dépit de tout son argent dépensé pour le secteur de Santé.  L’Algérie a 1,76 lits par millier de personnes. Le Canada a 2,6, la Turquie 2,7, la France 6,1, la Belgique 6,2, le Royaume Uni 2,6, l’Irlande 3, et l’Allemagne 8,1.

Ces données démontrent que le système de Santé algérien est totalement inefficace et manque cruellement de qualité. L’urgence est de décentraliser le système de santé et de se doter d’une nouvelle organisation capable d’améliorer les performances basiques de ses structures sanitaires. Dépenser beaucoup d’argent sur la santé sans engager le corps médical dans l’innovation, la recherche et le développement, est comme donner un coup d’épée dans l’eau.

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