Acquisition d’une deuxième quantité de produits pharmaceutiques en Chine : manque de transparence et opacité totale à Alger

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Malgré l’urgence sanitaire qui dicte l’obligation de gérer l’argent public avec beaucoup de précaution pour faire face aux ravages de l’épidémie du coronavirus COVID-19, les autorités algériennes recourent toujours à l’opacité et le manque total de transparence pour le choix des fournisseurs chinois des produits pharmaceutiques. Preuve en est, la deuxième commande de matériels médicaux et de moyens de protection du nouveau coronavirus (Covid-19) est arrivée vendredi soir à l’aéroport international Houari-Boumediene (Alger), en provenance de Chine. Et comme lors de la première commande, il n’y a aucune indication précise sur les modalités qui ont été conclues avec les partenaires pour acheter ce matériel sanitaire. Ce qui soulève des interrogations légitimes sur les intentions des autorités algériennes et leur gestion opaque des budgets publics. 

D’après les informations diffusées par les médias gouvernementaux, un total de 30 tonnes de moyens de protection, 5 millions de bavettes à trois plis, d’appareils de dépistage du Covid-19 et de respirateurs artificiels ont été transportés de Pékin (Chine) à Alger à bord de deux avions militaires en 38 heures. Un ministre du gouvernement, le ministre délégué à l’industrie pharmaceutique Lotfi Benbahmed, a annoncé pour sa part une cargaison constituée de « 500.000 masques de type FFP2 », 40.000 kits de dépistage et 100 respirateurs. Le même ministre a annoncé que « l’arrivage prochain d’une autre commande de moyens de protection ». On le voit bien : il y a eu une énorme incohérence entre les informations données par des sources autorisées et officielles de l’Etat algérien. Soit.

Ce que saute aux yeux de prime abord est l’absence de toutes informations précises sur la marque des produits pharmaceutiques importés de Chine, aucune donnée vérifiable sur  les certificats ( ISO/CE/ China FDA/ US FDA) et aucune fiche technique sur les respirateurs achetés auprès de fournisseurs chinois dont ne connaît pas du tout l’identité. Comment donc  en juger la qualité ?

D’autre part, force est de constater que l’annonce des autorités algériennes ne mentionne pas le type du COVID-test acheté en Chine. En effet, il y a 3 types : RT-PCR based test , IgG&IgM-ELISA based test, Rapid -Covid de dépistage. Le test rapide de dépistage donne le résultat en 5 à 10 minutes. Il s’agit d’un examen de première intention, à la portée de tous  les professionnels de santé  permettant d’orienter le diagnostic du Covid-19.

Un autre constat s’impose. Le Ministre délégué à l’industrie pharmaceutique Lotfi Benbahmed, qui est l’un des superviseurs de ces opérations d’importation dont les modalités de passation sont probablement basées sur le gré à gré, n’applique pas les règles de la transparence qu’il a recommandé dans ses déclarations publiques formulées en mars 2020.

Malgré l’absence de toutes données officielles sur les commandes payées par l’Etat algérien, nous pouvons, tout de même, procéder à l’estimation du montant de cette acquisition en se basant sur les prix unitaires FOB  moyens du marché qui est fixé comme suit  :

1- 500.000 FFP2 masques  x  prix unitaire de  2 USD, soit un total de  1.000.000, 00 USD

2- 40.000 kits de dépistage x  prix unitaire de 10 USD, soit un total de 400.000,00 USD

3- 100 respirateurs dont la qualité est inconnue et dont le prix de vente en Chine varie de 1.500 dollars à 15.000 dollars x prix moyen de 10.000 USD, soit un total de 1.000.000,00 USD.  Comme vous pouvez le constater,  le montant d’achat de cette marchandise ne doit pas dépasser  2.4 à 2.5 million USD.

Pour la préservation de l’argent public notamment en ces temps de crise et obtenir le meilleur rapport qualité-prix dans ces opérations d’importation des précieux produits pharmaceutiques, il est plus que jamais urgent d’exiger de la transparence dans la passation de ces marchés publics et un contrôle stricte pendant et après ces acquisitions.  Il paraît enfin très important que les membres du Ministère de la santé et de la commission diplomatique de la République populaire de Chine soient éloignés des négociations financières avec les fournisseurs pour ne pas se faire piéger concernant la qualité et le prix des produits importés. Il est enfin très utile d’imposer que le choix des fournisseurs se fasse en Algérie par une commission d’achat interministérielle & parlementaire  indépendante car beaucoup d’argent, vraiment beaucoup d’argent est en jeu en raison des ravages de cette pandémie mondiale du COVID-19. Une pandémie qui n’en est qu’à ses débuts en Algérie.

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