Document Exclusif. Un opérateur pharmaceutique privé raconte les représailles dont il est la cible après avoir dénoncé la mafia (Issaba) du secteur de la Santé en Algérie

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C’est une longue et émouvante lettre que vient d’adresser le médecin Mohammed Meddane, Co-Directeur de l’opérateur pharmaceutique privé MEDSANTE, à plusieurs membres du gouvernement dont le ministre de la Santé et celui du Commerce avec en copie la Présidence de la République. Algérie Part a obtenu la copie intégrale de cette lettre au cours de ses investigations. 

Ce médecin algérien, cardiologue de profession et établi à Paris en France, est le patron de l’opérateur pharmaceutique privé Medsanté qui tente désespérément de se développer en Algérie malgré tous les blocages auxquels il est confronté. Des blocages administratifs et bureaucratiques créés de toutes pièces par un lobby mafieux au ministère de la Santé. Un lobby qui exerce des représailles à l’encontre de Mohammed Meddane parce qu’il était parmi les rares opérateurs privés algériens qui ont dénoncé ouvertement une véritable « Issaba » qui s’enrichit illicitement dans le secteur de la Santé en détournant des marchés publics et en offrant le monopole de plusieurs secteurs clés de la santé algérienne à des sociétés privées ou étrangères moyennant des pots-de-vin et des rétrocommissions.

Les prises de position honorables de Mohammed Meddane lui valent aujourd’hui les pires ennuis avec cette Issaba encore au pouvoir au ministère de la Santé.

« Notre société, MEDSANTE, recherche depuis sa création à travers le monde des dispositifs médicaux de qualité, de haute technicité et les distribue dans notre pays avec les tarifs les plus compétitifs possibles. Nous œuvrons dans le strict respect de la réglementation avec éthique et transparence. Nous sommes soumis à un blocage contraire à toutes les règlementations en vigueur. Nous ne trouvons aucune oreille attentive auprès de notre Ministère de tutelle », raconte cet opérateur pharmaceutique privé dans sa longue lettre adressée à plusieurs membres du gouvernement.

« Nous sommes empêchés de dédouaner nos dispositifs médicaux fragiles, stériles et périssables dont les durées de validité sont très limitées. Ces dispositifs sont bloqués sous douane à Oran depuis plusieurs mois. Nous sommes empêchés de réceptionner la colle chirurgicale BIOGLUE, les BIB balloon et les ballonnets de Rashkind. Ces derniers sont bloqués chez le fabricant NuMED, USA depuis juillet 2019 », explique Mohamed Meddane pour exprimer son total dégoût.

« Nous sommes aussi sciemment empêchés de participer aux nombreux appels d’offres et consultations urgentes, car nous risquons de proposer la meilleure offre qualité/prix Nous tenons à vous informer que les dispositifs médicaux concernés par ce blocage sont des produits indispensables pour sauver des vies en Algérie. Sachez surtout qu’ils sont attendus depuis plusieurs mois par de nombreux patients en détresse, parmi eux des enfants et des nourrissons. D’ailleurs, tous ces dispositifs médicaux sont enregistrés depuis des années au niveau du Ministère de la Santé », révèle encore le patron de Medsanté.

« Pour votre information, MEDSANTE a toujours déposé des dossiers –PPI complets et conformes à la législation en vigueur (JO 2008). Elle a toujours répondu favorablement à toutes les demandes de la Direction de la pharmacie. Ensuite, les blocages ayant comme corollaire la délivrance partielle et très tardive des PPI de MEDSANTE se sont intensifiés à partir de 2015/2016 », explique le même interlocuteur qui va dévoiler dans sa lettre toutes les motivations insoupçonnées de ces représailles.

« Nous subissons ainsi d’énormes blocages que nous interprétons comme de réelles représailles suite à notre dénonciation de la situation monopolistique dans le marché de l’hémodialyse. Cette situation dangereuse qui fait perdre chaque année à l’état plus de 100 millions USD. Nous tenons à vous informer que l’autorisation d’importer (PPI) du consommable d’hémodialyse du fabricant Haidylena nous été accordée uniquement en 2008. Puis tout a été bloqué en 2009 suite à la publication dans le Journal Officiel de décembre 2008 (reconduite dans le JO 2015) de l’interdiction d’importation du dialyseur capillaire, bicarbonate de sodium et de la ligne sanguine Alors que le dialyseur n’est pas fabriqué en Algérie ?! Ce que nous avions dénoncé. », révèle ainsi Mohamed Meddane qui dispose de tous les documents officiels attestant la véracité de ses propos.

Il faut savoir que le monopole exercé sur le secteur de l’hémodialyse relève de la fortune de la puissant famille du défunt général Kamel Abderrahim, l’ex-patron de la deuxième région militaire et ancien commandant des forces navales algériennes. Algérie Part a été le seul média qui avait enquêté sur les affaires sombres de cette puissante et intouchable famille. L’infortuné Mohammed Meddane paie le prix fort de son courage car s’attaquer à la famille Abderrahim est décidément synonyme de « mafia ».

Il faut savoir que la loi algérienne stipule clairement que l’importation d’un produit devient interdite:

1. s’il est fabriqué en Algérie,

2. par au moins 3 opérateurs indépendants afin d’éviter les situations dominantes

3. et que la capacité de production cumulée de tous ces opérateurs dépasse les besoins annuels

Or, sous le lobbying du ministère de la Santé, les autorités sanitaires du ministère de la Santé ont décidé d’inclure le dialyseur capillaire dans la liste des produits interdits à l’importation alors qu’il n’est pas fabriqué en Algérie. Cette interdiction n’a pas été abolie alors qu’elle est dénoncée depuis 2009 par de nombreux opérateurs pharmaceutiques et médecins algériens. En plus, comble de l’ironie, cette loi a été reconduite dans le Journal Officiel de 2015 malgré les nombreuses réclamations des acteurs du secteur pharmaceutique. En clair, le ministère de la Santé a offert sur un plateau en or le monopole de tous les produits de dialyse à une seule famille, celle du général Kamel Abderrahim.

« Cette interdiction s’est ainsi appliquée à tous les opérateurs dont MEDSANTE, hormis un seul et unique opérateur privé qui s’est retrouvée dès 2009 dans une position monopolistique totale en hémodialyse. Cette situation de monopole est pourtant explicitement interdite par la législation du commerce en vigueur dans notre pays », commente dans sa lettre Mohamed Meddane qui confirme les conclusions de toutes nos investigations menées sur ce secteur ténébreux de la santé en Algérie.

Pour comprendre l’étendue et la puissance financière de ce monopole accordé à la famille du général Abderrahim, il faut savoir que cette famille dirige, à elle-seule,  la commercialisation de tout consommable d’hémodialyse qui comprend : le dialyseur capillaire (qui est importé de façon illégale), l’aiguille de fistule, les lignes sanguines, le bicarbonate de sodium, le concentré acide et les cathéters d’hémodialyse short term et long term sans oublier les médicaments d’hémodialyse (fer injectable, EPO et HBPM). La société de la famille du général Abderrahim est fournisseur unique impose des produits bas de gamme et néfastes pour les patients 3 et elle profite de la situation de monopole pour imposer des machines d’ancienne génération-4008S qui sont moins performantes et moins sécurisantes que les nouvelles générations.

Face à toutes ces révélations, le ministère de la Santé n’a jamais bougé le petit doigt.

« Les représailles envers notre société MEDSANTE se sont intensifiées lorsque nous avons attiré l’attention du Ministère de la Santé sur deux autres entorses graves à la LOI et à la CONSTITUTION »,  déplore encore dans sa lettre Mohamed Meddane qui explique les détails secrets et cachés des pratiques occultes du ministère de la Santé.

« Un problème d’étiquetage d’un produit sensé être fabriqué en ALGERIE: En effet, nous avons indiqué que l’étiquetage de ligne sanguine officiellement fabriqué en Algérie, image ci-dessous, mentionne deux entités commerciales alors qu’un produit fabriqué en Algérie ne doit mentionner sur l’étiquette qu’une seule adresse, celle du fabricant », relève le patron de Medsanté qui aborde également dans sa lettre « une inégalité d’accès aux soins des patients, interdite par la LOI ».

« Ces représailles coïncident également avec la dénonciation par MEDSANTE des autres dysfonctionnements et fléaux qui gangrènent le domaine de la santé comme les appels d’offres truqués lors de l’acquisition des stents coronaires actifs. Est –il légal : d’attribuer le marché des stents actifs des hôpitaux publics à un fournisseur qui propose un stent coronaire de dernière génération (avec polymère) à 118000 DA l’unité et d’écarter MEDSANTE qui propose un stent coronaire de dernière génération (sans polymère) à 39000,00 DA l’unité ? ? », s’interroge enfin Mohamed Meddane dans sa longue lettre étayée par de nombreuses preuves et documents officiels. Ce cri de de détresse trouvera-t-il une oreille attentive ? Pas si sur. En tout cas, la Issaba que le pouvoir algérien prétend combattre est toujours à la tête du département ministériel le plus stratégique en ce moment en Algérie, à savoir le ministère de la Santé.

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