La sécurité alimentaire de l’Algérie en grand danger à cause de l’épidémie du Coronavirus COVID-19

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La crise mondiale provoquée par l’épidémie du coronavirus COVID-19 menace la sécurité alimentaire des pays les plus fragiles et parmi lesquels l’Algérie. Le 1er avril dernier, l’ONU et l’OMC ont reconnu officiellement  que les perturbations engendrées par l’épidémie de Covid-19 pourraient provoquer une pénurie alimentaire dans le monde entier. 

« Les incertitudes liées à la disponibilité de nourriture peuvent déclencher une vague de restrictions à l’exportation », provoquant elle-même « une pénurie sur le marché mondial », déclarent dans un rare communiqué commun le Chinois Qu Dongyu, qui dirige l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur-général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Brésilien Roberto Azevedo, dirigeant de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Pour les trois organisations multilatérales traitant de santé, alimentation et commerce mondiaux, il est « important » d’assurer les échanges commerciaux, « en particulier afin d’éviter des pénuries alimentaires », indique leur texte commun reçu à Paris. Les trois organismes s’inquiètent notamment du « ralentissement de la circulation des travailleurs de l’industrie agricole et alimentaire » qui bloquent de nombreuses agricultures occidentales, et des « retards aux frontières pour les containers » de marchandises qui entraînent un « gâchis de produits périssables et une hausse du gaspillage alimentaire »

Le message est donc clair. Mais a-t-il été enregistré par les autorités algériennes ? Non, loin s’en faut puisqu’à Alger, les autorités continuent d’afficher leur insouciance croyant savoir que les stocks alimentaires du pays lui permettront de surmonter la crise. Or, ces stocks alimentaires ne dépassent même pas la période de 6 mois ! Et c’est le Président Abdelmadjid Tebboune qui l’a reconnu lui-même lors de sa dernière sortie médiatique.

Au delà de 6 mois, que va-t-il se passer ? C’est l’incertitude totale car l’Algérie ne produit pas ce qu’elle mange. Le taux de la couverture de la production locale des besoins du marché algérien sont de 30% seulement pour les céréales, 30% pour le lait, 5% pour les huiles alimentaires et 0% pour le sucre. Ces chiffres ont été confirmés officiellement par des chercheurs du Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD) qui ont fourni un travail d’enquête approfondi à la demande du Programme alimentaire mondial (PAM).

« Dans les décennies futures, l’Algérie sera de plus en plus dans l’incapacité de poursuivre dans la même voie et de recourir aux mêmes solutions, car, au-delà des risques liés à la volatilité des prix sur les marchés internationaux qui constitue un variable externe non maitrisable, il y aura un risque aggravé lié au changement climatique qui créera davantage de difficultés au secteur agricole domestique pour garantir le maintien des taux de croissance actuels », ont averti les chercheurs du CREAD dans leur étude datant de l’été 2018. L’étude menée par les chercheurs du CREAD démontre que de nombreux algériens seront en danger  si l’Algérie traverse une crise alimentaire. Les chercheurs du CREAD ont recensé au moins 1.256.165 ménages considérés comme démunis et nécessitant une aide directe, d’après les données collectées dans 40 wilayas.

Ce constat amer a été confirmé par d’autres spécialistes et chercheurs. « Une grande partie de l’alimentation que nous consommons est acquise à l’extérieur dans les marchés internationaux. Nos huiles, nos sucres et la majeure partie de nos poulets viennent de l’étranger sous forme de maïs et de soja (NDLR, leur alimentation). Quand on examine attentivement les disponibilités, on s’aperçoit que la sécurité alimentaire de l’Algérie n’est réellement couverte qu’à 55 % par la production nationale, bien inférieure au 70 % annoncés ici et là », avait affirmé en 29 janvier, Fouad Chehat, expert en agronomie et ancien directeur de l’INRA.

On l’a donc bien compris : la situation est dangereuse car l’Algérie dépend entièrement de ses importations payées à l’étranger pour se nourrir. Et elle fait partie ainsi des pays qui inquiètent l’ONU parce qu’ils sont incapables de produire la nourriture nécessaire à leur population.

Dans les autres pays développés, la situation est totalement différente. En France, par exemple, près de 80 % des produits alimentaires sont fabriqués en France, et aucune pénurie de matières premières d’importation n’est à prévoir. Les pays européens ont prévu une situation de crise et ont veillé sur le maintien de la circulation des marchandises en dépit de la fermeture des frontières pour des considérations sanitaires.

Il faut savoir que dans un pays comme la France, « les entrepôts sont pleins et contiennent une trentaine de jours de stocks, et ce si toutes les usines de production étaient à l’arrêt. »

Pour l’heure, la circulation des marchandises, qu’elle soit entrante ou sortante, continue avec des pays frontaliers ou extérieurs à l’Union européenne, afin de ne pas rompre les chaînes d’approvisionnement en produits de première nécessité. Cela signifie que l’Algérie pourrait continuer à importer. Mais une aggravation de l’épidémie du coronavirus COVID-19 pourrait changer totalement cette donnée.

Les pays voisins de l’Algérie ont garanti un niveau de sécurité alimentaire beaucoup plus élevé. Au Maroc, des plans agricoles ont été mis en oeuvre pour développer la production. En 2016, le Maroc a été bien noté par l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI)  qui est classé 42e sur 109 pays en matière de croissance annuelle moyenne de la production agricole, un critère qui rassemble la productivité globale des terres et du travail agricoles. Le Maroc assure ainsi 100% de ses besoins en viandes, fruits et légumes ; 82% de ses besoins en lait, 50% de ses besoins en sucre, 60% de ses besoins en céréales et 20% de ses besoins en huile. A l’international, les importations agricoles représentent entre 14 et 24% des importations globales. Quant aux exportations agricoles, elles représentent entre 15 et 21% des exportations globales.

En Tunisie, notre voisin de l’est, indépendamment des céréales, est devenu autosuffisant pour tous les produits, y compris le lait. Le taux de couverture moyen des besoins alimentaires de la Tunisie en produits agricoles est de l’ordre de 81 % mais avec de fortes variations selon les produits : près de 48 % pour les céréales, de 100 % pour les produits de l’élevage ou de 88 % pour les huiles. Et même si la Tunisie importe beaucoup de produits agricoles, la Tunisie n’en est pas moins un pays exportateur de produits agricoles diverses, comme l’huile d’olive (2ème exportateur mondial).

L’Algérie a donc un énorme retard à rattraper. Il faut en urgence des plans d’action pour réduire la dépendance alimentaire de l’Algérie vis-à-vis de l’étranger. Et ces plans doivent entrer en vigueur dés maintenant. Autrement dit, l’Algérie risque de brader sa souveraineté pour pouvoir obtenir de quoi se nourrir ! Un scénario catastrophique qui menace l’avenir de notre pays.

 

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