La Présidence lui impose un adjoint aux prérogatives élargies : Le général Wassini Bouazza poussé vers la sortie de manière humiliante

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Une manoeuvre étrange et intrigante a été déployée par la Présidence de la République à la tête de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), l’une des trois branches principales des services secrets algériennes. Ce mercredi 8  avril, le Palais Présidentiel d’El-Mouradia a procédé à la nomination du général Abdelghani Rachedi au poste de directeur général adjoint de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), avec de « larges prérogatives », annonce et souligne ce mercredi la présidence de la République dans un communiqué. 

Abdelghani Rachedi est l’ancien attaché militaire de l’ambassade d’Algérie à Abu Dhabi aux Emirats Arabes Unis. Il avait occupé également les fonctions de directeur de l’institut des hautes études en sécurité nationale à Béni Messous, l’un des centres de formation d’excellence des officiers du renseignement algérien. Le général Rachedi est officiellement l’adjoint de Wassini Bouazza. Mais officiellement, il dispose de prérogatives beaucoup plus larges que son supérieur le général Wassini Bouazza. C’est une situation inédite. Un adjoint beaucoup plus puissant que son supérieur hiérarchique direct. Du jamais vu dans les autres corps de sécurité ou institutions militaires à travers le monde. Cette nouvelle organisation signe surtout la fin proche du général Bouazza, l’un des piliers du système Gaid Salah qui a été mis en place après la destitution d’Abdelaziz Bouteflika le 2 avril 2019.

Durant de longs mois, Wassini Bouazza était l’homme fort des services algériens. Pour un ancien et simple directeur central au ministère de la Défense Nationale, Wassini Bouazza a connu une ascension fulgurante qui lui a permis de disposer d’un pouvoir rarement égalé depuis le départ du général Toufik à la tête du DRS en septembre 2015.

Wassini Bouazza est associé à toutes les intrigues du pouvoir algérien. Lors de la campagne électorale pour les élections présidentielles du 12 décembre 2019, il organisa un incroyable lobbying en faveur du candidat Azzedine Mihoubi, l’héritier d’Ahmed Ouyahia à la tête du RND. Bouazza est réputé pour être un fin tacticien, un homme d’une grande ruse et il avait réussi à manipuler toute la presse algérienne pour lui faire croire que Mihoubi était le choix définitif de l’institution militaire dans ces élections présidentielles de décembre 2019 massivement rejetées par le Hirak. Anis Rahmani, patron de la télévision propagandiste Ennahar TV, tirait à boulets rouges sur Abdelmadjid Tebboune sur ordre de Wassini Bouazza. Tous les autres patrons de médias ou personnalités politiques tendaient  l’oreille au patron de la DGSI pour se positionner sur la scène politique algérienne.

Mais avec l’arrivée de Tebboune au pouvoir, ce fut la surprise générale. Et entre le nouveau Président et Wassini Bouazza, les tensions sont palpables. Pourtant, le général Wassini Bouazza a réussi à s’imposer dans plusieurs réunions du Haut Conseil de Sécurité présidées par Abdelmadjid Tebboune. Ceci dit, dans les coulisses, la méfiance régnait entre les deux hommes et Tebboune ne pouvait pas diriger le pays avec des officiers supérieurs et généraux qui lui sont manifestement hostiles bien avant son intronisation à la tête de l’Etat algérien par le défunt Ahmed Gaid Salah, le chef d’Etat-Major de l’ANP.

Aujourd’hui, ce mercredi 8 avril, c’est un tournant majeur dans les rapports de force entre Abdelmadjid Tebboune et le clan militaire qui s’opposait à son élection au Palais présidentiel d’El-Mouradia. Wassini Bouazza n’a pas été officiellement relevé de ses fonctions. Mais son maintien dans les conditions actuelles avec un adjoint beaucoup plus puissant que lui est une pure humiliation. Wassini Bouazza n’a même pas été convié à la cérémonie de l’installation de son propre adjoint, le général Abdelghani Rachedi. C’est Said Chengriha, le chef d’Etat-Major de l’ANP par intérim, qui a dirigé cette cérémonie.

Selon nos sources, le général Abdelghani Rachedi a occupé son nouveau bureau sans rendre visite à son supérieur hiérarchique, Wassini Bouazza ! Pis encore, il a pour mission d’auditer profondément toute la DGSI afin de transmettre un rapport détaillé au Palais Présidentiel d’El-Mouradia. Le message est donc clair : la Présidence ne veut pas limoger Wassini Bouazza, elle veut le convoquer devant un tribunal militaire au risque de l’incarcérer officiellement. Tebboune veut réserver un sort tragique à Wassini Bouazza.

Ce mode d’emploi demeure enfin dangereux car il déstabilise les services secrets algériens en pleine tempête politico-financière provoquée par la pandémie du coronavirus COVID-19. L’Algérie a besoin en ce moment d’institutions stables, efficaces et immunisées contre les sempiternelles guerres de clans qui divisent le régime algérien. Ce jeu est très dangereux pour l’avenir du pays.

 

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