Port obligatoire des masques chirurgicaux : le Maroc et la Tunisie donnent l’exemple et l’Algérie attend toujours l’aide de la Chine

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Incroyable paradoxe au Maghreb. L’Algérie, le pays le plus riche de la région, est totalement bloqué par ses dysfonctionnements et multiplie les annonces pour promettre à ses médecins et sa population des moyens de protection contre le coronavirus COVID-19. En Tunisie et au Maroc, des pays beaucoup moins riches que l’Algérie, des dispositifs sérieux ont été déployés pour booster la production nationale des masques dans le but de s’émanciper de l’emprise chinoise et de faire face aux pénuries mondiales des masques de protection. Incroyable paradoxe. 

A partir de ce mardi matin, le Maroc a instauré l’obligation du port obligatoire du masque de protection contre le coronavirus COVID-19. Le gouvernement marocain a publié un décret officiel qui réglemente provisoirement le prix de vente des masques de protection, après avoir décidé début mars d’interdire l’exportation des masques de protection médicale. En effet, le décret encadrant les prix de masques de protection pour une durée de 6 mois a été publié au Bulletin officiel du 02 avril 2020.

La loi marocaine fixe, désormais, les prix des masques dans les pharmacies à l’équivalent de 30 Da algérien l’unité pour une boite de 10 unités et 24 Da algérien l’unité pour une boite de 50 unités. Et pour éviter toute pénurie des masques de protection, les autorités marocaines ont mobilisé toutes leurs capacités de production ainsi que l’ensemble de leurs acteurs de l’industrie du textile pour les encourager à développer la production des masques médicaux.

Pour l’heure, la capacité de production du Maroc a atteint 2,5 millions d’unités par jour. Dès la semaine prochaine, les autorités marocaines ambitionnent d’atteindre une capacité de production de 3,3 millions d’unités/jour avec l’ambition d’augmenter davantage la production journalière.

Pour répondre aux besoins sa population, le Maroc a développé également des masques en tissu tissé et non tissé, jetables, et qui ne peuvent être utilisés plus de 4 heures.  Ces masques répondent à des normes marocaines qui ont été mises en place spécifiquement pour réglementer la production marocaine naissante. « Les normes marocaines ont été basées sur les références internationales en la matière. Elles seront rendues obligatoires à l’avenir », a affirmé un haut responsable du gouvernement marocain.

En Tunisie, autre voisin de l’Algérie, les autorités ont également mis en place un plan d’action pour imposer le port obligatoire du masque à la population tunisienne. Le PDG de la Pharmacie Centrale de Tunisie (PCT), Khalil Amous, a affirmé hier lundi 6 avril 2020, qu’environ 30 millions de masques de protection seront fabriqués dans les 15 prochains jours. Officiellement en confinement, la Tunisie veut rendre disponible tous ces masques avant le déconfinement. Les autorités tunisiennes assurent que les masques seront largement disponibles à partir de cette date dans l’ensemble des pharmacies du pays. Un comité au sein du ministère de la Santé Publique  tunisien étudie actuellement la question de la fabrication des masques et leur distribution à l’échelle nationale au profit de tous les citoyens.

Les autorités tunisiennes étudient également un dispositif pour que ces masques seront vendus contre des prix étudiés prenant en considération le coût de fabrication. D’importantes quantités de masques de protection seront mises à la disposition des familles démunies, ont promis aussi les autorités tunisiennes. Comme au Maroc, la Tunisie  va rendre port des masques de protection obligatoire des l’achèvement de la période de confinement général. Cette décision a été prise par les Ministères de la Santé et de l’Industrie et des PME en concertation avec la FTTH (Fédération Tunisienne du Textile et de l’Habillement).

En Algérie, le « géant de la région », la situation est totalement différente. La population algérienne n’a aucune visibilité et ne dispose d’aucune information fiable sur la disponibilité prochaine des moyens de protection contre le coronavirus COVID-19. Pis encore, le gouvernement algérien n’a nullement étudié la possibilité d’instaurer le port obligatoire du masque. Et pourtant, les recommandations internationales tendent de plus en plus vers l’appel au port de masques de protection. En France par exemple, l’académie de médecine vient de recommander le port obligatoire de masques pour tous. Les autorités américaines ont également émis la recommandation du port de masques.

Le gouvernement est en retard, très en retard. Pis encore, aucun dispositif pour améliorer la production nationale n’a été mis en place. Ni réunions de travail avec les entreprises algériennes ni un plan d’action clair et précis n’a été élaboré. Les ministères algériens se contentent de faire des promesses et d’attendre les avions que doit envoyer la Chine à l’Algérie pour lui fournir quelques quantités de produits médicaux.

Malheureusement, contrairement à la Tunisie et le Maroc, l’Algérie n’a pratiquement aucun appareil de production local. l’Algérie possède officiellement uniquement quatre producteurs de masques médicaux ainsi qu’une douzaine de fabricants de solutions hydro-alcooliques publics et privés ! Pour un pays de 43 millions d’habitants, cette situation est tout simplement insensée.

La capacité de production de ces 4 producteurs est totalement méconnue. Personne ne dispose du moindre chiffre fiable. La seule information en notre disposition est que l’Algérie a fabriqué récemment près de 90 mille masques de protection ! Un chiffre ridicule par rapport à la Tunisie et le Maroc. Le 21 mars dernier, le ministre délégué chargé de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed, a fait savoir que l’Algérie a produit localement 11 millions d’unités et va importer 15 millions d’unités. Benbahmed a fait savoir que la production nationale de ces masques pourrait être augmentée à 500.000 unités/jour pour répondre aux besoins en la matière.

Comment et avec quelles usines ? Le ministre délégué ne l’explique pas. Y-a-t-il un plan de travail sur le terrain pour encourager la production nationale ? Personne ne le sait encore. Et si Lotfi Benbahmed parle de l’importation de 15 millions d’unités, la Présidence annonce, pour sa part, l’achat de 100 millions de masques à la Chine. Ces contradictions internes dévoilent des incohérences au sein du système algérien. Et ces incohérences indiquent, malheureusement, que l’Algérie manque cruellement de bonne organisation pour affronter sérieusement les conséquences désastreuses de l’épidémie du coronavirus COVID-19.

 

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