Victimes de la pandémie du coronavirus COVID-19 : pourquoi les chiffres de l’Etat algérien sous-estiment largement la réalité

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D’après les chiffres officiels de l’Etat algérien, l’épidémie du coronavirus COVID-19, qualifiée de Pandémie par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), a fait 716 cas contaminés et 44 décès depuis le 26 février 2020. Les 716 cas confirmés ont été recensés à travers 39 wilayas du pays, dont 12 ont enregistré entre 1 et 3 cas et les décès « ont été signalés dans 14 wilayas », indiquent les chiffres du ministère de la Santé algérien. 

Lors d’une entrevue avec des journalistes, le Président Abdelmadjid Tebboune a juré que ces chiffres ne sont pas truqués certifiant que « l’Algérie n’a absolument rien à cacher ». Mais dans les faits, malgré leur caractère officiel, ces chiffres sous-estiment largement la réalité de l’épidémie en Algérie. Explications.

Il faut savoir que l’Algérie utilise la même méthode employée en France pour recenser ses victimes de l’épidémie du COVID-19. Les autorités françaises s’appuient uniquement sur les données qui lui sont transmises par les hôpitaux et les laboratoires d’analyses biologiques de ville. En d’autres termes, seules les personnes ayant fait l’objet d’un test de dépistage du coronavirus sont comptabilisées. L’Algérie a reproduit ce modèle. Cependant, en Algérie, l’utilisation de ces tests de dépistage est extrêmement dérisoire.

Et pour cause, l’Algérie dispose seulement d’un seul laboratoire digne de ce nom capable de mener les analyses sur les échantillons prélevées sur les cas suspects ou contaminés au coronavirus. Ce laboratoire appartient à l’Institut Pasteur d’Alger et il est situé plus exactement à Dely Ibrahim, sur les hauteurs d’Alger. Officiellement, l’Etat algérien n’a jamais communiqué sur ses capacités réelles de mener des tests de dépistage. Mais, toutes les sources médicales assurent qu’elles sont faibles, voire ridicules. A peine 60 jusqu’à 150 tests par jour. L’Institut Pasteur dispose de trois annexes : Oran, Constantine et Ouargla. Mais ces annexes sont opérationnelles uniquement sur le papier et ces laboratoires manquent du matériel nécessaire et de l’encadrement scientifique idoine pour mener les analyses sur les échantillons du COVID-19.

Une autre réalité amère est occultée par l’Etat algérien : le pays fait face à une pénurie de réactifs et d’écouvillons pour le test de dépistage du Covid-19. Sans ces réactifs, les médecins et biologistes médicaux ne peuvent strictement rien faire. L’Algérie manque également cruellement d’écouvillons de prélèvements naso-pharyngés, eux aussi présents en quantités très limitées sur le territoire algérien.

Ces carences limitent considérablement les capacités de dépistage et l’identification des patients contaminés au coronavirus COVID-19. Dans certaines wilayas du pays, il faut attendre 3 ou 4 jours pour recevoir les résultats de son test de dépistage. Dans ces conditions, le ministère de la Santé algérien ne peut jamais obtenir des données réelles sur l’ampleur de l’épidémie du nouveau coronavirus COVID-19.

A cela, il faut ajouter que l’Algérie a imité une autre spécificité française dans sa politique de dépistage. En coordination avec l’Institut Pasteur France, l’Institut Pasteur Algérie pratique les tests de dépistage sur les seules les personnes montrant des “signes de gravité et des symptômes évocateurs” de la maladie peuvent en faire l’objet, de même que les professionnels de santé, les patients hospitalisés et les individus fragiles ou à risques présentant des “symptômes évocateurs” du virus.

De ce fait, l’Algérie n’a établi aucune stratégie pour identifier les « cas probables ». En clair, les autorités sanitaires algériennes n’étudient pas les personnes présentant des signes cliniques d’infection respiratoire aiguë dans les 14 jours suivant un contact étroit avec un cas confirmé. L’Algérie s’est très peu intéressée aux personnes présentant des signes cliniques d’infection respiratoire aiguë avec une fièvre ou une sensation de fièvre, ayant voyagé ou séjourné dans une zone d’exposition à risque dans les 14 jours précédant la date de début des signes cliniques. Le ministère de la Santé algérien ne comptabilise les personnes suspectes présentant une pneumonie ou des signes de détresse respiratoire aiguë. Pourtant, les épidémiologistes considèrent ces personnes comme relevant du “cas possible”.

Concernant enfin le bilan des décès, l’Algérie ne prend en compte que les personnes décédées “en milieu hospitalier ». Or, au regard de ses  capacités très faibles de dépistage, de nombreux cas graves n’ont été hospitalisés ou sont décédés dans d’autres services ne relevant des unités de prise en charge des patients atteints au coronavirus COVID-19.

Au final, on peut dire que l’épidémie du coronavirus COVID-19 se propage toujours « sous le radar » : beaucoup de personnes sont déjà affectées sans le savoir. Beaucoup de personnes sont également mortes sans être identifiées. Et pour les comptabiliser, il faudra utiliser les grilles et méthodes scientifiques en oeuvre dans les pays développés.

 

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